La police nationale: terreau de plus en plus fertile à l’extrême droite?

Je suis policier depuis maintenant 25 ans. Je me suis engagé dans la police nationale comme la grande majorité de mes collègues pour porter les valeurs de la République. Face à une colère exponentielle au sein de l’institution, une police nationale qui se radicalise et qui devient le terreau fertile de l’extrême droite est un risque grave pour la stabilité de notre démocratie.

Policier républicain, je considère que ma mission est à la fois, et en grande majorité, celle de porter aide, assistance et secours mais également de lutter contre la délinquance et la criminalité dans le respect du code de déontologie et de la loi que j’applique en toute loyauté.

Oui, le travail de policier est de plus en plus difficile tant par sa dangerosité que par son image auprès de la population.

De plus en plus mise à mal, sur fond de crises sociales successives et de tension collective avec la crise sanitaire, la police nationale perd de son aura dans notre société. Pourtant, la police nationale comme la gendarmerie nationale, est la garante de notre démocratie. Encore faut-il que leurs représentants en soient les dignes défenseurs.

Aujourd’hui, je crains qu’une partie d’entre eux ne se soit laissée séduire par le chant des sirènes de l’extrême droite.

Cet extrémisme nauséabond use et abuse des confrontations violentes quotidiennes, notamment lors de manifestations, d'agressions ou d'attaques dans certains quartiers difficiles, que vivent et subissent les policiers pour les attirer dans le filet d’une histoire nauséeuse que notre pays a malheureusement et tristement déjà connue.

La stigmatisation, les insultes, les agressions ou les accusations gratuites sont en fortes augmentation depuis ces dernières années et certains en profitent pour s’autoproclamer les seuls représentants de la loi tout en déversant leur fiel.

Si force doit rester à la loi, les policiers doivent aussi la faire respecter sans jamais vouloir la faire et encore moins être au dessus !

Ainsi, les récentes affaires successives de violences policières et de propos racistes (affaires Zecler, Chouviat ou Théo), dont il convient encore d'en faire la preuve par le biais de la justice, laissent craindre le pire pour l’avenir.

Une police nationale qui se radicalise et qui devient le terreau fertile de l’extrême droite tant d’un point de vue politique, avec une attirance pour le rassemblement national, que d’un point de vue syndical avec certaines organisations dont les prises de position flirtent toujours un peu plus avec l’extrémisme, est un risque grave pour la stabilité de notre démocratie !

Je pensais que ce temps était révolu quand, en 1998, alors que j’étais jeune policier, le gouvernement de l’époque interdisait le FNP, le Front National Police, nouveau syndicat-branche du Front national de l’époque au sein du Ministère de l’Intérieur

Pourtant, certains sondages récents ont mis en lumière qu’une majorité de policiers et de gendarmes aurait voté pour Marine LE PEN en 2017 face à Emmanuel MACRON.

Personnellement, je n'y crois pas à la lecture des dernières élections professionnelles en décembre 2018 dans la police nationale.

La majorité des policiers a porté sa voix vers des syndicats plutôt classés à gauche comme Unité SGP Police, Unsa Police ou encore la CFDT bien qu’au sein même de leur confédération, comme FO, il soit établi qu'il existe une certaine frange de militants adepte du Rassemblement National (https://www.nouvelobs.com/politique/elections-europeennes-2014/20140528.OBS8722/europeennes-le-front-national-en-tete-chez-force-ouvriere.html)

Je pourrais donc être rassuré sur une tendance plutôt républicaine des agents qui composent la police nationale mais c’était sans compter sur les nombreux collectifs policiers qui se sont créés en 2012 (le CLIP) en 2016 (Policiers en Colère) et plus récemment en 2019 (Hors Service), et phagocytés, de près ou de loin par l'extrême droite.

Face à une colère exponentielle au sein de l’institution, l’absence de réponse concrète au mal-être policier tant sur la reconnaissance et la valorisation du métier que sur les moyens matériels et immobiliers, certains policiers se sont sentis lâchés et abandonnés aussi bien par le pouvoir politique que par leurs syndicats représentatifs, tout puissants au sein de l’institution.

Ils ont alors décidé de se constituer en collectifs, manipulés et infiltrés, pour certaines, par l’extrême droite, avec des discours que les policiers attendent depuis des décennies : réinstaurer le respect du policier et de l’autorité de l’état, apporter des réponses pénales fortes, réaffirmer l’appartenance à la nation.

