JOURS LE JOUR 2 "Pourquoi ces gens-là rient ?"

 

lundi 23 novembre

Le 12 novembre l'EI a frappé Beyrouth,  50 morts

On est habitués ici à ce que le Liban soit frappé (le Liban et d'autres pays). Habitués, ce quo'n refuse brutalement ici en France.

J'avais 20 ans c'était le début des années 80. La compagne d'un ami musicien était libanaise. Chaque fois qu'elle revenait en France elle nous racontait qu'elle et ses copains, la jeunesse beyrouthine, dansaient des nuits entières dans des boîtes de nuits improvisées, pour se sentir vivants face aux bombardements que la ville subissait jour et nuit.

On pourrait réfléchir en introduisant une version de chagrin transversal

C'est à dire non national. Que le national ne devienne pas nationaliste 

 

Judith Butler : "une version de la liberté est attaquée par l'ennemi, et une autre version est restreinte par l'État".

Les murs renvoient toujours à des murs. La violence à la violence. L'oppression à l'oppression.

Il faut un effort, un saut de pensée pour sortir de l'engrenage.

 

mardi 24 novembre

"Pourquoi ces gens-là rient ?" demande la philosophe Avita Ronell, en s'appuyant sur les images vidéo de Abedlhamid Abaaoud qui rit en traînant des corps et en disant "je vais prendre des vacances" ou encore des SS qui riaient en réunion sans pouvoir s'arrêter .

"Quel est cet investissement dans le sacrifice, dans le suicide, ce désinvestissement de la vie ? Croient-ils vraiment qu'une autre vie les attend ?"

Comme Avita Ronell, je ne suis pas sûre.

 

les jeunes recrutés aujourd'hui par Daech ne lisent pas le Coran, ils basculent directement dans le Jihad, comme s'ils devenaient musulmans a posteriori

Ça voudrait dire que le passage à l'acte repose sur une obéissance aveugle à l'autorité, à des envies de détruire, à des pulsions de haine, des règlements de compte, à une forme d'héroïsme suicidaire ?

 

je n'ai plus d'autorité, on préfère écouter l'imam de YouTube

On choisit désormais - plus qu'avant ? - ce qu'on veut entendre ? Ou disons qu'on n'écoute plus nos contradicteurs ? On n'apprend plus ? On ne découvre plus ? 

Pour Raphaël Liogier sociologue du fait religieux "le jihadisme ne vient pas du comnunautarisme mais de la désocialisation"

cet imam il tient le quartier. Alors quoi, le choix c'est le culte ou le deal ?

certains enfants de dix ans après l'école vont à la mosquée plutôt que d'aller à la médiathèque

 

Allah transforme soit en porc soit en singe celui qui écoute de la musique

Pas radical, l'imam salafiste de Brest ? Aucun musulman n'aurait dû se trouver au Bataclan. La musique est un péché, la liberté est un péché, la femme est un péché dont l'homme a le contrôle

 

Son discours leur disait que leurs échecs affectifs scolaires et familiaux étaient les signes qui faisaient d'eux les élus de Dieu

Rien n'est irréversible

Sauf la mort.

 

Apparu il y a quinze ans en France, le salafisme touche une centaine de mosquées sur les 2500 mosquées françaises.

Quinze ans c'est court.Qu'a-t-on fait pendant ce temps-là ?

Qu'a-t-on fait avant ce temps-là ?

 

Me souviens de mes voisines à Gennevilliers, la mère venue d'Algérie et les trois filles.  Elles allaient à la piscine, fumaient, buvaient un peu de vin, riaient sur le pas de la porte. En un an les trois filles se sont voilées, ont porté le hijab, ont laissé l'école républicaine et l'université, l'aînée s'est mariée avec un Frère.  

Seule la mère est restée indépendante, cheveux flottant au vent.

C'était l'année 1995-1996

Elles m'avaient expliqué que les associations financées par les Pays du Golfe prenaient en charge leurs études, leurs loisirs, leurs besoins.

même quand il est pacifiste et légaliste, le salafisme tend à créer au sein de la société française des enclaves étrangères sinon hostiles à la culture républicaine. 

Si on met en rapport avec ceci : tous les salafistes ne sont pas terroristes loin de là. Mais la plupart des terroristes sont passés par le salafisme. Les salafistes sont une branche extrême, fondamentaliste de l'islam.

Le dogmatisme favorise la violence par l'exclusion, la mise au ban, le mépris, la haine.

 

mercredi 25 novembre

D'autres attaques étaient planifiées, notamment à La Défense

nouveau détail dans l'enquête sur les attentats, détail glaçant

Abdelhamid Abaaoud est revenu devant le Bataclan après qu'on l'ait vu à Montreuil puis à Nation

Troisième attentat terroriste à Tunis en quelques jours.

comment vivre de façon solidaire entre humains, entre peuples et nations. De façon à préserver le droit de chacun à la vie.

Cette phrase ne porte pas sur les attentats de Paris de Tunis ou d'ailleurs mais sur le sommet climatique qui a lieu à Paris.

Le  COP21 (Conférence internationale sur le climat) passe inaperçu. 

Nous sommes en train de nous détruire nous-mêmes en consommant au-delà des possibilités que l'univers nous offre, en bousillant biodiversité et océans, ce qui n'était qu'un risque en devenir est à nos portes, mais états et citoyens nous fermons les yeux. 

Nous les ouvrons pour des mesures politiques  à courte vue raccommodant dans l'urgence une réflexion à long terme, depuis trop longtemps effilochée.

Comment en cette fin novembre de ne pas être dans la désolation ? 

il faudrait mener des actions globales, en cohérence avec le principe de responsabilités communes et différenciées

Les questions ont souvent tendance à disparaître dans la vie normale.

Lorsque les réponses se dérobent sous nos pieds, les questions resurgissent, brûlantes.

J'ai toujours pensé qu'écrire c'était poser des questions, encore et encore.

Ainsi que font les enfants, jamais satisfaits par les réponses, jamais rassasiés.

 

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