Peut-on avoir une position complexe sur la crise du Covid19 et la vaccination ?

Il existe une confusion organisée entre les questions sanitaires et les questions politiques. Même si les deux sont incontestablement liées, il faut essayer de faire la part des choses pour éviter de tomber dans le confusionnisme, mal de notre époque, qui rend, parfois, illisible les positionnements des uns et des autres et qui appelle une vigilance accrue.
  1. Je suis vacciné - Bien que les vaccins commercialisés soient encore en phase III et n’ont pas fait l’objet d’une autorisation de mise sur le marché définitive.

mikado
Mais, je constate qu’avec plus de 3 milliards de doses diffusées dans le monde, le nombre de mort ou d’effets indésirables graves est très faible et surtout que le vaccin protège vraiment des formes graves de la maladie. Sur ce sujet, j’ai particulièrement apprécié l’article du Dr Dominique DUPAGNE https://www.atoute.org/n/article401.html.

Certes, il s’agit d’un test clinique géant mais, en ce qui me concerne, j’estime que le coût risque/avantage est bénéfique.

L’expression importante dans la phrase est « en ce qui me concerne ». J’ai exercé ma liberté de choix, je me suis suffisamment renseigné pour considérer que ce choix était éclairé. J’ai bien conscience que le vaccin ne m’empêchera pas d’attraper une nouvelle fois la covid mais cela limitera les effets, évitera encore plus un séjour à l’hôpital et diminuera ma capacité de le transmettre. Mais non, ce n’est pas la solution miracle, d’ailleurs, je ne crois pas aux miracles. Je suis un être humain, imparfait et mortel par nature.

2. LA SOCIETE ET MOI ET MOI -

Par ailleurs, si je dépasse ma petite personne et prend en compte l’intérêt général. Je devais me vacciner. Je vis en société. Cela veut dire que ma liberté ne se réduit pas à ma liberté égoïste et consumériste.

D’autres l’ont dit bien avant moi et bien mieux que moi : « La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui : ainsi, l'exercice des droits naturels de chaque homme n'a de bornes que celles qui assurent aux autres Membres de la Société la jouissance de ces mêmes droits. Ces bornes ne peuvent être déterminées que par la Loi. » (article IV de la Déclaration des droits de l’homme et des citoyens de 1789).

En acceptant d’être vacciné, je pense que c’est le meilleur moyen de protéger les plus vulnérable, même si eux-aussi, ils sont vaccinés. Et là je pense à ma petite maman de 91 ans.

On pourrait dire également que je préfère être vacciné plutôt que d’avoir à subir un nouveau confinement qui est non seulement attentatoire à nos libertés mais qui aggrave les inégalités et impacte de manière négative l’économie.

Je partage l’analyse de mon ami Jérome Bonnemaison qui vient d’ailleurs de publier un livre qui fait réfléchir, « La liberté de refiler le virus à d'autres, de maintenir la charge virale et de créer des variants. ou d'emboliser inutilement les services de réa n'est pas une liberté. C'est au contraire un droit à opprimer ses semblables. Il semble qu'avec l'adulte consommateur il faille employer la même pédagogie qu'avec un enfant de cinq ans ».

On pourrait me rétorquer que j’accepte de m’exposer à un risque pour protéger encore une fois les plus vulnérables, les vieux et les malades. Eh quoi, vous préférez qu’on les élimine directement parce qu’ils sont vieux ou malades ? Soyons sérieux, mon risque lié à la vaccination est mesuré et utile. Il me parait proportionné.

Je vis – et j’espère nous vivons – en société. Cela signifie que ma liberté est indissoluble de la liberté d’autrui. Ma liberté générale et absolue n’existe pas (sauf dans les délires libertariens). La liberté est toujours contingenté par autrui, par les autres principes de la devise républicaine : l’égalité et la fraternité. 

Je ne peux pas être libre seul. Il faut donc chercher l’intérêt général, celui qui protège le plus grand nombre et/ou les plus faibles.

J’aurais préféré ne pas me faire vacciner mais, comme je ne suis plus un petit garçon capricieux (du moins j’essaie), j’ai accepté de participer à l’effort collectif pour limiter l’expansion du variant Delta.

Cela ne veut pas dire que je vais arrêter de critiquer Big Pharma ou de m’étonner que les traitements apparemment efficaces (hydroxychloroquine ou ivermectine) soient disqualifiés sans vérification réelle et approfondie alors qu’ils ont fait preuve d’une relative efficacité.

De même, ce n’est pas parce que j’ai accepté d’être vacciné que je renonce à poser des questions et à exiger la transparence. Je veux toujours obtenir les contrats passés par l’UE avec les producteurs de vaccins et je veux avoir accès aux données brutes de l’AMM conditionnelle. Et dans le pire des cas, je me réserve de poursuivre tous les irresponsables.

3.  CONTRE LE « PASS SANITAIRE » MAIS POUR LA VACCINATION OBLIGATOIRE – Alors là, ça se complique ? ben non. Il faut être logique (avec soi-même) et cohérent. Si, pour le moment, le vaccin est le meilleur rempart contre la covid19 pourquoi certaines s’exonèrent-ils de leurs devoirs ? ne vivent-ils pas en société ? sont-ils supérieurs ?

