Pesticides, herbicides, fongicides… L’agriculture conventionnelle et ses discours

 

Il n’y a pas si longtemps (c’est relatif, mais je trouve personnellement que le temps est passé vite récemment) le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) classait le glyphosate comme un « cancérigène probable ». Le glyphosate, vous l’aurez peut être lu ou entendu, est l’un des désherbants les plus répandu et nommé « Round-up » quand il est préparé par Monsanto. Les désherbants font partie d’un ensemble « d’intrants », eux-mêmes intégrés dans le système de production et les méthodes de l’agriculture dite « industrielle ». Cette forme d’agriculture a des externalités (effets) négatives importantes, ce qui est de plus en plus visible. Pourtant, et bien que de nombreux citoyens (en France en tous cas) prennent position pour des alternatives, elle est peu remise en cause, ou en tous cas pas dans son ensemble, par les décideurs.

 

Nous allons ici évoquer l’agriculture dans une logique d’ensemble, en mettant cependant un accent sur les produits qu’elle utilise, dans sa version « industrielle », même si forcément, je vais divaguer et finir par parler un peu de tout.  Je tenterai d’abord de contextualiser les choses avant de reprendre quelques éléments d’argumentation utilisés par les « défenseurs » de ce contexte. Bien entendu, cet « article » est bien trop court, et son auteur bien trop limité pour pouvoir faire un compte rendu exhaustif et une analyse scientifiquement rigoureuse (on est sur un blog après tout). En passant par ce texte, j’espère cependant mettre le doigt sur quelques limites du modèle actuel, largement supporté par nombre d’acteurs et sur les failles argumentaires de ceux-ci.  

 

ETAT DES LIEUX

 

L’agriculture industrielle fait partie d’un système plus large de consommation qui comprend bien d’autres acteurs que les agriculteurs eux-mêmes. Ce qu’il faut garder en tête lorsque que l’on évoque le sujet parce qu’on ne saurait oublier le rôle de toute la chaine dans les externalités (les conséquences) de la production agricole. On peut parler des agro-industries (fabrication d’intrants, transformation…), des distributeurs (grande distribution, autres enseignes), et même des pouvoirs publics qui ont une influence sur cette chaine (la PAC, les subventions à l’exportation…). La production agricole fait aujourd’hui pleinement partie de la société de consommation et son aspect « primaire », le fait que la nourriture est un besoin de base, ne semble pas influer sur cette chaine, qui ressemble à ce qu’on peut trouver dans les autres types d’industries.  Les agriculteurs répondent à un « cahier des charges » imposé, qu’ils n’ont pas construit et qui définit largement leur activité. (Sur le sujet plus large du développement durable, dont l’agriculture est l’un des thèmes, il y a un mooc très intéressant proposé par l’Ecole Centrale, qui pose bien le contexte. L’agriculture y est évoquée par Marc Dufumier que l’on va bientôt retrouver)

 

Ce système de production agricole est très largement répandu. Installé depuis bien longtemps dans les pays occidentaux, dans le même temps que la révolution industrielle avec la mécanisation des techniques agricoles et renforcé par la suite avec l’apparition de la société de consommation, il a également pris place dans les pays en développement, à coups de révolutions vertes. Débarquant avec tout le « package », ces révolutions vertes ont été accompagnées d’une explosion de l’utilisation d’intrants chimiques, déjà largement utilisés dans les pays « riches », comme le montre notamment cet article (un peu spécial dans sa mise en forme, j’avoue). Evoquant le coton (Sources : NARC/FAO/UNDP) il met en parallèle rendement du coton par hectare et l’utilisation de pesticides. Notons que le boom dans l’utilisation de ceux-ci a été accompagné d’une baisse de rendement. L’article l’explique par les législations laxistes, les « super free markets » dans lesquels l’utilisation d’intrants n’est (n’était pour certains pays) que peu contrôlée. L’article argumente par ailleurs que « Une proportion considérable des pesticides utilisés dans les pays en développement relève de la catégorie des produits à haut risque pour les utilisateurs (classification de l’OMS Ia, Ib, et II). Au Ghana par exemple, environ 75 pour cent des produits importés entre 1995 et 2000 appartenaient à cette catégorie. ». Les interdictions de produits passent au compte-goutte, sans cohérence internationale (d’ailleurs, le glyphosate est interdit dans certains pays, comme au Sri Lanka semble-t-il). La chaine de production agricole capitaliste (qui vise à l’accumulation de capital) est donc largement présente dans le monde et on la trouve sous des formes plus ou moins poussives selon les législations locales.

