2022, le risque d'une prise de pouvoir de l'extrême droite

Le FN peut il emporter les élections françaises? A la veille des élections européennes de 2019, je m'interroge sur les évolutions politiques en France. Comment LREM prépare (sans le vouloir) la prise du pouvoir du FN? Dynamique électorale, mouvement populaire, éclatement des factions et partis politique.

L’extrême droite peut-elle arrivé au pouvoir en France ?


Une réponse positive semble irréelle, impensable, folle. Notre système politique majoritaire oblige à des majorités, oblige au ralliement du centre, permet d’éviter qu’un parti clivant, extrême, ne puisse parvenir à s’imposer. Mais ce système ne va-t-il pas se retourner contre ces bénéficiaires ?
Pour creuser la question il est nécessaire de se plonger dans les dernières années de la politique française, celle de ce début de siècle.

 

L’annonce des mauvais temps ou le précédent historique


Le 21 avril 2002, Jean-Marie Le Pen accédait au second tour de l’élection présidentielle en France.
Fort d’un score important de près de 5 million de voix, le FN créait une surprise qui sonna comme un séisme en France et dans le monde. Comment, un demi-siècle après la fin de la seconde guerre mondiale, un parti revendiquant peu ou prou une filiation avec le collaborationnisme put atteindre la finale de l’élection reine de la politique française ?
Une mobilisation d’ampleur se mit en branle alors. Les manifestations du 1er mai de cette année, dans l’entre-deux tours furent massives et la mobilisation électorale qui suivit ne fut pas moindre. Plus de 25 millions de voix allèrent à Jacques Chirac pour contrer le président du Front National. La France put souffler et constater que la « discipline républicaine » fonctionnait parfaitement, que le rejet de l’extrême droite était grand.
On imputa alors cet évènement à un accident de l’histoire. Le Front National n’avait pas obtenue beaucoup plus de voix qu’auparavant, seulement 300 000 voix de plus qu’en 1995 ; la gauche avait été fortement divisé en 8 candidats, dont 5 de la majorité sortante qui avait gouverné le pays pendant 5 ans. Lionel Jospin, premier ministre sortant, fort d’un bilan jugé plutôt bon dans l’opinion, ne loupant la qualification au second tour que de 200 000 voix.
Ainsi, à l’élection suivante de 2007, les choses semble rentrer « dans l’ordre ». Nicolas Sarkozy arrive en tête en rassemblant la droite et Ségolène Royal le précède, également en rassemblant le centre gauche.


Cette analyse n’est pas fausse, mais elle masque quelque chose de plus profond.
Le Front National s’est ancré dans la vie politique française sous les coups de boutoir de politique libérale et l’abandon progressive de la gauche à représenter les classes populaires et leurs intérêts. Celles-ci ont progressivement et massivement déserté le champ politique et venu d’abord grossir les rangs de l’abstention. Il existe bien sûr un vote populaire qui a élargi les rangs des électeurs du Front National, mais c’est avant tout à cause du déclassement sociale ou de la crainte d'un tel déclassement.
Constatons que le Nord, la Picardie, la Lorraine, la Normandie orientale, la périphérie de l’Ile de France, la Bourgogne et le Champagne ont vu la plus importante progression du vote FN depuis 20 ans. Les politiques libérale, la nouvelle structuration internationale du Capitalisme qui à vue la délocalisation d’activité industrielle vers l’est (de l'Europe et de l'Asie), le recentrement de la gauche, partant d’une politique affichée de transformation sociale à une gestion modérée des politique libérale, à petit à petit détourné les classes populaires du vote de gauche et du vote tout court.
A l’inverse, des pans entiers de salariés de moyens revenus, souvent situés dans les périphéries et voyant se réduire les services publiques et privés, les perspectives d’emplois et de revenus ont tourné leur voix vers le FN.

Aidés en ça par un discours du non-choix : la politique libérale est la seule possible, toute autre perspective est idiote ou dangereuse, il faut s’adapter ou périr et, pire encore, les solidarités sont un poids que supportent les petits travailleurs au bénéfice des « assistés ». C'est le TINA de Mme Thatcher: feu sur la démocratie ! 
Ainsi fut relancée la lutte des classes, mais au profit des possédants qui surent parfaitement divisé les classes populaires entre elles.
Assécher les revenus de l’état social pour constater son incuries et en accabler les derniers bénéficiaires après avoir privé de plus en plus les travailleurs moyens et pauvres de celui-ci. Tout cela en décrédibilisant le discours de politique de solidarité, soutenue par ses anciens promoteurs rallier au libéralisme. Les cadres dirigeants de la social-démocratie ne croyant plus et n’appliquant plus les politiques pour lesquelles ils étaient élus.