La petite pause car j’ai des idées contradictoires qui s’entrechoquent. D’abord, le mot « rempart » me fait penser par association d’idée « ligne Maginot ». Oui, le vaccin peut nous protéger mais pas éternellement pas définitivement, comme la ligne Maginot. L’erreur du HQG a été de manquer d’imagination. Il faut donc que les scientifiques anticipent l’hypothèse : que se passe-t-il si le virus mute au point de rendre inefficace le vaccin ? cela est possible, notre surconsommation d’antibiotiques a bien contribué à la sélection de bactéries hyper-résistantes. Mais cette hypothèse n’est qu’une hypothèse. Elle adviendra peut-être dans l’avenir et à long termes, comme dirait Keynes, nous serons tous morts (et pas que du covid). L’avantage du vaccin est d’apporter une solution ici et maintenant, pas à la saint glinglin.

Deuxième idée qui m’a passé par l’esprit « nous sommes en guerre » donc tout le monde doit participer à l’effort de guerre. J’ai suffisamment pesté au printemps 2020 contre ce gouvernement (en fait celui d’Edouard Philippe) qui brulait 300 millions de masques alors que les personnels soignants manquaient cruellement d’équipements de protection. C’était comme envoyer des soldats au front sans fusil et sans balle. Un crime. Résultat des dizaines de milliers de morts sur lequel les gouvernants auront des comptes à rendre. De même, je n’oublie pas que la politique sanitaire continue de détruire le service public hospitalier et à mépriser les personnels soignants (on y reviendra quand on parlera de la politique de Macron).

Donc, pour briser la progression de la maladie, je ne vois pas, pour le moment, d’autres solutions que de rendre la vaccination obligatoire. Et pour cela, il faut convaincre et inciter. Toute le contraire de la politique menée par le gouvernement à coup de mensonges, de coup bas et de coup de trique.

Si la vaccination doit devenir obligatoire comme elle le fut pour le BCG (tuberculose), Poliomyélite c’est au nom de la mobilisation générale de tous pour protéger chacun.

En revanche, imaginer un passeport vaccinal dans la vie de tous les jours constitue un cauchemar de bureaucrate qui se défausse sur les autres. C’est un énième avatar politique de la formule napoléonienne « diviser pour mieux régner », c’est opposer les citoyens entre eux et transformer en chacun de nous en délateur ou flic soupçonneux.

Par ailleurs, ce passeport vaccinal constitue une remise en cause disproportionnée de la liberté d’aller et de venir, sans parler des sanctions pénales qui semblent prévues (ou bien ces sanctions tellement démesurées constituent elles le lest que le gouvernement lâchera pour montrer qu’il est à l’écoute).

Avec le passeport sanitaire, tout le monde espionne tout le monde, tout le monde flique tout le monde. Bref, si le passeport est compréhensible quand on voyage à l’étranger, il est insupportable quand on prend un café au bar du coin ou que l’on doit prendre les transports en commun.

Ce passeport crée des inégalités entre les citoyens y compris en défaveur de ceux qui souhaiteraient être vaccinés mais qui n’ont pas pu l’être. Il est l’aveu d’échec de la politique de Macron. Le variant Delta est arrivé en mai, pourquoi avoir attendu juillet pour commencer à réagir, ce qui aura des effets … en septembre ? Encore 4 mois de perdu.

En l’état, j’ai peine à croire la réalité de la menace. Cela parait tellement ingérable dans la réalité. Ce passeport soulève plus de questions qu’il n’apporte des solutions (sécurité des données sensibles car médicales, surveillance étatique de nos déplacements (à la chinoise ?) ou profilage de nos modes de vie (adieu vie privée ?)

N’est-ce pas plutôt un gros bâton pour faire peur et convaincre les hésitants à se vacciner au plus vite ? Si le gouvernement persévérait dans cette direction, il faudra étudier toutes les voies de droit pour revenir à des solutions plus raisonnables et pratiques.

4. Le macronisme, voila l’ennemi – L’habileté suprême de Macron est de mélanger ardente obligation mobilisatrice contre la maladie et discours de campagne annonçant sa politique de destruction du pacte social hérité des « jours heureux » (expression qu’il n’hésite pas à dévoyer comme les confusionnistes, cf. plus loin).

Ou alors, l’erreur suprême a été d’associer les mesures de lutte contre l’épidémie à un véritable discours d’entrée en campagne électorale, ce qui affaiblit la portée des annonces et ravale « Jupiter » au rang d’homme politique en lice pour sa réélection alors qu’il avait une opportunité pour se hisser sur le piédestal de l’homme d’Etat. De la même façon qu’il cherche à fractionner la société française, à organiser un séparatisme qu’il prétend condamner, le discours présidentiel était tourné vers son électorat naturel, celui de la droite conservatrice et craintive qui recherche de l’ordre et de la croissance économique pour les possédants. Appauvrissez les pauvres, enrichissez les riches, tel pourrait être le mot d’ordre du président-candidat. Et cela pourrait marcher tant l’abstention renforce un retour de la démocratie censitaire.

