Aux comparutions immédiates : “Une fâcheuse tendance à s’adonner aux jeux vidéo”

C’est vrai que son histoire est insolite, à J., 22 ans, livide de fatigue et d’appréhension après 36 heures de garde à vue. Et elle déplaît visiblement au président du tribunal :

ll vous est donc reproché le refus d’obtempérer, la mise en danger de la vie d’autrui et les violences envers des dépositaires de la force publique. Vous reconnaissez les faits ?

-  Non, je n’ai pas refusé d’obtempérer, je n’avais pas vu que c’étaient des policiers.

-  Comment est-il possible que vous n’ayez pas vu le gyrophare ?

- Au début ils n’avaient ni le gyrophare ni le brassard, ils m’ont mis une torche dans la figure, je ne voyais rien.

- Les policiers ont déclaré, je cite, le prévenu refuse de baisser sa vitre en souriant, enclenche une vitesse et commence à partir. L’agent A. n’a eu que le temps de s’écarter, il s’est d’ailleurs constitué partie civile.

- Le policier a essayé d’ouvrir ma voiture pendant que je démarrais. ll parlait un langage rural... enfin il avait une façon de s’exprimer... avec des insultes, je ne savais pas si c’étaient des vrais policiers. J’ai eu peur.

- Mais enfin, mon Dieu, dans un Etat civilisé vous êtes censé reconnaître  les forces de police !

J. raconte qu’il mangeait un Mc Do dans sa voiture, dimanche soir vers 23h40, quand ce contrôle d’identité s’est transformé en une “course-poursuite”. C’est au bout d’une demi-heure et encadré par trois voitures de police, la BAC ayant été appelée en renfort, qu’il a fini par se rendre après avoir appelé le 17 pour vérifier qu’une patrouille était bien en opération. L’agent de la BAC qui était au volant ce soir-là est également partie civile.

Donc après avoir démarré vous vous arrêtez un peu plus loin, puis vous repartez ?

- J’avais cru voir le gyro... et puis après j’ai vu une arme, je ne voyais pas de brassard, j’ai eu peur.

- Le brigadier aurait pu tirer ! Faut réfléchir, Monsieur. Vous croyez que des malfaiteurs mobiliseraient trois véhicules pour voler une Polo ?

- …

- Et vous auriez pu causer un grave accident, la chaussée était mouillée ! Dites-moi, vous jouez aux jeux vidéos ?

- Oui...

- Vous ne confondriez pas le virtuel et la réalité par hasard ? On peut se poser la question !”

Le procureur :

“J. travaille, il a une voiture neuve : il ne fait pas partie de ceux que nous voyons habituellement. Mais là il s’est comporté en fou du volant doublé d’un fou de l’écran ! Son comportement dénote une fâcheuse tendance à s’adonner aux jeux vidéo. Deux ou trois heures par soir quand on travaille, c’est peut-être beaucoup : je suggère l’obligation de soins. ll est dans sa bulle, mais on n’est pas derrière un écran avec un joystick ! On est sur le périphérique de Meyzieux ! Et je voudrais rendre hommage aux agents pour leur sang-froid exemplaire. Ca aurait pu finir avec un trou dans le pare-brise ! Et derrière le pare-brise, il y a une tête ! “

La défense lève les bras au ciel :

Mais enfin, on hallucine ! A vous entendre, avec des si il aurait pu tuer tout le monde ! Vous êtes ici pour juger des faits : il n’avait rien à se reprocher au départ, il a roulé à 110 km/h pendant toute votre fameuse course-poursuite, n’a provoqué aucun dégât et a fini par se rendre. Et quant aux jeux vidéos, personne dans cette salle n’a des enfants ? J’aurais l’audace de plaider la relaxe, l’intentionnalité est manifestement absente dans ce dossier.”

Quatre mois avec sursis et mise à l’épreuve de cinq ans, 1.000€ d'amende, obligation de suivre un stage de sécurité routière, six mois de suspension de permis, 400€ de dommages et intérêt à chaque policier partie civile.

Le président :

Vous suivez un traitement pour votre émotivité ?

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