JOURS LE JOUR 21 22 NOVEMBRE

 

 

Samedi matin
Je lis une pièce de Mohammad Yaghouibi qui se passe après la révolution iranienne : "Iran Iran une mitraillette de sang"

Tout fait écho.
Tout parle.
Saint-Nazaire. Front de mer. Promenade. Horizon dégagé. Je m'échappe. Heureuse de m'échapper. Cet écart entre les infos que je mets dès le réveil, la promenade. S'échapper ? Revenir à la vie. Tenir à la vie.

Bruxelles en état d'alerte maximum.

Ayez peur, et je m’occupe du reste, nous dit désormais le pouvoir

Dimanche matin
L'interdiction du rassemblement appelé par le recteur de la Mosquée me désole .
Désormais l'espace public n'est plus un espace de protestation de rassemblement de reconnaissance.
C'est un espace de défiance et de peur.
Exit ce rassemblement appelé par des Français musulmans auquel nous Français athées ou croyants de toutes religions aurions pu nous joindre, ouvrant un espace public de déclaration commune entre les uns et les autres quand la peur ne fait que séparer replier stigmatiser communautariser encore et encore.

Que va-t-il se passer ? La question est dans toutes les têtes, elle est au bout de nos langues.
Que pouvons-nous faire ?

Être dessaisis est le pire qui puisse nous arriver.
Dessaisis de notre capacité à dire agir penser protester refuser comprendre transformer.

on invite la démocratie à faire silence, à ne pas se rassembler, à ne plus tenir meeting, à ne pas défiler et manifester

Le réflexe de protection qui nous saisit tous devant l'horreur s'accompagne aussitôt d'un réflexe de protestation. Cette protestation s'adresse d'abord à nous-mêmes : nous ne voulons pas être dessaisis de notre humanité.

Se ressaisir devant ce qui arrive et nous terrasse, nous, vivants, nous pouvons le faire.

Nous ne descendons jamais dans la rue spontanément sans le chaperon de partis de syndicats d'associations.
La démocratie n'est pas qu'affaire de délégation électorale.

Voilà qu'aujourd'hui nous payons une politique nationale et internationale - des décennies d’erreurs stratégiques, de l’Afghanistan à l’Irak -, avec laquelle nous n'étions pas d'accord,
mais quand et où l'avons nous dit ?
Comment cesser de se taire ?
Comment cesser de désapprouver isolément, ce qui revient à garder pour soi à ressasser à désespérer ?


650 euros de loyer et 150 euros de charges pour un deux pièces dans l'immeuble classé insalubre au 48 rue de la république à Saint Denis, l'immeuble de l'assaut comme on l'appelle maintenant.

On ne descend jamais spontanément dans la rue contre la misère.
Contre l'exploitation de la misère.
Tant de raisons de descendre ensemble dans la rue et de protester.
On se débrouille chacun dans son coin.
Quand ça va mal on se terre.
Quand ça explose on se terre.

Se taire.
Enterre.

Nantes. Sur la promenade en face du château les coquilles de bougies allumées ces jours derniers. De loin, brillant sous le soleil, une constellation que nous avons posée sur la terre.


dimanche soir
un horizon de barres grises miné par le chômage et la petite délinquance
il s'est mis à jeûner le lundi et le jeudi pour demander pardon à Dieu moi je trouvais ça positif qu'il se repentisse et ne soit plus dans l'alcool et les joints

un index levé vers le ciel signe de ralliement des combattants de l'EI
t'as cru quoi petit on joue dans la cour des grands

Suis dans le vertige chaque fois que je lis ça, l'alliance de la terreur et du pardon, amour et haine, haine au nom du dit amour.
vertige haut-le-coeur colère cri

CE N'EST PAS L'AMOUR.

on t'oubliera jamais qu'allah t'ouvre les portes du paradis insha'allah

Abdelhamid Abaaoud
Fabien Clain
Salah Abdeslam
Ismaël Omar Mostefai
Samy Amimour
Brahim Abdeslam
Bilal Hafdi
Ahmad-al-Mohammad

c'est une belle mort

NON.
Plus que crier RUGIR de tous nos bras jambes ventres voix NON.
Cet exutoire que nous cherchons tous, qu'il s'exprime par un grand cri commun sur une grande place, un NON porté par-delà les murs. Un NON au nom de la vie.

je ne ressens pas de la haine mais de l'incompréhension face à cette barbarie

L'incompréhension comme la sidération sont premières.
La haine vient après, comme la colère et la peur.

Rester vigilantes vigilants. Que la haine ne vienne pas, cette chose qui permet que "chacun s’autorise du crime de l’autre pour aller plus avant", ainsi que l'écrivait Albert Camus.

 

 

 

 

 

 

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