La valse à quatre temps / Thomas Guénolé

Car il est beaucoup simple de recopier un truc intelligent plutôt que de se faire chier 3 mois pour pondre un article de merde, je vous porpose de larges extraits illustrés du chapitre 4 du Petit guide du mensonge en politique par Thomas Guénolé (éditions First).

Chapitre 4 – Présentation de la technique de mensonge politique de la valse à quatre temps – redoutablement efficace pour monopoliser l’attention de l’opinion publique – avec l’exemple de Jean-François Copé sur le thème du « racisme anti-Blanc ».

Première étape : la provocation
Il s’agit de dire « quelque chose d’inacceptable, soit dans son camp, soit a fortiori dans tout le paysage politique. Lors de la campagne pour l’élection du président de l’UMP, Jean-François Copé l’a fait en revendiquant délibérément dans son livre Manifeste pour une droite décomplexée, le concept de racisme anti-Blanc », expression et thématique issue de l’extrême droite.

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« La provocation sert à attirer et à monopoliser l’attention des médias, en suscitant délibérément un tollé, un scandale. Pour être réussie, cette étape suppose de briser un tabou, de son propre camp ou de la société tout entière. […] Au sens strict, un tabou c’est un repère moral de la société […] l’homme politique qui brise un tabou commet un acte de violence symbolique très fort envers la cité ».
« Lorsque Jean-François Copé a brisé un tabou en récupérant le thème d’extrême droite du « racisme anti-Blanc », il a du jour au lendemain accaparé l’attention des médias, frappés par l’ampleur de la transgression, et il a par la même occasion privé d’espace d’expression son concurrent François Fillon ».

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« Ce dernier, brusquement, a été essentiellement sommé non plus d’émettre son propre message politique de candidat à la présidence de l’UMP, mais bien de commenter la transgression effectuée par son concurrent. Ainsi, non seulement le bris du tabou monopolise l’attention médiatique, mais il a l’avantage jugé jadis décisif par Sun Tzu d’imposer à l’adversaire le lieu de la bataille : ici, la thématique de la « droite décomplexée », intrinsèquement défavorable à François Fillon qui était à l’époque très hostile à la « lepénisation des idées de l’UMP ».

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Deuxième étape : la requalification

« La personnalité politique affirme avoir voulu dire autre chose que ce qu’elle a bel et bien dit. Cela posé, elle reformule complètement son message, sous une forme acceptable au regard des tabous du débat public. »

« La requalification sert à désamorcer l’impact négatif de la provocation sur l’image de son auteur. Cerise sur le tabou, le gain initial de popularité auprès du segment électoral ciblé – la fraction la plus à droite de la base militante de l’UMP – n’est pas perdu pour autant […] l’électorat-cible initial s’en tient au message provocateur de départ, message qu’il approuve ».

Cette provocation « a permis à Jean-François Copé de récupérer les voix des voix des militants de la droite sécuritaire. Pour autant, il lui était indispensable de requalifier son propos en proposition de réhabilitation urbaine des quartiers déshérités. En effet, à la manière du jeu du chat perché, cette requalification lui a en suite beaucoup servi de bouclier face aux accusations de lepénisation ».

Troisième étape : la victimisation

« Quelques expressions-clés sont alors privilégiées par la personnalité politique décidé à valser : « tabou », « politiquement correct », « élites bien-pensantes », « pensée unique », et éventuellement « Saint-Germain-des-Prés ». En gros, il s’agit d’expliquer « que quand sa provocation a entraîné des protestations et des blâmes, c’était à cause du « politiquement correct » ou de la « pensée unique », sachant que des combinaisons plus ou moins longues sont possibles »

« Bien évidemment, la personnalité politique qui pose en martyr ne parle plus, à ce stade, de sa provocation initiale. Le message que la « pensée unique » cherche d’après elle à étouffer, c’est bien sûr son message requalifié : c’est-à-dire la provocation entièrement réécrite, transformée, pour devenir un propos parfaitement acceptable par tous. »

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« En termes de gain politique, la victimisation permet de passer une troisième fois à la caisse. Le valseur acquiert ainsi la posture avantageuse d’une personne pleine de courage : une personne prête à endurer l’opprobre, au mépris du danger pour sa carrière, afin de parler des vrais enjeux et des vrais problèmes masqués par les ténèbres bien-pensantes ».

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Dernière étape : le triomphe

« La personnalité politique décidée à valser profite d’avoir été la seule à franchir une ligne rouge du débat politique. Elle reste, pour quelque temps encore, seule en scène sur le thème de sa transgression […] »

« Une certaine construction de message, typique de cette étape du triomphe, signe une valse à quatre temps terminée et réussie :

Epilogue

« […]de plus en plus de personnalités politiques trouvent dans une valse à quatre temps une méthode facile et efficace pour obtenir sans grand effort une considérable couverture médiatique. […] Cette généralisation progressive d’une technique de mensonge intrinsèquement violente à l’égard des valeurs de la cité contribue ainsi à un climat politique de plus en plus agressif, de plus en plus conflictuel, et pour résumer, de plus en plus proche des combats de catch en termes de profondeur de l’argumentation ».

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