Dans ma ville de province, il y a bien "une banlieue" constituée de trois quartiers au plus, remarquables par la hauteur unique de leurs tours. Il y a 50-60 ans, l'urbaniste entassait en silos les logements sociaux sur 8, 10, 12 étages !
Les Maires qui se sont succédés ont tout entrepris pour éviter que ces quartiers ne deviennent des ghettos et ils y sont parvenus, au moins du point de vue du de la présence des services publics, de la proximité et de la gratuité des déplacements urbains, de l'entretien des espaces verts et des aires de jeux, de l'aménagement des groupes scolaires et de l'organisation des activités périscolaires.
Une forme de mixité sociale a-t-elle émergée pour autant ? Non.
Non, si on considère que la mixité sociale n'est pas seulement de mélanger les couleurs et les ethnies, mais de faire se rencontrer les pauvres et les possédants autrement et ailleurs que le temps d'une livraison "Uber-eat" ou "Colissimo". Ou encore de croiser en sortant de l'ascenseur l'employée antillaise de "Nickel Chrome".
Disons le tout net, les frontières invisibles demeurent les préjugés et le racisme. Les EUX et les NOUS, dans les deux sens.
A quelques centaines de mètres, entre le pied des tours et les jardins des premiers pavillons, s'étale un champs de peurs et de croyances qui font se regarder de travers, à chaque instant, les EUX et les NOUS.
À quelques centaines de mètres, il y a leurs écoles et leurs collèges où, dans lesquels on ne se mélange que très rarement.
Les liens entre ces deux mondes, c'est Uber-eats, les livraisons Collissimo, le ramassage des ordures ménagères, les sociétés de nettoyage et... le commerce florissant de la drogue.
Notre ville, aux 7000 emplois dans le tertiaire, dispose en effet d'atouts significatifs pour l'épanouissement de ce commerce. Les fournisseurs bénéficient de multiples accès autoroutiers et sont assurés d'une clientèle "haut de gamme" demandeuse d'antidotes contre les méfaits des bullshits-job.
Les EUX (ou les NOUS) ont chacun leurs supermarchés, Aldi, Carrefour et Lidl, c'est pour EUX, (ou les NOUS) le "grand" Leclerc, c'est pour NOUS, (ou les EUX.)
Les bus de ville gratuits, les NOUS (ou les EUX) ne les connaissent pas et se demandent vraiment "à quoi bon cette gratuité". Surtout qu'avec "ça" les EUX ( ou les NOUS) peuvent accéder directement au "Grand Leclerc" à n'importe quel moment de la journée où de la semaine.
Le racisme n'est presque jamais mis à l'épreuve, on ne se croise pas, on ne se connaît pas. On s'imagine, on se phantasme, on se renifle... On semble ignorer même l'essence de ces détestations réciproques.
Et on ne comprend pas pourquoi cette flambée de violences...
" Même la Mairie annexe y est passée, vous vous rendez compte, ma chère ?".