La Géopolitique, un sport comme un autre !

Eclipsée par une actualité nécrologique particulièrement dense, la disqualification de la Russie pour les prochains jeux olympiques illustre, s’il en était besoin, les enjeux géopolitiques qui sous-tendent les grands évènements sportifs à dimension planétaire.

Eclipsée par une actualité nécrologique particulièrement dense, la disqualification de la Russie pour les prochains jeux olympiques illustre, s’il en était besoin, les enjeux géopolitiques qui sous-tendent les grands évènements sportifs à dimension planétaire.

En effet, le sport ne peut plus être réduit à sa seule dimension de divertissement et de plaisir physique ou moral comme son étymologie latine, desport le signifie. En réalité, depuis toujours mais singulièrement à partir de son essor au 19ème siècle,  le sport est le théâtre de rivalités de pouvoir aussi bien qu’un outil de lutte d’influence entre les états par événements planétaires et compétitions internationales interposés.

C’est ainsi qu’au-delà des ressorts éthiques mis en avant pour expliquer cette décision, c’est en réalité une véritable attaque contre Vladimir Poutine qui est actée, lui qui utilise le sport comme outil de cohésion nationale en n’hésitant pas à se mettre lui-même en scène au travers de diverses disciplines dont le judo, qu’il pratique à haut niveau. Il est d’ailleurs aisé de déceler l’astucieuse articulation du prestige personnel et du prestige national qu’il arrive à en tirer.  C’est pourquoi, cette résolution, qu’il estime humiliante, vient le mettre  en difficulté y compris sur la scène internationale, puisqu’elle acte l’exclusion à vie de son ex-ministre des sports, par ailleurs président de la ligue de football, organisateur de la 21ème coupe du monde qui se tiendra l’été prochain en Russie.

Cette sentence donne à lire les confrontations a peine feutrées entre grandes puissances qui se disputent un leadership aux échelles régionales et internationales, une sorte de « guerre sans coups de feu », comme le disait Georges Orwell.

Le sport devenant dans cette perspective le prolongement des affrontements  entre les états et entre les nations comme cela a été particulièrement le cas durant la guerre froide entre Etats-Unis et l’URSS porteurs de deux visions du monde irréconciliables.

Depuis lors, les états utilisent au niveau interne, le sport pour les dimensions symboliques de cohésion qu’il permet. Jacques Chirac n’ayant pas hésité en 1998, à user de la victoire des bleus au mondial que la France avait organisé et de la ferveur populaire qui entourait l’événement, pour donner à lire l’avènement d’une France multiculturelle et fraternelle probablement pour faire oublier son incapacité à réellement réduire la fracture sociale qu’il dénonçait trois années plus tôt. Dans le cadre de la désormais civilisation 2.0, cette stratégie de communication est souvent employée pour réaffirmer la légitimité des états nations face à l’émergence de nouvelles puissances qui leurs disputent le leadership et remettent en cause leur souveraineté. On pense aux puissances économiques que sont les géants du numérique comme les GAFA, aux puissances de l’esprit que sont les religions, mais également aux puissances médiatiques avec de grands groupes comme Bein-media group.

Sur le plan externe, les états se saisissent également du sport pour démontrer leur capacité à organiser des évènements d’échelle planétaire, mettant ainsi en avant aussi bien leur ingénierie événementielle, que la richesse de leurs infrastructures hôtelières et de transport, offrant ainsi une véritable vitrine pour des retombés touristiques, donc économiques. La dimension sécuritaire devient désormais un nouvel enjeu de performance pour les organisateurs dès lors que les attaques terroristes contre les événements sportifs deviennent objet de convoitise des groupuscules agissants. De la prise d’otages aux JO de Munich, à l’attentat de St Denis qui visait un match de l’Euro 2016, en passant par l’attentat du Marathon de Boston en 2013, la surface médiatique de ces évènements leur offre une résonnance à nul autre pareil. 

Le sport permet enfin l’émergence de nouvelles puissances, notamment des pays de l’hémisphère Sud au détriment du leadership européen du siècle dernier. Les deux derniers championnats du monde de football, comme le prochain sont confiés à trois pays parmi les BRICS, chronologiquement l’Afrique du Sud, le Brésil et la Russie. Parmi ces cinq pays, seule l’Inde dénote par une notoriété sportive inversement proportionnelle au poids démographique, géostratégique et économique important qui la caractérise. A contrario, certains micros-états jouent dans la cour des grands par les investissements qu’ils consentent. Le Qatar investit ses pétrodollars dans l’acquisition de grandes équipes de football ou de grands groupes media ; la Jamaïque ou le Kenya misent quant à eux sur une politique éducative qui permet la performance spectaculaire de leurs coureurs.

C’est à la lumière de ces éclairages que la France doit envisager les prochaines échéances sportives planétaires afin de concilier performance sportive et leadership stratégique : la géopolitique est à ce titre un sport comme un autre !

T.B.

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