 

Cette forme de production, sous prétexte de devoir produire plus (on le verra) et de répondre au cahier des charges, utilise beaucoup d’intrants « chimiques », mène à la monoproduction, à la diminution des variétés cultivées ou encore à l’aplanissement des paysages… et a nombre d'autres externalités négatives. Je ne peux pas entrer dans les détails de chacune d’entre-elles, ou cet article de blog serait bien trop long, mais je vais fournir quelques exemples et sources explicatives.

On peut parler :

-          de l’appauvrissement des sols (les plantes ont besoin d’un ensemble de choses pour grandir, comme de la matière organique, des choses qu’elles ne trouvent plus dans les terres lavées par les produits phytosanitaires : "les réussites mondiales en matière de production dans certaines régions se sont accompagnées d’une dégradation des ressources en terres et en eaux, et de la détérioration de biens et services assurés par les écosystèmes qui leur sont associés." indique la FAO. On peut également voir cette étude) ;

-          de la pollution de l’eau (bien des exemples d’eau polluée, qui ne devraient pas être consommées en France, celui des algues vertes bretonnes qui prolifèrent à cause des nitrates est parlant) ;

-          de l’épuisement des réserves en eau (étude comparative sur la dégradation des sols et de l’eau) ;

-          de la déforestation (bien que l’intensification à l’hectare ait par endroit pu être la cause d’une reforestation, les terres agricoles et pâturages intensifs participent à la déforestation dans beaucoup de pays) ;

-          de la perte en biodiversité (l’exemple flagrant est celui des abeilles, menacées par les pesticides et la monoculture et dont la disparition, accompagnée par celle des autres pollinisateurs, pourrait être dramatique. Un documentaire ici)

-          de la perte en qualité nutritionnelle des aliments (par la sélection et destruction des variétés, on obtient des calories de moins en moins nutritives)

-          du maintien des inégalités économiques et de la pauvreté (ainsi, on exporte dans le monde entier des produits à bas cout en taclant souvent les producteurs locaux et leur économie. We feed the world évoque le sujet, entre autre)

 

Tous ces constats, accompagnés par le fait qu’un bon nombre d’intrants sont basés sur des produits non-renouvelables (on peut parler du phosphore, que l’on mine), laissent à penser que ce système n’est pas une solution à long terme. Il existe d’autres formes d’agriculture et de système de production/consommation, où l’agriculteur tiens une position plus importante, où les rendements sont durables, stables et suffisants, ou la production respecte l'environnement et les hommes (agriculture biologique, agriculture paysanne, agroécologie...). Cependant, le système dominant est largement soutenu et présenté comme la seule solution possible.

 

 

LE DISCOURS

 

Il existe, dans l’agriculture et la nutrition, comme dans bien des domaines, beaucoup d’idées reçues, que Marc Dufumier tente de démonter dans son livre. Celles-ci sont peut-être le résultat d’une accumulation de discours tenus par différents acteurs, publics et privés, si ce n’est d’une stratégie de communication commune.

Une de ces idées reçue, essentielle selon moi, est qu’il faut passer par une agriculture industrielle pour pouvoir « nourrir la planète ». C’est un argument largement répandu, comme l’explique Marie-Monique Robin (, et puis là aussi mais faut pas l’dire), et il est proclamé comme une évidence, parfois même comme si l’emploi d’intrants chimique était "naturel".

On débute donc par cet argument, sorte de base idéologique / communicationnelle en constatant que les alternatives existent, avant de voir ceux qui parlent des pesticides comme une pratique naturelle, voir « durable », de manière à étouffer ces alternatives dans l’œuf.

