Les déclarations de Casino sont fausses

Avocate depuis 2006 de nombreux gérants de supérettes du groupe Casino, pris au piège de déficits dont ils rejettent la responsabilité, je tiens à remercier Mediapart d’avoir publié sa série d'enquête sur ces dossiers. Vous avez porté à la connaissance de tous ce qu’aucun de vos confrères n’a fait au motif que les données financières et de gestion sont  jugées trop complexes.

Avocate depuis 2006 de nombreux gérants de supérettes du groupe Casino, pris au piège de déficits dont ils rejettent la responsabilité, je tiens à remercier Mediapart d’avoir publié sa série d'enquête sur ces dossiers. Vous avez porté à la connaissance de tous ce qu’aucun de vos confrères n’a fait au motif que les données financières et de gestion sont  jugées trop complexes.

Je n’ai rien à ajouter à vos articles, mais je souhaite répondre aux déclarations de la société CASINO, que vous avez publiées en intégralité ici. Il me semble que l’on ne peut laisser des contrevérités massives sans contradiction. Je me suis donc permise d’assumer ce rôle en essayant d’être brève et concise, et en me limitant à trois points que j’estime essentiels.

Gestion des stocks

Les déclarations du service communication de Casino sont aussi formelles qu’invraisemblables : il ne serait pas possible de connaitre les stocks en magasin. Outre qu’on soit stupéfait qu’une multinationale de la distribution prétende gérer ses stocks sans outil de gestion moderne et que l’on se demande comment elle pourrait tenir ses comptes, le contraire est établi, simplement par les définitions de fonctionnalités de son logiciel de gestion, GOLD, produit édité par la société ALDATA, qui équipe la fine fleur des multinationales de la distribution (dont aucune ne déclare évaluer ses stocks au doigt mouillé) :

Extraits d’un rapport relatif au logiciel GOLD dont vous noterez qu’il couvre toute la chaine de la distribution et ses fonctions accessoires :

Vous avez bien lu : gestion du stock du magasin ?

Autre précision. Lorsqu’en 2010, un comité d’établissement sollicite l’ouverture aux gérants des données de la gestion des stocks pour leur permettre de suivre l’évolution de leurs stocks et déceler les éventuelles anomalies, la réponse n’est pas que cela est impossible, mais que cela est réservé au service commercial… Je tiens le procès-verbal à disposition.

Enfin, les obligations fiscales et comptables des entreprises d’achat-vente, leur font obligation de préciser la nature, la quantité et la valeur des stocks. Lorsqu’une vente est faite en magasin, un remboursement de déficit est fait par un gérant, l’imputation comptable implique le reversement de la TVA, dont le taux varie en fonction des produits, ce qui signifie bien évidemment qu’il faut au préalable, avoir défini ce qui a été vendu ou ce qui est remboursé.

Pour toutes ces raisons :
1- l’outil informatique qu’est le logiciel GOLD, créé pour la grande distribution, est totalement fonctionnel dans la gestion des opérations de vente et donc des stocks, à tous les niveaux de la chaine, jusqu’au magasin inclus. Les déclarations de Casino sont fausses et il ne peut en être autrement.
2- La société dispose dans le détail des stocks de chaque magasin dont elle refuse de donner l’accès aux gérants.
3- Ne donnant aux gérants qu’un accès limité à un certain nombres d’applications, elle ne leur donne pas la possibilité de contrôle réel des stocks,
4- Elle maîtrise les variations de prix et, informée depuis 10 ans des « dysfonctionnements », ne permet pas non plus le contrôle de la valeur des stocks.
5- Cette organisation, dans le contexte d’ un mandat d’intérêt commun, permets et encourage tous les abus dont nous constatons les effets massifs.

Variations de prix sauvages

Là encore, la société est dans le déni d’un fait constaté depuis la mise en place progressive de GOLD, c’est-à-dire depuis 2005-2006.

