Interview avec Béatrice Barbusse : Les sportives mal foutues, poubelle ?

Béatrice Barbusse est une femme engagée. Ancienne joueuse de handball professionnelle, elle est Maître de Conférence en sociologie à Paris Est Créteil et présidente du Centre National pour le Développement du Sport. Elle est l'auteur d'un livre : Du sexisme dans le sport, paru chez Anamosa éditions. Tennis Actu l'a rencontrée afin d'évoquer le cas spécifique des joueuses de tennis.

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Béatrice Barbusse est une femme engagée. Ancienne joueuse de handball professionnelle, elle est Maître de Conférence en sociologie à Paris Est Créteil et présidente du Centre National pour le Développement du Sport. Elle a été la seule femme à présider un club de sport collectif masculin, l'US Ivry (club de handball), durant 6 saisons "Ca ne les a pas empêchés de devenir champions de France", sourit-elle. Elle est l'auteur d'un livre : Du sexisme dans le sport, paru chez Anamosa éditions, qui dénonce les comportements sexistes à travers des anecdotes de terrain croustillantes, des affiches de compétition osées, ou encore l'image renvoyée par les médias, passées au crible de l'analyse sociologique. Tennis Actu l'a rencontrée afin d'évoquer le cas spécifique des joueuses de tennis. Elle revient notamment sur les affichages ouvertement sexys de certaines joueuses sur Facebook, Twitter ou Instagram ainsi que sur l'affaire Caroline Garcia/ Kristina Mladenovic, sur laquelle elle pose un regard critique d'ancienne manageuse d'équipes de très haut niveau.

L'INTEGRALITE EST A RETROUVER SUR TENNISACTU.NET

Dans votre livre, vous évoquez deux « types » de sportives, qu l'on peut retrouver dans le tennis, le premier serait représenté par Serena Williams, Marion Bartoli à son époque, moquées pour leur physique, et la seconde en a visiblement souffert, et de l'autre un pôle dans lequel on pourrait classer Maria Sharapova, grande, blonde, longiligne, ou Caroline Wozniacki qui a fait une séance de bodypainting, ou Dominika Cibulkova, qui poste des selfies sexys sur Instagram. Pouvez-vous préciser votre analyse ?

Alors là, on passe de l'autre côté, non du côté des médias, mais du côté des joueuses. Quand vous êtes sportives, vous savez que pour gagner de l'argent il faut gagner des matchs. L'autre possibilité pour gagner de l'argent, c'est d'avoir des partenaires. On va constater que Sharapova a plus de facilité à trouver des partenaires que Bartoli ou même Serena Williams. Les joueuses ont alors tendance à surjouer leur féminité. Mais cela va au contraire de l'enjeu collectif, qui est l'enjeu des femmes dans le sport. En faisant ça, elles jouent leur intérêt personnel : elles gagnent plus d'argent, elles sont plus médiatiques, certes, mais au bout d'un certain temps, elles ont prises au piège de leur propre stratégie, qui n'est pas leur propre stratégie, parce qu'elles répondent en réalité à des attentes de leurs partenaires et des médias, donc, quelque part, j'ai envie de leur poser cette question : "Est-ce que vous avez le choix de faire ça" ? En réalité non, elles ne l'ont pas. Elles disent qu'elles le font volontiers, mais elles répondent en réalité à ce que l'on attend d'elles. Elles donnent ce que les médias veulent voir et elles obtiennent ainsi ce qu'elles veulent avoir. Mais collectivement, il ya un effet pervers : ça reproduit la représentation genrée que nous avons des femmes. Nous avons un modèle en tête, le leur : grandes, blondes... Ca ne laisse plus de place aux autres, c'est ça que je leur reproche. Je leur reproche leur non solidarité, je leur reproche leur égocentrisme, je leur reproche leur égoïsme, car elles pensent à gagner de l'argent, mais elles ne pensent pas aux femmes qui ne peuvent pas en gagner parce qu'elles sont moins bien foutues qu'elles. On en fait quoi de ces autres filles ? On les met à la poubelle parce qu'elles ne sont pas belles ? C'est ça que je leur reproche. Elles sont centrées sur leur petit nombril, et leurs attributs féminins.

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