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Billet de blog 28 nov. 2017

Monarques sous haute surveillance au Mexique

Au Mexique, des gendarmes protègent les papillons monarques.

Clément Detry
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Rogelio, secrétaire de surveillance de l’ejido Cerro Prieto, veille sur les arbres «bouquets de papillons» dans la réserve de biosphère du papillon monarque. © Clément Detry

[initialement publié au Québec par le Devoir]

On dit des papillons qu’ils sont fragiles. Celui-ci l’est particulièrement. Le papillon monarque est menacé de disparition, tant à cause de la raréfaction de l’asclépiade au Québec — sa principale source de nourriture — qu’à cause de la coupe illégale des forêts au Mexique où il hiverne, pour laisser place aux avocatiers. Mais dans les États de Mexico et de Michoacan, au centre du pays, des « gendarmes environnementaux » commencent à veiller sur ces hôtes hivernaux.

La base de la gendarmerie environnementale se situe à Angangueo, « village magique » selon le secrétariat mexicain au Tourisme, au coeur d’une réserve de biosphère créée spécialement pour la préservation du papillon monarque.

Juan Victor Corpus porte l’uniforme kaki depuis à peine un mois, après avoir passé un concours interne à la police fédérale. Il est l’un des plus jeunes dans une compagnie où l’âge moyen est de 25 ans. « Cet arbre s’appelle Abies religiosa, il est natif d’ici », souligne-t-il en caressant, tôt dans la matinée, un jeune pin couvert de gelée.

Il poursuit, étalant ses connaissances en biologie sur ce « sapin sacré » : « Le papillon monarque choisit notre pin oyamel mexicain pour passer l’hiver, car ses racines puisent profondément dans les nappes phréatiques, rendant son bois riche en matériaux organiques. »

Préservation

Nous sommes au royaume du papillon monarque, à 3100 mètres d’altitude, il fait –3 degrés Celsius au lever du soleil. Le plus grand papillon diurne au Québec, mesurant environ 10 cm, effectue chaque année une migration de 2000 à 5000 kilomètres pour rejoindre notamment cette zone du Mexique.

Une vaste colonie de papillons orange s’est établie plus bas, dans une forêt « sanctuaire » surveillée par les membres de la communauté. Ces derniers travaillent comme guides touristiques pour la plupart et se relaient pour occuper un tronc allongé présentant une vue imprenable sur une immense forêt exclusivement composée de pins oyamels. Ils s’assurent, depuis ce point de surveillance, qu’aucun touriste ni visiteur ne s’approche à plus de trente mètres des arbres appelés « bouquets de papillons ».

Les insectes, à ces endroits, sont visibles par centaines sur une seule branche et par centaines de milliers dans le ciel. Un spectacle naturel. Et menacé.

Des coupeurs d’arbres

Après une première série d’opérations policières et militaires au début des années 2010, les groupes de coupeurs d’arbres liés à la criminalité organisée ont commencé à réapparaître dans la zone en 2013, dans un contexte sécuritaire particulièrement tendu pour l’État de Michocan.

La superficie forestière occupée par les papillons dans la réserve, en 2013-2014, a baissé jusqu’à représenter moins de 0,6 hectare, mettant le Fonds mondial pour la nature (WWF) en alerte. À l’appel de ce dernier, et pour éviter une « disparition imminente des voies migratoires du papillon monarque », les gouvernements du Canada, des États-Unis et du Mexique ont créé en février de la même année un groupe de travail tripartite pour la conservation du papillon monarque.

« Il a fallu rétablir une présence policière permanente de dissuasion, avec des éléments qui connaissent le terrain et qui savent gagner la confiance des communautés. La gendarmerie environnementale, que nous avons contribué à former, a répondu à cette attente », explique Gloria Tavera Alonso, directrice régionale de l’agence du gouvernement mexicain chargée des zones naturelles protégées (CONANP).

Selon le secrétariat mexicain à l’Environnement (SEMARNAT), la déforestation dans la zone naturelle protégée a diminué de 94 % un an après le déploiement des gendarmes en août 2016. Une bouffée d’oxygène pour l’insecte orangé qui, cette année, a pu s’étendre sur plus de six hectares de forêts.

Proximité et convivialité

Les interventions strictement policières, cependant, ne permettent pas de résoudre les conflits entre communautés de propriétaires ruraux, ou ejidos. Certaines ont pu s’estimer lésées par les répartitions des quotas de coupe de bois de la part du gouvernement fédéral.