Quand l’individu cesse d’être lié aux autres par la solidarité, il cesse de former une société humaine. Il devient seul, isolé, en guerre contre ses semblables et qui plus est, encouragé à l’être.
Là, vient le discours du FN et de l’extrême droite en général: unité derrière un chef charismatique "puissant et protecteur", alimentation de la guerre sociale en désignant des boucs émissaire commode (l’étranger, le différent), vaste fumisterie démagogique sans logique propre et changeante au gré du vent électorale (pour ou contre l'Europe, pour ou contre les impôts, pour ou contre les augmentation de salaires, etc. l'extrême droite ne choisit pas, elle tourne au grée du vent).

 

Nouvelles nuées sur la France


Nous arrivons alors à l’élection présidentielle française de 2017. Une bafouille de l’histoire bien différente dans ses aspects.


Si en 2012, François Hollande se fait élire sur le thème du changement par rapport à son prédécesseur et sa politique antisociale, avec une majorité des voix des classes populaires (comme un dernier sursaut de celles-ci à espérer à une politique qui défendent véritablement ses intérêts), elles seront sévèrement douchées par la politique réellement appliquée qui renouera rapidement avec le renoncement et l’alignement avec la ligne libérale appliquée presque partout et notamment en Europe.
Les reste de Socialisme s’effondrent durant le mandat de François Hollande et avec lui toute perspective de transformation sociale et d’alternative politique claire et crédible au libéralisme.


C’est pourtant le libéralisme qui prend le relais un instant durant la campagne de 2017.

Emmanuel Macron, patricien de l’état, formé dans les moules des grandes écoles et du pantouflage, créé la surprise en développant un discours libéral assumé. Mais sa victoire est un trompe l’œil.
Là encore, comme 2002, le FN accède au second tour de l’élection présidentielle. Plus de 7 millions et demi de voix se portent sur la candidate de l’extrême droite, un record jamais vu en France. Et malgré une prestation jugée médiocre lors de son débat d’entre-deux tours, elle améliore son score de 3 millions de voix au second tour, bien plus que ne le fit son père en 2002.
Mais plus inquiétant encore. Le candidat libéral, appelant, comme par le passé Jacques Chirac en son temps, à la discipline républicaine contre l’extrême droite ne réunit pas autant de voix que son ainé. Là où Jacques Chirac quintuple son score passant de 5,6 millions de voix à plus de 25 millions et totalisant 82% des suffrages exprimés, bénéficiant également d’une participation plus importante de la population (29,5 million de votant au 1er tour en 2002 contre 32,8 millions au second tour) ; Emmanuel Macron lui ne gagne que 12 million de voix, doublant un peu plus son score par rapport au 1er tour. La participation entre les deux tours est également très révélatrice. Cette fois, l’abstention progresse. Pas de sursaut de mobilisation. Notons également, que le vote blanc est relativement très important au second tour, démontrant que nombre d'électeur dénonce clairement cette absence d'alternative.


Ainsi, nous voyons se poindre une chose fondamentale. Non seulement l’extrême droite progresse fortement mais également le nombre de citoyen refusant de se rallier au candidat libéral pour faire barrage au FN et "défendre la république".


Découragement ? Manque de civisme ?
Devant l’absence d’alternative claire, devant la morgue des libéraux à mépriser toute aspirations populaires, devant le mépris hypocrite des libéraux pour la démocratie, considérant qu’il n’y a point de salut en dehors de leur politique, les citoyens et en particulier les classes populaires refusent de jouer à ce jeux délétère qui consiste à soutenir la stratégie du pire.
Emmanuel Macron poursuit cette idée de s’imposer sur un champ de ruine politique, se plaçant seul face au FN espérant tirer les fruits de l’ancienne discipline républicaine.
Il finira par se sentir bien seul un soir d’élection si ce mouvement se poursuit.


