Dans l’affaire Cahuzac, le problème ce sont les institutions

Le mensonge est une affaire avant tout humaine. C’est seul face à sa conscience qu’un homme a décidé de mentir à tout un pays sur sa situation personnelle. On imagine d’ailleurs le violent conflit intérieur qui a dû tenailler pendant de longues semaines l’ex ministre avant qu’il ne décide finalement de passer aux aveux.

Le mensonge est une affaire avant tout humaine. C’est seul face à sa conscience qu’un homme a décidé de mentir à tout un pays sur sa situation personnelle. On imagine d’ailleurs le violent conflit intérieur qui a dû tenailler pendant de longues semaines l’ex ministre avant qu’il ne décide finalement de passer aux aveux. Mais si seul le mensonge était coupable dans ce qu’il convient d’appeler désormais « l’affaire Cahuzac », alors la déflagration médiatique de ce mardi 2 avril serait rapidement reléguée aux pages « chronique judiciaire » des quotidiens. L’homme s’expliquera devant ses juges, mais le mal, lui, est en fait bien plus profond.

Dans le marasme de ces derniers jours, un marqueur a surnagé : l’indépendance. Celle de la justice d’abord, qui a pu suivre son cours sans entrave jusqu’aux aveux de l’ex-ministre hier après-midi. Celle de la presse également puisqu’au final, c’est bien Mediapart qui a permis à la justice d’aboutir à cette mise en examen. Que certains responsables ou observateurs politiques se soient sentis autorisés à attaquer avec virulence et mauvaise foi le travail d’investigation de l’équipe d’Edwy Plenel est regrettable. Mais dans une République que chacun veut exemplaire, la critique des méthodes de la presse d’investigation peut aussi s’apprécier comme un élément de vitalité du débat démocratique. Aussi douloureux que ce soit, Mediapart et la justice ont joué leurs rôles de contre-pouvoirs et c’est heureux. Force est de constater que dans d’autres affaires et en d’autres temps, y compris récents, les choses n’ont pas toujours aussi bien fonctionné. À cet égard, l’opposition devrait se garder d’un certain nombre de commentaires malheureux, lâchés trop facilement ces derniers jours et qu’ils risquent de regretter amèrement un jour ou l’autre.

En revanche, la demande d’entraide administrative faite par les services fiscaux à la Suisse et qui a servi de base à un contre-feu que l’on peut aujourd’hui juger particulièrement rocambolesque est inquiétante. Elle interroge la pratique du pouvoir d’une manière plus aiguë que jamais. On sait depuis longtemps que la Ve République est congénitalement malade de son déséquilibre institutionnel, en voilà une nouvelle illustration. C’est ce déséquilibre, et lui seul, qui a permis à un ministre de mentir à la République toute entière et de laisser courir le risque d’une utilisation des moyens de l’Etat afin de défendre son innocence. C’est, quand on s’y arrête, assez terrifiant. La réponse ne se trouve pas seulement en aval, dans la sanction. Une éventuelle réforme permettant une inéligibilité à vie pour les fraudeurs fiscaux, si tant est qu’elle ne soit pas retoquée par le Conseil Constitutionnel, n’aurait qu’un effet dissuasif. C’est en amont que les choses doivent être prévenues, par un renforcement des capacités de contrôle de l’exécutif par le Parlement.

Ce retour, pour les socialistes, à une critique des institutions de la Ve République à l’occasion de cette crise politique est d’autant plus impérieux qu’une conjonction des crises sans précédente est en train de se mettre en place. À la crise économique et sociale dont on pensait qu’elle allait s’achever et qui se poursuit viennent s’additionner la crise morale et politique. La colère, largement diffusée, de Gérard Filoche sur LCI est légitime et partagée bien au delà des seuls sympathisants du Parti socialiste. Les efforts demandés aux Français sont insupportables au regard de la tromperie dont le pays a été victime de la part d’un des principaux théoriciens et artisans de la politique de la rigueur. Tous les ingrédients sont désormais réunis pour un cocktail détonnant dont l’issue dans les urnes lors des prochaines élections intermédiaires pourrait être bien sombre pour la gauche et l’ensemble des forces républicaines.

L’apaisement du pays passera, nécessairement, par le retour à l’esprit volontariste du discours du Bourget et à sa triade : République exemplaire, redressement du pays dans la justice, réorientation de l’Union européenne. L’heure n’est plus aux atermoiements et à la réduction des ambitions politiques comme on a pu le voir sur le non-cumul des mandats, le renforcement des rôles du Parlement ou le droit de vote des étrangers ; l’heure n’est plus aux reculs sur la réforme bancaire ou la réforme fiscale ni au découragement des initiatives parlementaires comme on a pu le voir sur l’Accord National Interprofessionnel, qui se retrouve critiqué à gauche et largement approuvé à droite et par le Medef (un comble !) ; l’heure n’est plus à l’approbation silencieuse de plans de sauvetages européens qui portent le continent tout entier au bord du gouffre.

Il n’y a plus de choix. Car si nous échouons, alors ce ne sera pas le grand soir de la gauche de la gauche mais le retour de la droite. Pas nécessairement dans sa forme républicaine. 

C. Lazarus, militant du PS75

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