Libérons le travail !

Oui, le droit du travail n'est plus adapté. Oui, notre modèle social doit être repensé.
Parce que quand le taux de chômage s'envole, ce modèle ne concerne plus personne.
La plupart des discours de gauche ou de droite se placent dans une espèce d'éternité suspendue, comme si la nécessité de produire était restée identique, comme si rien n'avait changé. Mais tout a changé.

Un bon homme politique, dans leur microcosme, c'est celui qui vous promet le meilleur taux de croissance et le plus de création d'emplois.
Mais la vérité, c'est qu'on s'en moque.

L'enjeu n'est pas là. L'enjeu n'est pas là pour ceux qui cherchent un emploi, car ils n'en ont pas besoin : ils sont avant tout en recherche d'un moyen de subsister, d'être reconnus, de s'épanouir... Ce que l'emploi ne permet plus : la souffrance au travail augmente, pas le pouvoir d'achat, ni la production de signes de reconnaissance dans les entreprises.
Au fond, l'enjeu n'est pas là non plus pour l'efficacité économique du pays et de ses entreprises, puisque cette efficacité se mesure autant à la destruction d'emplois qu'à la quantité de travail accumulé, autant dans les superbes défis de l'innovation permanente encensés par notre ministre de l'économie que dans la concurrence exacerbée entre pourvoyeurs de travail permis par un chômage de masse.

Oui, il faut libérer le travail. C'est-à-dire, à court terme, changer radicalement le mode de management des moyennes et grandes entreprises et de l'État pour le rendre moins pénible, moins manipulatoire et moins créateur de souffrances. Pour celles et ceux qui le peuvent, c'est aussi expérimenter d'autres façons d'être actifs, sans être managés et infantilisés. C'est-à-dire permettre aux gens, à moyen terme, de choisir la manière dont ils veulent contribuer au progrès social (via par exemple le revenu d'existence et la multiplication de plateformes communes d'échange de biens et services, qui sont des mesures transitoires). C'est-à-dire, à long terme, permettre à des entrepreneurs d'un nouveau genre de développer des projets qui ne s'inclinent pas devant la logique économique, qui sont des projets de vie. Libérer le travail pas au sens de l'emploi, mais de devenir libre de ce qu'on fait dans le monde. Travailler sans être contraint d'avoir un emploi.


On le voit, si cette transformation est politique, elle ne passe pas forcément par une impulsion gouvernementale. Car l'action politique est multiple.

La politique féodale des baronnies locales ou des géants du CAC40 n'est pas la seule possible.

Libérer le travail, c'est aussi refaire de la monnaie un bien commun. C'est aussi permettre et encourager la transition écologique, qui doit s'appuyer pour être efficace sur l'implication citoyenne et la transition vers d'autres modes de vie, plus sains et durables.

Le culte de la valeur travail nous mène dans le mur, et chaque camp applaudit à sa manière un dieu qui exige de grands et inutiles sacrifices.
Libérons-nous en !

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