Pourquoi je fais grève demain

J'enseigne l'histoire-géographie au collège Sonia Delaunay, Paris 19e, depuis 9 ans. Il y a neuf ans, pour mon service de certifié, 18 heures, j'avais quatre classes, j'en ai six aujourd'hui. Toutes les disciplines sont logées à la même enseigne.

J'enseigne l'histoire-géographie au collège Sonia Delaunay, Paris 19e, depuis 9 ans. Il y a neuf ans, pour mon service de certifié, 18 heures, j'avais quatre classes, j'en ai six aujourd'hui. Toutes les disciplines sont logées à la même enseigne.


Le 7 janvier dernier, nous alertions l'Inspection académique, nous cessions les cours et faisions valoir notre droit de retrait, à la suite de quatre agressions graves d'adultes.


Celle qui m'a le plus marquée : la documentaliste de notre collège était jetée à terre dans un escalier par quatre élèves, elles lui enlevaient sa perruque, sautaient de joie autour d'elle et se sauvaient.


Depuis la rentrée de septembre, les agressions verbales, physiques se sont multipliées envers les adultes, entre élèves.


Nous nous sommes rendus au rectorat le 7, le 8 janvier, nous avons été reçus par M. l'Inspecteur d'académie, le 12, c'est lui qui venait dans notre établissement et nous affirmait que "la question des moyens serait envisagée lorsque l'Equipe Mobile de Sécurité aurait rendu son diagnostic". Le 13 nous reprenions nos élèves, décidant de ne pas préjuger de la venue de l'Equipe Mobile.


Nous demandions davantage de surveillants, en effet, dans notre collège d'un peu plus de 500 élèves, classé ZEP APV - V pour violence -, il n'y a jamais plus de trois surveillants par demi journée, voire quatre mais rarement.
L'Equipe Mobile de Sécurité existe depuis quelques mois à Paris et se compose de dix personnes, un chef d'établissement, deux professeurs, deux cpe, le tout sous la houlette d'un commandant de ne je ne sais plus quel corps de police. Quatre membres de cette équipe sont venus quatre fois dans notre établissement, la dernière fois le 9 février.


Pendant ce temps les brutalités, les violences n'ont pas cessé : le 5 février, lorsque l'EMS était dans l'établissement d'ailleurs, des armes (coup poing américain, poignard, tige métallique de 20 cm) étaient trouvées dans un cartable d'élève, la semaine dernière un élève cassait le nez d'un autre en lui assénant un coup de poing, un autre élève était menacé mercredi dernier et "passé à tabac" le lendemain par trois ou quatre autres, sous le préau, pied cassé.


Entre temps la DHG est arrivée dans notre collège, entérinant des classes à plus de 25 en cinquième pour l'année prochaine et nous rajoutions à nos revendications l'ouverture de deux classes, une de 6e, une de 5e, pour alléger les effectifs.


Vendredi dernier, le 12, nous étions reçus par l'adjoint, cette fois-ci, de M. l'Inspecteur d'académie, assisté de trois secrétaires de cabinet, après que l'EMS ait rendu son "diagnostic" et ses "préconisations". Celle ci "préconisait" entre autres, un fléchage au sol, la pose de miroirs aux croisements de couloirs, davantage de "communication" et de "lisibilité dans l'affichage des informations dans la salle des professeurs" (on vient d'ailleurs de nous poser un grand tableau blanc à feutres, immédiatement transformé en "dazibao" !) .... mais aucun surveillant supplémentaire.


Voici ce que l'Inspection nous répondait : "rien dans le diagnostic de l'EMS ne permet de vous attribuer davantage de surveillants, vous êtes dans la norme"; les classes surchargées : "eh bien oui, nos enfants supporteront le déficit du service public", "ayez des idées, faites des projets, faites des groupes de compétence dans toutes les disciplines"; les armes trouvées ? "ah, si vous saviez le nombre d'armes que j'ai pu trouver quand j'étais chef d'établissement !".


Inacceptable, que ce soit pour attaquer ou se défendre (dans ce cas c'est ce dont il s'agit), qu'un élève de 4e vienne en classe avec des armes traduit un état d'angoisse grave; comment apprendre, comment enseigner ?
On ne nous a pas entendu, il ne nous reste plus qu'à rejoindre "ceux de Chérioux" ou de Thiais maintenat.
Aujourd'hui j'ai fait cours, j'ai croisé, dans un couloir, l'élève qui avait agressé la documentaliste et refusé de dénoncer ses complices, j'ai vu de loin l'élève "tabassé" la jambe dans le plâtre : demain je ferai grève avec mes collègues, nous rejoindrons le mouvement national qui s'amorce, pour nous, pour nos élèves.

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