 

 Il faut nourrir la planete

 

« L’agriculture biologique peut contribuer à la lutte contre la faim. Mais il faut utiliser des engrais chimiques pour nourrir le monde » : c’est ce que déclarait en 2007 M. Jacques Diouf, ex Directeur de la FAO. Un argument généralisé, et repris par exemple sur ce site, qui tente de dénoncer le « militantisme écologique » et ses arguments (quand bien même ils sont loin d’être dominants…). Cette idée est souvent accompagnée par celle qu’il faut produire plus pour pouvoir nourrir la population mondiale, surtout que celle-ci devrait rassembler 9 milliards d’individus en 2050, 10 en 2100 (un chiffre qui devrait alors stagner).

 

La faim, d’abord résultat d’inégalités économiques

Il parait difficile de calculer de manière précise la production mondiale de nourriture (en termes d’apports calorique), mais on produit aujourd’hui suffisamment pour nourrir la population mondiale. La FAO le reconnait, et selon the Economist qui cite l’organisation, suffisamment de nourriture était produite (en 96, déjà) pour fournir à chaque être humain 2700 calories par jour, quand 2100 sont nécessaires. Il apparait clair qu’il ne sert à rien aujourd’hui de chercher à « produire plus », de manière macro. L’argumentaire expliquant qu’il faut produire plus pour nourrir le monde met dans l’ombre l’existence des inégalités face à la répartition et à la distribution de la production existante. Le même article de The Economist cite à titre d’exemple “Poverty and Famines”, de Amartya Sen, qui explique que le famines ne sont pas toujours dues à un manque de ressources locales: “the 1943 Bengal famine, in which 3m people died, was not caused by any exceptional fall in the harvest and pointed out that food was still being exported from the state while millions perished. He concluded that the main reason for famines is not a shortage of basic food. Other factors—wages, distribution, even democracy—matter more.”

Il arrive que les ressources viennent à manquer, localement. C’est un fait. Mais ce n’est pas ce qui semble être l’unique problème, et se saisir de « l’augmentation de la production » comme d’un dogme (ce qui n’est pas rare dans une économie capitaliste mais qui revêt ici une cape « humaniste » qui n’est pas méritée) ne saurait y répondre. Le productivisme vient même parfois renforcer les inégalités, lorsqu’il mène des pays riches à exporter leur production massive à bas coût et subventionnée dans des pays où les paysans locaux produisent moins et ne peuvent pas rivaliser.

Il n’apparait donc pas qu’il faille produire plus, aujourd’hui en tous cas. Partager plus, pour sûr. Peut-être même produire plus à certains endroits, et globalement produire mieux, avec des méthodes durables qui permettront de produire de manière stable à long terme, en évitant de griller les ressources et en permettant de mieux faire face aux changements climatiques. Parce qu’il existe d’autres solutions que l’agriculture « conventionnelle » (ce mot est triste) pour nourrir la planète, dans la structure autant que dans les techniques.

 

