Guerre vs Climat : Ne cédons ni à la panique ni à l’oubli, restons vigilants.
Depuis son retour à la Maison-Blanche en janvier 2025, Donald Trump a redéfini l'approche américaine du conflit en Ukraine. Contrairement à son prédécesseur, Joe Biden, qui soutenait Kiev sans ambiguïté, Trump affiche une proximité assumée avec Vladimir Poutine, avec qui il affirme entretenir « une relation de respect mutuel ». Dans un revirement spectaculaire, il a qualifié Volodymyr Zelensky de "dictateur", tout en refusant d’utiliser ce terme pour le président russe. Cette rupture déstabilise l’échiquier géopolitique et laisse l’Europe seule face à son plus grand défi stratégique depuis la Guerre froide.
Loin de se diviser, les pays européens se sont réunis en sommets d’urgence, affirmant une volonté unanime de renforcer leur soutien à l’Ukraine et de prendre le relai des États-Unis. Mais cette dynamique s'accompagne d'une explosion des budgets militaires, tandis que les financements pour la lutte climatique restent timides pour ne pas dire au point mort. Cet article explore les implications de cette réorganisation stratégique, tout en interrogeant la manière dont certains dirigeants pourraient utiliser cette crise pour consolider leur pouvoir au détriment des contre-pouvoirs démocratiques.
Trump et Poutine : un rapprochement assumé
Dès son investiture, Donald Trump a multiplié les gestes en faveur de Moscou. Lors d’une conférence de presse commune avec Vladimir Poutine, il a déclaré :
"I don't use those words lightly... I think we're going to see how it all works out," Trump said on Feb. 24 when asked if he would call Putin a dictator the same way he labeled President Volodymyr Zelensky on Feb. 19.
"Je n'emploie pas ces mots à la légère... Je pense que nous allons voir comment tout cela va se dérouler", a déclaré Trump le 24 février lorsqu'on lui a demandé s'il considérait Poutine comme un dictateur, de la même manière qu'il avait qualifié le président Volodymyr Zelensky le 19 février.
Trump called Ukrainian leader a "dictator" in a post on his social media platform Truth Social, accusing him of refusing to hold elections, and repeating false claims about the war in Ukraine.
"Trump a qualifié le dirigeant ukrainien de "dictateur" dans une publication sur sa plateforme de réseaux sociaux Truth Social, l'accusant de refuser d'organiser des élections et répétant de fausses affirmations sur la guerre en Ukraine."
Donald Trump, maitre en novlangue, a qualifié le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, de « dictateur sans élections » le 19 février 2025. Cette déclaration a suscité de vives réactions de la part de la communauté internationale, notamment du Premier ministre britannique Keir Starmer, qui a rappelé que Zelensky est le « dirigeant démocratiquement élu » de l'Ukraine et qu'il est « parfaitement raisonnable » de suspendre les élections en temps de guerre, comme le Royaume-Uni l'a fait pendant la Seconde Guerre mondiale.
Par ailleurs, le 28 février 2025, lors d'une rencontre au sujet d'un accord sur les ressources, Donald Trump a reproché à Volodymyr Zelensky de mettre « en jeu la vie de millions de personnes » et de risquer une Troisième Guerre mondiale, tout en l'accusant d'être « ingrat ». Une totale inversion des rôles sur laquelle les médias ont trop suffisamment peu insisté.
Ce propos, en totale contradiction avec la ligne diplomatique occidentale des dernières années, marque un renversement radical de la position américaine. Zelensky, jusqu'ici présenté comme le leader d'une nation en résistance, se retrouve publiquement discrédité par son allié historique. Dans la foulée, Trump a suspendu l’aide militaire à Kiev, laissant le pays exsangue face à la machine de guerre russe.
Ce désengagement ouvre un boulevard à Poutine, qui pourrait intensifier son offensive en Ukraine, voire pousser son avantage plus loin. Les analystes militaires s’accordent à dire que l’absence d’intervention américaine fragilise le front ukrainien et pourrait encourager d’autres déstabilisations en Europe de l’Est.