Le policier c’est la France, l’État donc la République en ce qu'il l'a représente et qu'à ce titre, il est la Loi car il l'applique dans l'intérêt supérieur de notre démocratie. Cela nul n’est autorisé à le remettre en cause.

Et si je considère que ces valeurs sont effectivement le fondement de mon engagement, je ne souhaite pas qu’elles deviennent les fondements d’un État totalitaire que certains appellent de leur vœu.

C’est d’ailleurs le cas avec cet ersatz de collectif, dissident des collectifs historiques « des policiers en colère » ou le « clip ».

Cette branche, considérée par ses pairs comme trop radicale et extrémiste, s'est constituée de policiers, de gendarmes, de pompiers et autres individus de tout poil, non membres des forces de sécurité, dont l’appartenance au RN n’est plus à démontrer.

Ses prises de position ne sont ni plus ni moins qu’un appel à la haine, à la violence, au racisme et à combattre notre démocratie par l’instauration d’un État autoritariste. N’ayons pas peur des mots.

Ainsi, très récemment, ses déclarations dans la presse, appelant à tirer à balles réelles sur les casseurs et manifestants radicaux, lui a valu une plainte de la direction générale de la police nationale. Plusieurs enquêtes sont d'ailleurs actuellement toujours en cours par l'IGPN dont ce collectif se vante allègrement sur sa page facebook : https://www.facebook.com/associationhorsservice

Dès lors que des hommes politiques, des ministres, des journalistes, des syndicats y compris de police ont des positions contraires au dogmatisme de ce collectif, c’est une salve d’injures, d’insultes, de diffamation et autres harcèlements qui déferlent sur leurs réseaux sociaux.

Je pourrais une nouvelle fois me rassurer en me disant que ce ne sont qu’un nombre infime d’extrémistes.

Je pourrais aussi me convaincre que nous ne craignons vraiment rien et que la police demeurera républicaine pour maintenir la paix publique et sauvegarder notre démocratie.

Mais aujourd’hui, je doute sérieusement en prenant connaissance de l’affiliation de ce même collectif « hors service » à un syndicat de la police d’extrême droite, bien qu’ultra minoritaire, la FPIP qui ne s’est jamais caché pour ses préférences nationales avec un représentant national d'Ile de France actuellement élu RN (organigramme de ce syndicat : http://www.fpip-police.fr/wp-content/uploads/2021/01/trombinoscope-BN-JPG.jpg) tout comme l’autre syndicat minoritaire « France Police » dont le secrétaire général n’est autre que l’ancien conseiller police de Marine LE PEN et candidat aux élections législatives de 2012 (organigramme de ce syndicat : https://france-police.org/notre-equipe/)

Pour la petite histoire, la FPIP est une branche dissidente du syndicat Alliance Police Nationale, créée dans les années 80. La boucle serait-elle bouclée ? Ceci expliquant peut-être cela...(toutes les infos sur wikipédia et autres)

Ainsi, cette recrudescence de l’extrémisme, dans les rangs de la police nationale, doit faire l’objet de la plus grande attention du pouvoir politique. Aucune excuse, aucun attentisme, aucun mutisme ni immobilisme ne doit être accepté par le politique quel qu’il soit.

Même si je reste convaincu que les policiers dans leur grande majorité ne sont ni des fachos, ni des racistes, je reste inquiet pour l’avenir de ma police républicaine.

L’institution doit faire le ménage. Il n’y a pas de place pour des individus à l’esprit étriqué dont la pensée s’exprime par la violence et l’envie d’affirmer son autorité sans aucun sens du discernement, du respect de la loi et de la déontologie policière dont ils doivent faire preuve à chaque instant, y compris hors service !

Nous sommes policiers H24. Notre comportement doit être exemplaire. Il en va justement du respect que l’on nous doit et de l’image de l’institution auprès de nos concitoyens.

Je n’accepterai jamais que quelques petites flicailles qui n’ont rien à envier aux racailles, se permettent de s’ériger en grands défenseurs de la loi alors qu’ils ne la respectent pas eux-mêmes.

Je suis de tous ces flics qui en prennent plein la gueule au quotidien mais qui aime son métier au service de ses concitoyens.

La police est et doit rester républicaine !

PRO PATRIA VIGILANT !

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