Je culpabilise car je suis devenue indifférente à la misère qui m'entoure , insensible à ces femmes, hommes, enfants qui font la manche sous la pluie , le vent, le froid , la chaleur , assis à même le sol ou sur un carton. Les plus chanceux possèdent une couverture.
Un gobelet en plastique est placé devant eux , il se remplit ou pas de ces petites pièces que certains d'entre - nous trouvent sans importance , 1 ,2, 5cents ,mais qui sont importantes pour ceux qui font "la manche"
Je repense donc à cette journée qui m'a laissé plein de remords.C'était hier ,mercredi et comme en ce moment , les matinées sont froides, mais que le soleil apparaît l'après- midi, juste assez pour me réchauffer , j'en profite pour m'échapper.
J'aime me promener dans les rues piétonnières où il y a juste assez de monde pour ne pas se marcher dessus.Et comme , c'est mercredi, les jeunes sont sortis , déambulant, souriant, discutant entre -eux , les adultes , hommes, femmes sont présent , sortant de leurs bureaux , ou regardant les vitrines des magasins . Malgré, la crise , les gens ont l'air heureux , et c'est tant mieux!
La plupart du temps, je marche tête baissée, pour ne pas tomber, je la relève pour regarder les vitrines , les menus des restos , les gens autour de moi ,que j'observe ,j' écoute leur conversation et parmi toute cette foule joyeuse , une silhouette détonne. C'est un homme , grand, maigre , les cheveux longs et sales, ces vêtements , plutôt des haillons, n'ont pas été lavés depuis longtemps, pour l'instant , il me tourne le dos;
Sa longue silhouette domine la foule , il tend la main et d'une petite voix demande "une petite pièce Madame , une petite pièce Monsieur , mais personne ne s'arrête, ne l'entend, il est invisible aux yeux de tous , et pourtant il continue son chemin, allant de l'un à l'autre, ne se décourage pas malgré , les mauvais regards que lui lancent certains.
A ce moment, j'arrive à sa hauteur , il me demande "une petite pièce Madame" et je décide de faire bêtement comme les autres, regard indifférent, je ne relève même pas la tête et je file droit devant , insensible à sa misère.
Je m'arrête devant un restaurant , regarde le menu, et je pense au bon petit repas que j'ai préparé
une bonne assiette de spaghettis à la sauce bolognaise, recouverte de fromage râpé.
Un régal! Et là , je pense à cet homme seul au milieu d'une foule qui l'ignore et que j'ai moi-même ignoré, en voulant, imiter les autres bêtement , sans coeur ,ne pensant qu'à mon petit confort et j'ai honte.Peut-être a -t-il faim?
Je décide de lui donner une petite pièce , j'ouvre mon sac , je sors mon porte- monnaie , il doit y avoir 5e en pièces , je prends 50 cents et je me dirige vers cet homme, la pièce dans la main.Il me voit arriver, lève le visage et là , je ne peux m'empêcher de faire un pas en arrière car je suis effrayée par son apparence , une partie de son visage est recouvert de croûtes. Cet homme à dû recevoir des coups et ce n'est pas beau à voir.
Cet homme parait âgé, la rue abîme très vite ceux qui y vivent.L'alcool, les bagarres, le manque d'hygiène , les intempéries sont leurs lots quotidiens.
Mais , dans ce visage abîmé , on remarque tout de suite les beaux yeux bleus mais dans un regard triste , désespéré qui en dit long sur cet homme , sur sa vie, comment en est-il arrivé là?
A-t-il des frères, des soeurs , une femme , des enfants , que fut sa vie , d'où vient-il?
On ne le saura jamais.
Après, ma frayeur passée, je tends mon bras pour lui donner sa pièce , je ne m'approche pas trop de lui, car le mot covid me vient à l'esprit , .Cet homme n'a certainement jamais reçu une dose de vaccin, pour ma part, j'en ai reçu 4 , mais je ne porte plus de masque dans la rue seulement dans les transports. Je fais donc attention. Lui aussi , tend son bras et je lui donne ses 50cents et là , il reste à regarder quelques secondes cette petite pièce dans sa grande main l'air étonné, d'avoir reçu "autant".
Et il repart se mêler à la foule et je rentre chez moi tout contente" de ma bonne action"., mais quelque chose me gêne qui pour l'instant , je n'arrive pas à définir.
Et en pleine nuit, je me suis réveillée en pensant à ma B A et j'ai honte de n'avoir donné que 50 cents, sachant que ce sera certainement la seule pièce qu'il aura eu de la journée.
On ne peut pas faire grand chose avec 50cents
Et quand je pense à tous ces milliardaires qui s'enrichissent pendant que les prix ne cessent d'augmenter , qu'il fait froid dans les logements "chauffés "à 19 degrés , que des personnes vont renoncer à se chauffer et j'en connais hélas . Que des hommes , des femmes des enfants dorment dehors dans l'indifférence générale et que l'on est même pas fichu de donner une petite pièce à un indigent, mais que sommes nous en train de devenir, ?
Et quand je vois ce matin aux infos , L' énarque Bruno le Maire , sourire moqueur qui a enfilé son pull a col roulé noir pour montrer l'exemple , mais à la différence du mien qui vaut 14e fabriqué en chine , le sien , pure laine, cachemire a dû lui coûter , 150 balles.
Elisabeth Borne avec sa doudoune qui se montre également souriante comme son compère .
Eux aussi sont prés des Français , comme ces pdg de supermarchés qui sont en train de nous entuber augmentant leurs prix de semaine en semaine et ne leur dites surtout pas que c'est de leur faute, même bande d'escrocs.
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