Le premier de mes dossiers dans lequel ce phénomène a fait l’objet d’un constat d’huissier date de cette période et concernait un couple de gérants dont l’épouse était devenue syndicaliste CGT. Plus de 80 produits avaient été constatés à un prix inférieur au changement officiel… donc minorant la valeur du stock, et créant un déficit artificiel.  Contrairement aux affirmations du service de communication de CASINO, il n’y a eu aucune compensation et la société a obtenu la condamnation des gérants à rembourser un petit déficit par le tribunal de commerce de Castres auquel pourtant, le constat était communiqué !

Depuis, un comité d’établissement sur deux évoque le problème récurrent des variations hors procédure des prix, l’inquiétude relative à la valeur des stocks et l’absence de compensation des erreurs. La réponse est immanquable : il s’agit d’un dyisfonctionnement limité, nous en informons les services techniques, les gérants concernés doivent en parler à leur manager… Je tiens à votre disposition d’innombrables PV de comités sur 10 ans, dossiers de prix, étiquettes et bordereaux de livraison, fiches de caisse, constats d’huissiers, attestations de clients, de salariés des supérettes qui établissent la récurrence et l’importance du phénomène, que j’ai retrouvé pratiquement dans tous les dossiers et présenté à toutes les juridictions.

Gageons que s’il s’était agi de protéger les intérêts de la société, ce problème aurait mis moins de 10 ans pour trouver une solution et j’affirme que ce phénomène, dénoncé dans de multiples procédures depuis 2006,  n’a pu prospérer et prendre de l’ampleur que parce que ses auteurs se savaient dans une impunité qui stupéfie la citoyenne que je suis.

Le contrôle de la gestion des gérants

A la question de l’accès aux comptes des gérants, la réponse est biaisée puisque la société répond au sujet du calcul des commissions donc de la rémunération, alors qu’il s’agit des comptes du magasin et donc de l’évolution des prix et de la valeur des stocks… établis par la société et sur lesquels le gérant faute d’accès informatique et d’outil de gestion, n’a aucun moyen de contrôle. Alors qu’au terme du processus, il en sortira un bilan de gestion de sa gérance.

Accès des données de gestion à un expert-comptable mandaté pour contrôle par des gérants

La Société ne se souvient pas que ce problème se soit posé : l’information passe visiblement très mal chez Casino puisque j’ai eu à connaître de plusieurs cas comme celui-ci, ayant donné lieu à un arrêt Cour d’Appel de Lyon (chambre sociale), le 29 mai 2015  dont je vous livre l’attendu principal: 

Aucun comportement fautif n’est caractérisé à leur encontre dès lors qu’indépendamment des problèmes de livraisons non commandées de produits à faible durée, de péremption, de variations de prix ne permettant pas une valorisation fiable des stocks, ces deux cogérants qui collaborent au sein de la société Casino depuis plus de 17 ans, n’ont disposé dans le cadre d’un contrat d’intérêt commun d’aucun moyen pour contester les chiffres dans le délai fixé par le contrat, l’accès personnel au logiciel GOLD  leur étant fermé pour suivre comme le fait la société Casino en temps réel, les stocks et les ventes, et cette dernière ayant refusé à leur expert-comptable, mandaté à cet effet, d’accéder à sa comptabilité pour en contrôler l’exactitude…

Il ne s’agissait que d’un déficit de 119 000€ qui se serait creusé en 18 mois… évidemment contesté par des gérants en fin de carrière, à quelques mois de la retraite.


En résumé et pour conclure,

- Le refus de corriger des « dysfonctionnements » dénoncés régulièrement depuis maintenant 10 ans alors que les solutions techniques existent,
- Le refus de laisser la possibilité d’un contrôle des gérants ou d’un expert-comptable,
- L’ampleur grandissante des déficits soudains atteignant des gérants de tous âges et niveaux d’expérience, sur l’ensemble du réseau,
- Le nombre des gérants déficitaires, qui exclue les seuls problèmes individuels toujours possibles,
- Le verrouillage de la communication du groupe dont seul, et par écrit, le service de communication est habilité à s’exprimer, par généralités sans lien avec le réel, véhiculant des mensonges éhontés comme il a été démontré au sujet des stocks notamment,

Tout porte à s’interroger : serait-ce un système ?

Claudine BOUYER FROMENTIN.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.