Les alternatives existent

Les alternatives existent, et elles sont crédibles. Qu’elles nous viennent du savoir traditionnel, souvent oublié, ou de la recherche, il existe bien des méthodes pour avoir des rendements suffisants (même si moins important) mais surtout durables et avec un cout de production moindre (car pas d’intrants de synthèse, même si plus de travail.. ce qui n’est pas négligeable macro économiquement aujourd’hui). Cultiver en « agro écologie » (pour éviter d’utiliser « biologique », trop labélisé) dans une logique durable n’est pas seulement retirer les pesticides. C’est comprendre l’ensemble des interactions entre la plante et son environnement (la terre, l’eau, les autres plantes, les animaux…) et faire en sorte que ces interactions soient bénéfiques. M. Dufumier parle ainsi, dans le mooc que j'ai déja évoqué, d’association des cultures qui peuvent être complémentaires (ex céréales et légumineuses, une qui a besoin d’azote, l’autre qui l’absorbe dans l’air et le remet en terre, ou encore les arbres dans les champs, qui font de l’ombre et remontent les nutriments du sols profond), qui permet la mise en place d’une barrière naturelle face aux prédateurs et de limiter les risques de perte de récolte (tous les œufs ne sont pas dans le même panier dans une production diversifiée). L’alternance des cultures dans cette logique de pérennité des sols est aussi importante. Il évoque également l’utilité d’une stratégie de combinaison locale de culture et d’élevage, pour diminuer les besoins en intrants et renforcer la terre en azote ou encore en humus (il donne l’exemple de la culture de luzerne, qui enrichit les sols en azote et qui peut être vendue aux éleveurs du coin, s’ils existent et ils devraient exister, et eux-mêmes pourront faire profiter les agriculteurs du fumier qu’ils produisent, au lieu de le rejeter sous forme de lisier comme ça se fait dans l’agriculture industrielle et « monoculture »). Il fait aussi part de l’utilité de penser en terme de saisonnalité, et de planter certaines plantes à certains moments, pour qu’elles aient des conséquences positives sur les prochaines plantes (pas très clair tout ça… il donne l’exemple d’Acacia au Niger, un pays très sec : l’Acacia réalise sa photosynthèse en été. L’installer dans les cultures permet, grâce à ses feuilles, de créer de l’humus et d’éviter que la terre de grille au soleil. Selon M. Dufumier, cette technique permet d’augmenter de 2,5x les rendements des cultures de céréales).

Il existe bien des techniques, et les exposer dans leur ensemble serait un projet à part entière (un projet que j’ai, d’ailleurs). Qu’elles viennent toucher aux plantes même, ou souligner le fait qu’il faille penser au réseau que peuvent tisser les producteurs et à la place que ceux-ci devraient légitimement tenir dans notre société. De nombreuses études continuent de montrer que les rendements de l’agriculture conventionnelle sont plus importants. Celles que j’ai croisées (comme celle-ci, celle-là ou celle-là) qui étudient la différence entre rendements en biologique et rendement en conventionnel, semblent tomber d’accord sur le fait que ces meilleurs rendements ne sont pas systématiques, ils dépendent du contexte (climat, terre…) et du type de production. Or, on a vu qu’il n’était à priori pas nécessaire de produire plus (pas aujourd’hui en tous cas), et que des techniques existent pour avoir de bons rendements en biologique. La recherche continue d’ailleurs, et de nouvelles techniques pourraient naitre. Elles ne sont aujourd’hui pas partagées par tous, et si elles l’étaient, les résultats de ces études seraient peut-être autres. Certaines études viennent déjà tenter de montrer, comparaisons à l’appui, que les rendements du biologique suffiraient à couvrir les besoin caloriques de la population mondiale : « Model  estimates  indicate  that  organic  methods  could produce enough food on a global per capita basis to sustain the current human population, and potentially an even larger population, without increasing the agricultural land base. » (ici)

 

Il apparait donc que le « biologique » (ou le « naturel ») pourrait produire suffisamment pour nourrir la population mondiale (le débat ne devant pas être fixé sur « produit-t-on plus qu’en conventionnel ? »), ou au moins, il en a le potentiel.

Et c’est sans prendre compte de la qualité de la production, qui importe autant. Deux céréales différentes peuvent se valoir en termes de calories, mais ce que nous mangeons doit nous apporter bien plus. La sélection des semences les plus productives n’a pas été faite avec cette idée en tête, bien qu’elle soit cruciale et le cœur du débat reste autour de la question du « produire plus », masquant l’importance de l’apport nutritif de ce qu’on produit, de la « qualité » vs la « quantité ». Les variétés que le système (qui peut inclure certaines productions de masse labélisée « biologiques ») mène les agriculteurs à produire, pour leur qualité visuelles et de rendements, ne sont pas les plus enrichissantes. Parallèlement, bien des céréales, légumes ou fruits « bons » (c’est tout simple) ont été oubliés et auraient leur place dans une logique « agro écologique ». De plus, la question de l’appauvrissement des sols et ses effets sur la qualité nutritionnelle de la production n’est pas soulevée. Il serait faux de déclarer qu’il faut faire un choix entre manger plus ou manger mieux. Remplir les estomacs de « vide » ne sert à rien. Autant manger du plâtre (oui, je sais, j’exagère sans doute un peu). Ce que nous apporte ce que nous mangeons (vitamines, minéraux…) importe autant que la quantité de ce que nous mangeons. J’ai cherché des études sur le sujet, j’ai pu trouver ça ou ça. Bien que toute étude soit discutable (et tout résumé l’est aussi, celui-ci viendrait contrebalancer mon argumentaire en terme d’appauvrissement des sols), c’est un fait que bien des variétés sont mises de côtés et même interdites à la vente dans notre pays, alors que leurs apports sont riches, parfois plus riches que les variétés qui inondent les étales. A ce sujet, je suis admiratif du travail de Kokopelli.