Après avoir détruit le pacte social soi-disant pour le rénover ou le moderniser (sic !) mais en aggravant toujours plus les inégalités et en montrant du doigt ou en sanctionnant les plus faibles (handicapés, chômeurs, précaires, retraités, etc.), Emmanuel Macron prépare un deuxième mandat pour détruire les institutions de la 5e république.

Non pas pour les démocratiser ou permettre l’exercice d’un véritable dialogue institutionnel, mais pour les saccager et préparer l’arrivée d’un facho au sourire si doux, à la manière d’Alliot à Perpignan.

Ne tombons pas dans le piège en réfléchissant à la meilleure solution pour lutter contre la pandémie sous la pression électorale du moment. De même, évitons les éructations démagogiques de certains. L’histoire nous apprend que la démagogie ne mène pas à la démocratie. Au contraire.

5. SENS DES MOTS, confusionnisme, à qui profite le crime ? Voir certains arborer « l’étoile jaune » parce qu’ils s’estiment « opprimés » me débecte. Entendre d’autres parler de « dictature sanitaire » ou laisser penser qu’il existe « un grand complot mondial destiné à préparer un grand remplacement, bref un shoah vaccinale » tout cela pourrait prêter à sourire si les déclarations hallucinantes n’instillaient pas leur venin.

Les ennemis des Lumières, de la raison, de la science, des droits humains reconnus dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 ou la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 se sont coalisés.

Qu’ils soient monarchistes, intégristes religieux (de l’une ou l’autre des religion, du Livre ou pas), antisémites notoires ou planqués, libertariens, néo fascistes, communistes chinois, membre du KKK, adeptes de Q, trumpistes, racistes, néo-nazis, masculanistes, ou que sais-je encore, ils ne visent qu’une chose imposer leur vue, y compris par la force, jouir sans entrave, peu importe les conséquences ou autrui qui ne peut pas être un sujet de droit, tout juste, un objet à leur service, consommer la planète et revendiquer à corps et à cri leur liberté de s’en foutre, de tout détruire car de toute façon, après eux le déluge.

Pour cela, ils n’hésitent pas à attaquer la science (au nom de la science, bien sûr), à utiliser les arguments adverses en les retournant (revendiquant la liberté pour imposer la mort, par ex.) à se prétendre « résistants » alors que le comportement est à l’opposé de celui de Jean-Moulin et de son armée d’ombres qui ne furent que courage et don de leur vie pour libérer la France et offrir au plus grand nombre, sans distinction, une égale dignité et le respect dû à toute vie humaine.

Parce qu’ils utilisent des mots qui sonnent bien à l’oreille (liberté, liberté chérie), parce qu’ils se donnent l’apparence de critiquer la politique injuste de Macron (n’hésitant à déclarer la guerre à Macron ou à appeler à les permanences électorales des députés, et puis quoi encore un 6 février 34 ? un assaut du Capitole comme en janvier 2021 ?), certains qui se sentent isolés, oubliés, délaissés prêtent l’oreille ou, plus grave, manquent de jugeotte ou, plus grave encore, renient leur histoire politique pour le plaisir de battre le pavé, peu importe si les organisateurs sont infréquentables et sont pétris d’arrières pensées factieuses.

En essayant de faire le point pour moi-même, je vous livre l’état de mes réflexions. Je ne prétends pas avoir tout compris et tout savoir mais j’essaie de réfléchir.

Je doute de tout et de tous (y compris de moi-même « est-ce que j’existe ? » ; oui un peu d’humour peu permettre de faire tomber la pression)

Je compare, je sépare les questions, j’évite les amalgames et les formules définitives, je me défie du point Godwin et j’essaie de garder la tête froide en mélangeant les sources d’informations et en prenant un recul historique (tiens, c’est marrant, on retrouve toujours les mêmes arguments des anti-vax ou des climato-sceptiques).

Je n’essaie pas de vous convaincre, j’essaie de rester cohérent avec mes différents engagements, d’assumer mes contradictions, de pouvoir me regarder dans une glace le matin et de me poser cette question : comment allons-nous réagir quand le dérèglement climatique va s’abattre sur nous ?

Car tel que c’est parti, on est mal barré avec des dirigeants mondiaux qui font du greenwashing pendant que le maison brule (Rio, 1992) mais refuse de prendre les mesures qui s’imposent, les milliardaires qui s’envoient en l’air à coup de milliards (alors que l’on pourrait sauver des millions de vie en luttant contre le paludisme et la malnutrition), les lobbies de l’industrie qui gagnent encore du temps pour continuer « business as usual » et pourtant et pourtant, les dérèglements qui sont là et qui commencent à se manifester devraient nous rappeler à l’ordre : l’homme n’est ni le maitre ni le possesseur de la nature. Nous ne sommes que des passagers provisoires d’une planète unique et en danger, par notre égoïsme et par notre manque d’anticipation.

 

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