Je suis coupable d'avoir voulu l'Europe

Il y a 20 ans, c'était le référendum sur le traité de Maastricht.J'y ai cru, j'avais 20 ans de moins, je pensais encore que dans un océan de duplicité pouvaient subsister quelques îlots de sincérité, d'honnêteté, de souci du bien public.

Il y a 20 ans, c'était le référendum sur le traité de Maastricht.

J'y ai cru, j'avais 20 ans de moins, je pensais encore que dans un océan de duplicité pouvaient subsister quelques îlots de sincérité, d'honnêteté, de souci du bien public.

Plus de guerres en Europe ai-je entendu dire, mais à la place une coopération fraternelle qui conduirait au bonheur des peuples.

J'ai voulu cette Europe, qui en 20 ans, m'a conduit de l'espoir à la désespérance, du rêve au cauchemar.

Comme une majorité de Français, en 1992, j'ai voté OUI, aujourd'hui je plaide coupable, j'avais quelques circonstances atténuantes.

Médiapart n'existait pas, internet non plus, les grands quotidiens d'information avaient déjà leurs boussoles bloquées, et sur les médias télévisés, même si la nouvelle génération des désinformateurs patentés qui sévissent actuellement était encore à l'école des menteurs, leurs illustres prédécesseurs étaient déjà des manipulateurs de haut niveau. Inutile de citer des noms, nous les avons tous en mémoire.

 

La sincérité, l'honnêteté, le souci du bien public, ces notions pour moi ont été balayées par les Takiedine, Cahuzac, Dumas, Woerth, Gaubert, Balkany, et j'en passe tellement... toutes races et toutes couleurs politiques confondues.

Plus de guerres en Europe ? Mais quelles guerres, celles qu'on fait avec des obus et des fusils, peut être, mais que dire de cette guerre économique que se livrent les pays de l'union, que dire du dicktat qu'un seul pays aux exportations florissantes faites au dépens des autres impose à ses voisins moins bien lotis, que dire du dumping fiscal de l'un d'entre eux, de la casse sociale imposée par un autre, que dire du paradis bancaire construit par l'un d'entre eux en pleine zone euro, que dire du pillage bancaire organisé dans un autre, et tant, et tant d'agressions qu'il faudrait un livre pour en dresser la liste.

La coopération fraternelle, le bonheur des peuples, c'est aux Grecs, aux Espagnols, aux Portugais, aux Irlandais, aux ouvriers de Florange, qu'il faut demander ce qu'ils en pensent.

 

En 2005, j'avais compris que le cauchemar était en cours, j'ai voté le même NON massif que 55 % de mes compatriotes, j'ai voté contre la poursuite de la mise en place d'une machine qui broyait les peuples. Hélas, c'était déjà trop tard, cette Europe là ne se contentait plus d'être une machine à casser le social, elle avait déjà entrepris de casser la démocratie pour la remplacer par un simulacre, et le pouvoir sarkoziste a concrétisé cette casse de la démocratie en ignorant le vote populaire et en poursuivant le grand oeuvre anti-social contre la volonté du peuple de France.

 

Aujourd'hui, si d'aventure un nouveau référendum se profile à l'horizon, et même si je deviens cul-de-jatte, j'irai voter NON au besoin en marchant sur les mains. Mais je n'ai plus d'illusions sur l'impact que peut avoir le vote populaire, je n'y crois plus, je sais que le cauchemar est en cours, je sais que si réveil il y a, celui-ci ne se fera pas en douceur, mais dans le bruit et la fureur.

Aujourd'hui, j'en ai fini avec les illusions naïves d'autrefois, du temps de mon temps d'activité, je ne me suis jamais interrogé sur ma participation aux versements des pensions de mes ainés, maintenant, après 42 ans d'activité continue, je ressens le versement de ma pension de retraité comme un reproche, combien de temps faudra-t-il pour que les retraités d'aujourd'hui plient sous le poids de ce reproche ? Combien faudra-t-il de temps pour que ceux qui recherchent désespérément un emploi, plient sous le reproche des aides qui leur sont versées ?

 

On dit qu'avec le temps qui passe, on se penche avec sagesse et sérénité sur sa vie passée.

Et bien il y a un point sur lequel je ne suis pas serein, c'est que le 7 février 1992, j'ai dit OUI au traité de Maastricht, ma culpabilité est avérée, et mon regret est immense.

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