L’Europe se réorganise et muscle sa défense
Privée du soutien américain, l’Europe n’a pas d’autre choix que de réagir. Rapidement, une série de sommets d’urgence ont eu lieu à Bruxelles, Berlin, Paris et Londres. Les pays de l’UE se sont engagés à :
- Fournir plus d’armes à l’Ukraine (missiles longue portée, systèmes de défense aérienne, chars avancés),
- Renforcer la coopération industrielle de défense, afin de produire plus d’armements sur le sol européen,
- Accroître les budgets militaires : l’Allemagne vise 3% de son PIB, la Pologne 5%, et la France prévoit de doubler son effort d’équipement militaire.
Cette unité européenne est inédite. L’OTAN, bien que toujours dirigée par les États-Unis, se recentre de plus en plus sur un leadership européen, notamment sous l'impulsion de la France et de l'Allemagne.
Mais dans cette mobilisation militaire, un élément choque : si les budgets de défense explosent, ceux consacrés à la transition écologique stagnent.
N'oubliez jamais cette règle fondamentale : une arme conçue finira toujours par être utilisée. Comme l'écrivait Anton Tchekhov : « Si dans le premier acte vous accrochez un fusil au mur, il devra absolument faire feu au troisième acte. »
Un monde qui s’arme, mais qui ignore la planète
Si la guerre en Ukraine a entraîné une réaction immédiate des gouvernements, la crise climatique, elle, peine toujours à mobiliser des financements à la hauteur. Un contraste frappant :
- L’Allemagne vient de débloquer 100 milliards d’euros pour sa défense, un effort sans précédent depuis la fin de la Guerre froide. Ce budget colossal vise à moderniser l'armée allemande, à renforcer la production nationale d'armement et à assurer une plus grande autonomie stratégique face aux menaces extérieures. Cette décision marque un tournant dans la politique militaire du pays, qui, après des décennies de retenue, s'engage désormais dans une course au réarmement accélérée. Toutefois, alors que ces fonds sont immédiatement débloqués pour la défense, les investissements dans la transition écologique restent largement insuffisants, soulevant des interrogations sur la hiérarchie des priorités gouvernementales.
- La France et l’Italie augmentent leurs dépenses militaires, allouant des budgets sans précédent à la modernisation de leurs armées et à la production d'armements. Toutefois, ces efforts contrastent fortement avec les difficultés persistantes à financer leur transition énergétique. Malgré les engagements climatiques pris lors des accords internationaux, les investissements dans les infrastructures vertes, les énergies renouvelables et la réduction des émissions de CO₂ peinent à suivre le même rythme. Cette dissonance entre l’urgence militaire et l’urgence climatique soulève une question cruciale : pourquoi les gouvernements trouvent-ils facilement des fonds pour la défense, mais hésitent-ils à mobiliser des ressources équivalentes pour préserver l’avenir environnemental de la planète ?
- Les pays du G7 ont promis une aide de 5 milliards d'euros pour soutenir les pays en développement face aux catastrophes climatiques, une somme qui paraît dérisoire en comparaison des investissements militaires massifs. En 2023, les dépenses militaires combinées des pays du G7 s'élevaient à environ 1 200 milliards de dollars, selon le Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI). Par exemple, les États-Unis ont consacré 916 milliards de dollars à leur défense, tandis que le Japon y a alloué 50,2 milliards de dollars.
Cette disproportion est d'autant plus frappante que, selon une analyse d'Oxfam, une contribution équivalente à seulement 2,9 % des dépenses militaires annuelles du G7, soit environ 35,7 milliards de dollars, suffirait à éradiquer la faim dans le monde et à résoudre la crise de la dette dans les pays du Sud.
Par ailleurs, les pays développés s'étaient engagés, dès 2009 et de nouveau en 2015, à mobiliser 100 milliards de dollars par an pour l'action climatique dans les pays en développement pour la période 2020-2025. Cependant, cet objectif n'a pas été pleinement atteint, ce qui a érodé la confiance des pays en développement envers les nations plus riches.
Cette situation met en lumière un déséquilibre préoccupant dans les priorités mondiales, où les investissements dans la sécurité militaire semblent l'emporter sur les financements nécessaires pour faire face aux défis climatiques et humanitaires.