 

 

Le conventionnel au naturel, ou comment nier l'alternative

 

Avec ce système et les discours qui l’accompagnent, on en vient à imaginer, lorsqu’on nous dit « tomate », l’hybride la plus répandue. On en oublie qu’il en existe des « jaunes » et des « noires ». Dans la même veine, on en vient à penser que l’agriculture conventionnelle est « la » façon de faire, l’unique, la seule valable, parce que, comme on l’a vu, elle permet de nourrir le monde, mais aussi, parce qu’elle a « toujours existé ».  Quelques exemples de prises de paroles dans ce sens sont relevés par Marie-Monique Robin. Elle relève l’argument de Bruno Lemaire, élaboré en 2011 sur un plateau TV « Ne faisons pas croire aux Français que l’on pourra cultiver des pommes, des poires ou des fruits sans aucun pesticide : ça a toujours existé et ça continuera d’exister, parce que sinon vous ne produirez pas suffisamment de produits et puis vous aurez des vers, vous aurez d’autres risques d’intoxication alimentaire liés à l’absence d’utilisation de pesticides. ». Différents éléments dans cette phrase… d’abord, il tente de décrédibiliser toute forme de critique, à travers le « ne faisons pas croire », qui vient qualifier les arguments critiques de « croyance ». Il tente ensuite de rendre « naturel » l’utilisation de pesticide, « ça a toujours existé et ça continuera d’exister », en essayant de détruire l’aspect « historique » de cette pratique. Il nie le fait que l’utilisation de pesticides est en grande partie le résultat de politiques publiques, forcément orientées, qui ont choisi le « produire plus à tout prix ». Il finit par essayer d’expliquer que ne pas utiliser de pesticide est dangereux pour la santé. Ce qui parait simple à démonter : un vers de pomme, bien que dégueu, ça n’est pas bien dangereux. L’accumulation de certains pesticides l’est, au moins pour les travailleurs qui les appliquent.

Ce type de discours « naturalisant » l’agriculture conventionnelle est parfois accompagnée de greenwashing, comme ici sur le site de Monsanto. « Monsanto is a sustainable agriculture company. We deliver agricultural products that support farmers all around the world. ». Se proclamant « durable », un mot à la définition suffisamment large pour permettre son utilisation ici, Monsanto tente de s’ancrer dans un large mouvement plus « vert ». Pour rappel, Monsanto vend tout un tas de produits, dont le Round-Up qui a été évoqué plus tôt dans « l’article », et développe de nombreux OGM, brevetant le vivant, ce qui pose un tas de problèmes mais qui mériterait un article à part entière (qui verra peut-être le jour sur ce blog EDIT: qui a vu le jour en anglais). L’entreprise fait tout ça pour « soutenir les agriculteurs », bien entendu. Eliminant l’aspect financier de l’équation, même si cette phrase est courte, on pourrait penser qu’ils agissent pour le bien de l’humanité avant d’agir pour leurs profits.

