Une règle pensée pour l’industrie… qui finit par rattraper les salons
Le PPWR vise à réduire les déchets d’emballages, limiter les emballages inutiles, encourager des solutions réemployables ou mieux recyclables, et harmoniser des pratiques encore très inégales dans l’Union. Dans l’imaginaire collectif, cela concerne surtout l’agroalimentaire, la grande distribution, le e-commerce. Mais l’événementiel est un concentré de ces flux : en quelques jours, un salon réunit des milliers de personnes, des centaines d’exposants, des tonnes de marchandises, et une restauration “intensive”.
Le contexte est lourd : selon Eurostat, l’Union européenne a généré 79,7 millions de tonnes de déchets d’emballages en 2023, soit 177,8 kg par habitant. Eurostat précise aussi que les déchets d’emballages plastiques atteignaient 35,3 kg par personne en moyenne. Un salon n’explique évidemment pas ces volumes à lui seul. Mais il reproduit leurs mécanismes en accéléré : beaucoup d’unités, beaucoup d’objets “petits” qui, additionnés, pèsent lourd — et une logistique qui privilégie le rapide au maîtrisé.
Le risque : la conformité en vitrine, le mélange en coulisses
Depuis quelques années, les événements affichent des ambitions : tri, réduction, “responsabilité”. Le PPWR peut accélérer cette dynamique. Il peut aussi produire un effet inverse si l’on s’en tient à la surface : une charte, une signalétique “tri”, un discours… et, dans les faits, une sortie de site identique.
Car le déchet n’est pas seulement une affaire de matière. C’est une affaire d’organisation :
des points de collecte lisibles et accessibles,
des consignes réalistes quand le démontage est à la minute,
des filières de reprise identifiées (et contractualisées),
des responsabilités claires quand tout finit mélangé.
Sans cela, les exigences montent, mais la réalité ne suit pas — et la charge se reporte sur les prestataires, souvent des PME, sommées de “faire mieux” avec des contraintes inchangées.
Trois zones sensibles, très concrètes, sur les stands
1) Goodies et kits visiteurs
Le sac rempli d’objets a longtemps été un réflexe : occuper l’espace, créer du contact, laisser une trace. Mais il cumule les fragilités : suremballage, utilité faible, distribution de masse, et déchets impossibles à “récupérer” après coup. Dans un cadre plus strict, la question devient directe : est-ce que cet objet sert, ou est-ce qu’il sert surtout à se donner l’impression d’exister ?
2) Échantillons
Dans certains secteurs, l’essai produit est un vrai levier commercial. Mais c’est aussi l’un des royaumes du micro-emballage : beaucoup de petites unités, beaucoup de plastique/papier, et un volume final qui explose.
3) Restauration et boissons
C’est souvent là que les efforts se contredisent. Un stand peut être conçu pour durer ; si, autour, la restauration reste une mécanique de jetable, l’image “responsable” se fissure vite. Le PPWR ne règle pas tout seul la restauration événementielle, mais il rend le jetable plus difficile à justifier comme option par défaut.
Ce que le PPWR révèle : le stand “consommable” arrive en bout de course
Le point le plus intéressant n’est pas seulement juridique. Il est structurel : dès qu’on regarde les flux d’emballages, on finit par regarder le stand lui-même. Et là, une évidence revient : concevoir un stand comme un consommable (refabriqué, re-imprimé, re-jetté) devient à la fois coûteux et incohérent.
Les leviers les plus efficaces ne sont pas spectaculaires, mais ils changent tout :
réutiliser (modularité, réparation, reconditionnement),
réduire (moins d’impression jetable, moins de distribution automatique),
prévoir la sortie (reprise, tri, filières, responsabilités).
Ce n’est pas une morale : c’est de la logistique. Et, souvent, une meilleure maîtrise des coûts cachés. Le stand modulaire remplace peu à peu le stand traditionnel en menuiserie.
2026 comme test de crédibilité
Le règlement européen ne transformera pas les salons tout seul. Mais il impose une date, et donc un test. De plus en plus, exposants, organisateurs et prestataires seront jugés non pas sur ce qu’ils affichent, mais sur ce qu’ils laissent derrière eux.
Le débat n’est pas “écologie contre business”. C’est “gestion sérieuse contre décor”. Et l’échéance d’août 2026 risque de rendre le décor insuffisant.