« Lorsque nous sommes arrivés, il n’était pas rare que les membres d’un ejido viennent couper du bois sur le territoire d’un autre ejido pour éviter que leur propre communauté ne soit exposée à des sanctions », souligne le commandant de la gendarmerie sur le territoire de la réserve, Benito Marín.

Ce dernier répond aux invitations des membres des ejidos et assiste à leurs réunions, en vue d’informer sur les comportements qui constituent des délits environnementaux. Il attire également l’attention des propriétaires de parcelles sur le fait que la communauté peut à tout moment perdre l’appui financier du gouvernement fédéral pour ses activités de surveillance et d’entretien des forêts.

Pour Benito, inutile de procéder à des arrestations et à des mises en examen. Il affirme que « la répression n’est pas la solution, elle ne ferait qu’aggraver les problèmes sociaux. De plus, la plupart des délits commis s’expliquent par les coutumes locales, dont les habitants ne s’imaginent pas qu’elles pourraient contredire une loi fédérale ».

La journée de patrouilles des gendarmes, à pied et en véhicule, se termine par la découverte d’un champ rempli de déchets de bois et de troncs calcinés. Les seuls arbres restants sont deux abricotiers. « Même les arbustes y sont passés », commente un policier qui vient ici pour la deuxième fois.

D’après les gendarmes participant à l’opération, les planteurs d’avocatiers découpent une bande autour du tronc d’un arbre qui les gène pour qu’il meure et tombe sans avoir été abattu. Ceux-ci se prévaudraient ensuite de la chute soi-disant naturelle des arbres pour justifier un changement d’usage du sol.

« Ils peuvent faire le coup à des policiers fédéraux classiques, mais pas à des gendarmes environnementaux », affirme cet ancien membre des forces spéciales recruté au cours d’une formation dispensée par des cadres de la gendarmerie française.

Dans le rapport qu’il enverra au secrétariat fédéral à l’Environnement (SEMARNAT), le commandant Marín précisera, d’après les plaies de taille trouvées sur chaque morceau de tronc, la proportion d’arbres qui a bel et bien été abattue.

L’agriculteur en question est hors la loi, à moins qu’il ait pu obtenir du SEMARNAT un permis de changement d’usage du sol, avec l’accord de son ejido. Ces permis sont rarement accordés sur le territoire de la réserve, la déforestation et le contact avec les pesticides étant les principales causes de détérioration de l’habitat du papillon monarque.

Les autorités locales et fédérales, pour stimuler l’économie locale, privilégient les permis d’activités touristiques et artisanales. La Réserve de biosphère du papillon monarque, depuis le 18 novembre dernier, est ouverte aux touristes avec la présence obligatoire d’un guide autorisé à exercer dans la réserve.

Son regard d’expert balaye à présent une dizaine d’avocatiers en contrebas, dont il estime qu’ils ont été mis en terre il y a un peu moins de trois semaines. Le prix du fruit-légume a augmenté de presque 25 % sur les marchés internationaux depuis juillet 2016, provoquant une ruée vers l’or vert dans l’État du Michocan.

D’après les gendarmes participant à l’opération, les planteurs d’avocatiers découpent une bande autour du tronc d’un arbre qui les gène pour qu’il meure et tombe sans avoir été abattu. Ceux-ci se prévaudraient ensuite de la chute soi-disant naturelle des arbres pour justifier un changement d’usage du sol.

« Ils peuvent faire le coup à des policiers fédéraux classiques, mais pas à des gendarmes environnementaux », affirme cet ancien membre des forces spéciales recruté au cours d’une formation dispensée par des cadres de la gendarmerie française.

Dans le rapport qu’il enverra au secrétariat fédéral à l’Environnement (SEMARNAT), le commandant Marín précisera, d’après les plaies de taille trouvées sur chaque morceau de tronc, la proportion d’arbres qui a bel et bien été abattue.

L’agriculteur en question est hors la loi, à moins qu’il ait pu obtenir du SEMARNAT un permis de changement d’usage du sol, avec l’accord de son ejido. Ces permis sont rarement accordés sur le territoire de la réserve, la déforestation et le contact avec les pesticides étant les principales causes de détérioration de l’habitat du papillon monarque.

Les autorités locales et fédérales, pour stimuler l’économie locale, privilégient les permis d’activités touristiques et artisanales. La Réserve de biosphère du papillon monarque, depuis le 18 novembre dernier, est ouverte aux touristes avec la présence obligatoire d’un guide autorisé à exercer dans la réserve.

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