Monsanto n’est pas le seul industriel du secteur, mais son offre et sa présence incarne un bon nombre d’aspects du système. Ça lui donne un côté pratique pour mon article, même si là, j’avoue, c’est un peu facile. Pour pouvoir s’inscrire parmi les solutions « durables », Monsanto argumente donc, et nie que son activité puisse poser problème. Après l’étude sur la toxicité du glyphosate que l’on a évoqué et que l’entreprise a tenté de détruire, un Docteur, lobbyiste pour Monsanto interrogé à la télévision allait jusqu’à déclarer que l’on pouvait en boire un grand verre sans problème. Oui, c’est aller loin. Bien sûr, lorsque le journaliste lui a présenté un verre avec le produit, il l’a refusé, expliquant qu’il n’était pas « stupide ». Son argument, poussé trop loin, s’est retourné contre lui.

Toutes les prises de paroles ne sont pas aussi extrêmes et faciles à démonter. Elles sont souvent bien plus diluées. Mais elles sont pour moi tout autant infondées, se basant sur une logique court termiste et très « économique » (dans une agriculture et une agro-industrie de production où le profit est central).

 

 

 

Du côté des pouvoirs publics, on prend bien position, comme Marisol Touraine l’a fait dans une séance de questions au gouvernement (quand on s’ennuie le mercredi après-midi, on peut regarder ça sur France 3 ou Public Senat. On peut même regarder le replay, pour les plus motivés). Elle explique que des tests sont en cours et que « l'ensemble du gouvernement est très vigilant ». A comprendre : si ces tests montrent une toxicité, alors le produit sera interdit. On aurait peut-être dû les faire avant, ces tests, et on ne devrait peut-être pas continuer à utiliser le produit, dans le doute, mais passons. Ce qui m’interpelle ici, c’est qu’on ne parle que d’un produit, quand il en existe beaucoup d’autres qui mériteraient les mêmes tests, et qui ne sont pas fondamentalement nécessaires. On évoque la possibilité d’éliminer le glyphosate, mais on n’explique pas qu’il fait partie d’un « système », d’un ensemble de pratiques structurelles de l’agriculture industrielle.

Cette agriculture intensive est nocive à moyen et long termes. Elle créé un cercle vicieux poussant à une utilisation croissante de produits, une logique sur laquelle se base d’ailleurs la société de consommation. L’utilisation d’herbicides, insecticides, fongicides… finit par appauvrir la terre qui a besoin de toujours plus d’engrais, par entrainer une sélection dans les « nuisibles » qui deviennent résistants et qui ont besoin qu’on vienne les éliminer avec de nouveaux produits… Les couches s’ajoutent et ces produits finissent sur les fruits et légumes que nous consommons ou dans leur environnement de production : forets, rivières, océan, air… On en vient à développer des plantes OGM plus résistantes aux produits chimiques, pour qu’on puisse encore en mettre plus, comme le montre cette étude.

Eliminer un produit de l’équation parce que sa toxicité est prouvée, après qu’on l’a utilisé des années soit dit en passant, ne suffit pas à rompre ce cercle vicieux. Il me semble qu’une refonte des politiques publiques est nécessaire, pour qu’elle favorise une transition de l’agriculture industrielle vers une agriculture plus durable, stable, sûre, et tout aussi efficace grâce à la recherche et aux savoirs existants.

Cet article décousu tacle un sujet bien large, j'espère qu'il ne vous aura pas perdu à la lecture (pour être honnête, j'ai mis plus de temps que je n'aurai du pour l'écrire). Je me balade dans le sujet, passant du coq à l'ane (je m'en rends compte à la lecture), et je m'en excuse. D'autres articles suivront, traitant de certains aspects en particulier.

 

MISE A JOUR :

Debut juin 2015, Segolene Royal declarait qu'elle demandait l'interdiction de la vente libre de Glyphosate dans les jardineries : http://www.huffingtonpost.fr/2015/06/14/roundup-monsanto-segolene-royal-pesticides_n_7579230.html?ncid=fcbklnkfrhpmg00000001. La vente ne pourrait se faire que via un vendeur. En gros, le produit ne serait plus disponible en rayon. Un bon debut.

Le 18 juin 2015, Sciencesetavenir.fr publiait un article sur une etude montrant les bienfaits de la multiplication des especes sur un meme espace : http://www.sciencesetavenir.fr/nature-environnement/20150616.OBS0886/60-ans-que-l-agriculture-a-tout-faux.html

 

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