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Billet de blog 18 mars 2009

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Impôt ou contribution ?

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Je vais avouer une perversion, il y a bien longtemps, j’ai été fier à la suite de ma première paye ,de payer mes premiers impôts. C’était pour moi un rite de passage dans une société démocratique, un geste qui complétait harmonieusement mon inscription sur les listes électorales. J’avouerai que depuis, il m’est arrivé de râler avec l’impression qu’un fonctionnaire de catégorie A c’est vraiment lourdement taxé, mais même maintenant, je n’oublie pas que c’est infiniment préférable au fait de ne pas être imposable.

L’une des raisons de la catastrophe électorale de 2007, c’est que la phobie de l’impôt est irraisonnée, viscérale, atavique, à mon avis il faut la soigner et peut-être pour cela la comprendre.

Rappelons tout d’abord l’étymologie « in potestate », être sous la puissance de quelqu’un. A l’époque romaine, seules les « provinces », les pays vaincus, payaient l’impôt, le tribut qui était plus une façon de marquer sa soumission que de contribuer au bien public. Ensuite sous le régime féodal et l’ancien régime, on payait au seigneur un impôt « recognitif de seigneurie » et si les nobles et le clergé ne payaient pas l’impôt royal, ce n’est pas tant à cause de l’avantage financier que pour marquer leur supériorité juridique.

Comme les mots sont porteurs d’affectivité, les révolutionnaires ont fort bien fait d’abandonner le mot impôt pour celui de contribution. A partir de là s’est développée la conception républicaine de la fiscalité. Je vais dire quelque chose de scandaleux, mais j’espère que tout le monde va comprendre que je me place uniquement dans une perspective historique : je me demande si le suffrage censitaire n’a pas un peu contribué à réconcilier les puissants avec l’impôt, avant la marque de la supériorité sociale était de ne pas payer d’impôt ensuite c’était au contraire le fait d’en payer qui donnait droit à la parole.

Puis il y a eu des avancées démocratiques parallèles de la démocratie avec le suffrage universel et de l’impôt avec l’impôt sur le revenu progressif : celui qui gagne le plus doit donner un pourcentage plus élevé de ses revenus. Je n’apprendrai à personne que c’est l’impôt le plus juste. Parallèlement, dans un pays comme le nôtre il y a eu une époque où l’on expliquait un peu à quoi servait l’impôt. Il n’appauvrit pas, il donne simplement à la société le moyen d’agir collectivement. Remarquons au passage que ce n’est pas seulement une redistribution des riches vers les pauvres, c’est une redistribution de tous vers tous, parmi les redevables de l’impôt sur la fortune, il y en a peu à part deux ou trois milliardaires qui pourraient payer le plateau technique de l’hôpital qui va leur sauver la vie.

En réalité, dans sa croisade contre l’impôt le gouvernement, aveuglé par l’idéologie libérale pousse la société au suicide. Un suicide collectif, car on se prive des ressources nécessaires pour le développement de tous. Et puis, il fait un si mauvais usage de nos impôts, Sarko que c’est vrai, on ne sait plus trop pourquoi on en paye, des impôts. En réalité la boucle est bouclée, s’il ne veut pas revenir sur le bouclier fiscal, c’est parce qu’à nouveau, l’impôt est recognitif de seigneurie, les classes moyennes doivent être les seules à contribuer à la dépense collective tandis que les plus riches doivent voir reconnaître leur éminente qualité par la faiblesse de leur contribution aux dépenses. Ce qui les aide, c’est la mauvaise image de l’impôt (qu’on appelle de nouveau impôt) qui est entretenue dans le population. Même la gauche n’ose pas dire que les impôts ce n’est pas sale, qu’il faut simplement qu’ils soient justement répartis et honnêtement utilisés.

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