L’urgence militaire justifie donc des dépenses records, tandis que l’urgence climatique reste reléguée au second plan. Une tendance qui interroge sur les priorités des dirigeants.
La tentation autoritaire : une crise qui renforce le pouvoir des dirigeants
L’histoire récente montre que les crises sont souvent l’occasion pour les gouvernements d’accroître leur pouvoir, parfois au détriment des libertés démocratiques. La guerre en Ukraine ne fait pas exception :
- En Hongrie, Viktor Orban a prolongé l'état d'urgence, lui conférant le pouvoir de gouverner par décret, une mesure qui suscite de vives inquiétudes quant à l'affaiblissement des contre-pouvoirs démocratiques dans le pays. Cette décision, justifiée officiellement par le contexte international et la nécessité de protéger la stabilité nationale, s'inscrit dans une tendance plus large de concentration du pouvoir en Europe centrale. Depuis plusieurs années, le gouvernement hongrois a adopté des lois restreignant l’indépendance judiciaire, la liberté de la presse et le financement des ONG, renforçant ainsi son contrôle sur les institutions du pays. L’Union européenne a critiqué ces évolutions, mais ses sanctions restent limitées, laissant à Orban une marge de manœuvre considérable pour continuer à gouverner sans opposition significative.
En Pologne, la loi "anti-influence russe" avait été critiquée comme un instrument pour écarter l’opposition et renforcer le contrôle du gouvernement sur les institutions démocratiques. Officiellement instaurée pour lutter contre les ingérences étrangères, cette loi a rapidement été perçue comme un outil de répression visant les opposants politiques et les médias indépendants. De nombreux analystes et organisations de défense des droits ont dénoncé une dérive autoritaire, affirmant qu’elle permettait au pouvoir en place de marginaliser toute voix critique sous prétexte de sécurité nationale. Malgré les avertissements de l’Union européenne, le gouvernement polonais a persisté dans cette voie, alimentant des tensions au sein même du bloc européen et soulevant des préoccupations quant à l’avenir de l’État de droit dans le pays.
Dans d'autres démocraties occidentales, des mesures exceptionnelles se prolongent, consolidant le pouvoir de l'exécutif et réduisant progressivement l'influence des contre-pouvoirs. Sous couvert d'urgence sécuritaire, ces gouvernements adoptent des lois élargissant les prérogatives de l'État, limitant parfois les libertés individuelles et la transparence institutionnelle. Bien que justifiées par des impératifs de stabilité, ces politiques suscitent des inquiétudes croissantes quant à leur caractère temporaire ou pérenne. La question se pose : ces régimes reviendront-ils un jour à un fonctionnement pleinement démocratique, ou s'orientent-ils vers une concentration du pouvoir de plus en plus marquée ?
Si ces mesures peuvent être justifiées par la nécessité de réagir rapidement, elles posent une question légitime : la mobilisation face à la guerre ne risque-t-elle pas de servir de prétexte à une centralisation excessive du pouvoir ?
En tant que citoyens français, nous devrions faire preuve d'une vigilance accrue et ne pas nous laisser submerger par la peur, au risque de voir nos libertés s'amenuiser une fois de plus.
Entre guerre et climat : quel avenir pour l'Europe ?
Face à une Amérique pro-Poutine et une guerre qui s’éternise, l’Europe doit trouver un équilibre entre sécurité militaire et sécurité environnementale. Si le réarmement semble aujourd’hui inévitable, il ne devrait pas se faire au prix d’une démocratie affaiblie et d’une planète condamnée. Le véritable enjeu est désormais de savoir si cette mobilisation bâtira un avenir plus stable, ou si elle ne fera que repousser une catastrophe pour en précipiter une autre.
Ainsi, je vous invite à y réfléchir : quelle crise constitue la menace la plus existentielle ? Celle que des centaines de scientifiques, issus de disciplines variées, démontrent avec force, prouvant que les conditions d'habitabilité de la Terre pour l'humanité ne seront bientôt plus réunies ? Ou bien la dictature de Poutine et le spectre d'une apocalypse nucléaire ?