Aujourd’hui au pouvoir, il ne se maintient que par son socle électoral bien faible. Il suscite un rejet très fort dans l’opinion envers laquelle il ne pourra plus jouer à la prochaine échéance le discours du changement et de l’alternative libérale "enfin" assumé. Les classes populaires ne tiendront plus la discipline républicaine et déserterons massivement.
Si le cœur électoral d’Emmanuel Macron est centré sur les cadres et les dirigeants d’entreprises, sa majorité obtenu en 2017 à comporter une majorité de exprimé de salarié du public comme du privé. Ce cœur électoral, qui peut atteindre 20 à 30% de la population, est insuffisant sans l’apport des voix des classes populaires pour obtenir une majorité. Or, si bon nombre d’électeur ont voté par défaut pour EM en 2017, nous pouvons imaginer qu’ils pourront rejoindre les rangs des abstentionnistes.
La tendance à ne pas suivre la discipline républicaine est prégnante en 2017, d’autant plus que LREM a jouer dès le premier tour à cette discipline, au vote « utile », pour faire plein de voix. Ce qui montre la faiblesse du socle d’LREM.
L’usure du pouvoir est toujours forte, on peut aisément le mesurer durant ces premières années de mandat.
Les fonctionnaires sont frappés par des mesures restrictives de salaires et de personnel qui les places en tension. C’est notamment le cas des policiers et des personnels hospitaliers. Les enseignants sont également marqués par des transformations de l’organisation du travail et des études qui les rebutes.
Les petits salariés ont subis également des lois de précarisation du travail et le mouvement des gilets jaunes a montré la défiance vis-à-vis du pouvoir et les difficultés sociales subites par ceux-ci.
De la même manière les chômeurs et les retraités sont dans le même mouvement.
Par ailleurs, le mouvement à touchés le petit commerce, que les personnes ais rejoint le mouvement où qu’il en ait subit certaine conséquence.
Sans alternative politique, il est possible que des pans entiers des classes populaires refusent de soutenir Macron en 2022, ni une autre candidature.


Notons que la victoire d’un candidat d’extrême droite ne sera possible plus par cette désertions que par un ralliement massif à son projet politique ; ce sera une des présidences les plus mal élu de l’histoire. Notons que l’extrême droite progresse tout de même et que cette victoire tragique si elle a lieu sera également par un apport de voix supplémentaire. En comparant avec les autres élections, celles de 2017 marque vraiment le basculement vers le FN de pans entiers des différents électorats.


En tuant toute alternative sociale, en galvaudant l’idéal de progrès, les libéraux on réussit à s’imposer mais pour combien de temps.
A la différence de 2002, la France n’est plus une exception. Les USA ont vu l’élection d’un candidat ouvertement nationaliste à la maison blanche, la Hongrie, la Pologne, l’Italie, l’Autriche, ont également des gouvernements nationalistes ou en coalition avec des nationalistes. Les partis se revendiquant de se courant politique font d’important score aux élections dans bon nombre de pays en Europe et dans le monde. La lame de fond est donc importante, ce n’est plus accident mais bien un danger renaissant.
Notons autre choses.


Les politiques sécuritaires ont largement progressé et les mesures d’exceptions sont de plus en plus entrées dans le droit commun. Là où l’on peut attendre une certaine « modération » dans l’usage de ces mesures par des gouvernements libéraux, la surenchère de l’extrême droite en la matière ne pourra qu’ébranler le vernis protecteur de l’état de droit si les institutions ne tiennent pas (surtout en France ou le système monarchique permet au président de concentrer le pouvoir exécutif et législatif s’il dispose d’une majorité docile à l’assemblée ; et contrôle une grande partie du pouvoir judiciaire par les procureurs et la nomination des juges). D’autant plus que la seule constante idéologique de l’extrême droite est la mise en œuvre d’une politique de répression et de ségrégation intransigeante.

 

L'éclatement des rassemblements politiques

Le Parti Socialiste et l'UMP ont dominé la politique française pendant des années.

Le Parti socialiste, créé en 1971 de la fusion de la vielle SFIO et de plusieurs courant politique de la gauche non communiste, à su créé une formule rassemblant autours de lui le PCF et les autres formations minoritaires pour créer des majorités et gouvernés, tout aussi bien au niveau national que territorial.

L'UMP (devenu LR) est la fusion de ce que fut le RPR et l'UDF visant à un grand parti de la droite conservatrice au centre droit libéral. Ce fut aussi un pôle de rassemblement pour des majorités politiques à droite.

