Témoignage : l’effort de guerre des Maliens de Lyon

En mars 2012, tandis que les indépendantistes touaregs du MNLA et les islamistes d’Ansar Dine prenaient le contrôle du Nord Mali, un collectif d’expatriés maliens naissait à Lyon pour réagir à la crise.


Dans la situation actuelle, le Collectif des Maliens de Rhône-Alpes (CMRA) approuve pleinement et sans réserve l’intervention française.” Voix douce et sourire ouvert, Alfadoulou Abdoulahi tente depuis mars 2012 de fédérer la diaspora malienne de la région “pour contribuer aux problématiques essentielles du pays”. Et d’abord palier à ce qu’il considère comme un déficit de communication : “Le gouvernement malien s’exprime peu, et à mon avis c’est une erreur.” Car l’opinion française est mieux sensibilisée à la question touareg qu’à la politique intérieure du Mali, notamment à travers des ambassadeurs comme le groupe Tinariwen dont l’ancien bassiste, Iyad Ag Ghali, est aujourd’hui un des leaders d’Ansar Dine. Et le MNLA occupe efficacement l’espace médiatique (son site internet en trois langues est renouvelé quotidiennement).

Estimée à un petit millier de ressortissants, la diaspora malienne de Lyon est peu organisée. Depuis le début de l’offensive militaire française le 11 janvier dernier, le CMRA, qui regroupe de manière informelle diverses associations, est apparu à tous comme un des rares interlocuteurs-ressource. Bien que n'étant pas une association de solidarité ou d'accueil de nouveaux venus, le collectif offre volontiers son aide en cas de problème : "Un Malien ne peut refuser son hospitalité à quelqu’un qui la demande ! Ressortissants, autorités, partenaires, tout le monde nous sollicite."

Sans oublier les services de renseignement français qui, selon M. Abdoulahi, “n’arrêtent pas” de l'appeler pour des informations sur les membres du CMRA. Lui-même parle quotidiennement avec ses parents installés à Gao et Tombouctou, certains responsables régionaux et nationaux maliens, pour un point sur la situation. "Nous ne sommes que quelques responsables au CMRA pour faire face à tout ça !" se désole-t-il. Sans locaux pour le moment, le CMRA est domicilié à Villeurbanne dans un modeste appartement de la rue du 8-mai-1945.

 

Les Maliens appelés à financer leur armée


Tout ça”, c’est aussi la mobilisation de la diaspora autour de l’effort de guerre. L’appel du président par intérim Dioncounda Traoré, pour qui “chaque Malienne et chaque Malien doit désormais se considérer comme un soldat de la patrie”, a bien été entendu ici.

Manifestation contre le projet de loi, le 17/11/2012 à Lyon


Le gouvernement vient d’ouvrir auprès de la Banque de développement du Mali un compte bancaire sur lequel “les Maliens de l'intérieur et de l'extérieur” sont encouragés à verser des dons pour “la reconquête”(voir ici le communiqué). Une démarche insolite mais nécessaire, à en croire ce reportage de France 5 :

Manifestation contre le projet de loi, le 17/11/2012 à Lyon


Alfadoulou Abdoulahi n'y voit pas d'inconvénient : “Le gouvernement d’Amadou Touré a été renversé [en mars 2012 par un coup d’Etat militaire] pour sa mauvaise gestion de la rébellion touareg, mais celui qui lui a succédé n’a pas pris la mesure de ses évolutions. Aujourd’hui l’Etat est replié sur une fraction du territoire, miné par ses divisions internes et manque cruellement de moyens.”

Le CMRA prépare donc une souscription auprès de la diaspora rhonalpine : “Je n’ai aucune idée des sommes que l’on peut réunir. Mais pouvoir verser l’argent directement sur un compte plutôt que de l’envoyer via une organisation est rassurant.” Une marche de soutien à l’action militaire française est également prévue le 2 février prochain à Lyon, à laquelle seront conviées des associations basées à Paris ou à Genève.

L’ambition de M.Abdoulahi est de créer une "association européenne des Maliens de la diaspora" qui pèserait dans la politique malienne d'après-conflit même si, assure-t-il, “le CMRA est un collectif, pas un parti politique”. ll aimerait d’ailleurs le doter d’un représentant permanent à Bamako pour porter la voix des "Maliens de l'extérieur".

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