Aujourd’hui, le PS à exploser sous les coûts de ses contradictions internes. La faction majoritaire prônant une politique libéral plus ou moins modéré et favorable à la politique menée en Europe par la commission et le conseil des chefs, alors qu'une faction minoritaire mais importante refusait cette orientation. De ce fait, la dissension couvait depuis au moins le référendum de 2005 qui avait vu s'exprimer la faction minoritaire, fidèle à une ligne de transformation sociale contre la majorité suivant la ligne d'adaptation libéral. Le Quinquennat de François Hollande déclencha la scission. incapable de gouverner en coalition, sûr de son bon droit à gouverner en monarque, selon les règles de la république bonapartiste et oint de l'onction électorale, M. Hollande à vu ses partenaires s'éloigner de sa majorité (d'abord le PCF qui refusa d'entrer au gouvernement et ensuite EELV qui dénonça la faiblesse de la politique environnementale). Ensuite, ce fut la scission même du parti qui atteint son pinacle lors des primaires pour la désignation du candidat à la présidentielle de 2017. La victoire de la faction de gauche rangé derrière Benoit Hamon fut une claque forte pour la faction de droite qui perdait le pouvoir dans le parti pour la première fois. Des années durant elle tança la faction minoritaire à se ranger à la démocratie pour lui intimer l'ordre de rester fidèle et obéissante. Mais au soir de sa défaite, sa vengeance se mit en route et les partisans de Manuel Valls organisèrent des prises de paroles publics pour dénoncer le candidat élu, désertèrent le champs de la campagne puis rallièrent le candidat libérale dès le premier tour pour beaucoup.

Celà n'explique surement pas tout de la défaite de M. Hamon, mais cela à beaucoup jouer, il suffit de voir que l'électorat se divisa entre ceux qui allèrent vers M. Macron et ceux qui rallièrent M. Melenchon,

Cependant, ce rappel permet de comprendre que le pôle structurant de la gauche à éclater de ses contradictions internes et, selon moi, de la trahison de l'idéal socialiste de la part de la faction majoritaire.

L'UMP connu un sort similaire bien que moins puissant. Déjà, une parti de l'UDF refusa de se fondre dans l'UMP. Ce fut le grand refus de François Bayrou qui fonda alors le MODEM pour conserver un parti centriste autonome. L'idée de M. Bayrou était de poursuivre la stratégie de M. Giscard d'Estaing, réunir les centres pour créer un pôle majoritaire libérale repoussant les conservateurs et les socialistes. Peine perdu car Nicolas Sarkozy réussit par son charisme et un programme mêlant conservatisme et libéralisme assumé, à réunir sur son nom une majorité autours de lui. Les différentes faction de l'UMP étaient unis et obtint la majorité aux élections nationales de 2007, le score même du FN fut réduit. Mais la suite sera plus difficile. Après le défaite en 2012, l'UMP perdait son chef et s'abima en conflit interne. La nouvelle cheffe du FN, l'héritière du fondateur J.M. Le Pen, remonta le score du FN en 2012 et prépara son parti à emporter l'élection en le professionnalisant et en polissant son discours. La primaire de la droite ne fut pas moins malheureuse. Face au candidat libéral, la faction la plus conservatrice l'emporta et la parti éclata de même sous les coup combiné de la division idéologique et des affaires d'abus de bien publics qui frappa le champion conservateur François Fillon.

Depuis, l'UMP ne c'est pas remis de sa défaite et sa faction libérale s'est en partie tourner vers le parti libéral du président Macron.

Ce sont donc les deux pôles de rassemblement politiques des courant philosophiques et idéologiques structurant qui s'affaiblir et éclatèrent.

Il semble assez claire à l'heure où j'écris que le parti libérale va prendre la place au centre droit et que la parti nationaliste va dominé à droite le parti conservateur qu'est devenu LR. Plus compliqué est la situation à gauche, qui représente toujours un tiers au moins de l'électorat. Sa division idéologique et partisane est plus grande.

Mais face à un grand parti libéral prétendant réunir "2 français sur 3" selon la formule giscardienne et qui finalement ne réunit pas plus d'un 1 sur 3, il est nécessaire de voir se reformer un grand parti des classes populaires de transformation sociale. Sans cela, ce sera la victoire du parti nationaliste. L'atomisation de la vie politique, le déclin de la discipline républicaine, le mépris des libéraux pour les alternatives démocratiques, l'absence d'alternative sociale. La situation fait le lit du nationalisme.


Je me fais là un prédicateur de malheur comme souvent l’histoire en a connus et j’espère me tromper. Non pas que je souhaite que la discipline renaisse encore une fois au profit des libéraux ou des conservateurs qui ne défendront pas les intérêts des classes populaires (ce qui ne ferait que repousser l’échéance selon moi), mais j’espère un sursaut du camp social. On ne sait jamais à l’avance de quoi l’avenir sera fait mais il est toujours bon de tirer les leçons de l’histoire et d’envisager les malheurs dans l’espoir de le contrer.

 

P.S. Malgré ma relecture, il est possible que des fautes de français soit toujours présente. Je vous prie de bien vouloir m'en excuser et vous remercie de votre bienveillance en la matière.

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