Police des trains

Il y longtemps que je n’étais pas venu. A cause du titre de mon blog peut-être, je n’arrive pas à trouver des bonheurs à intercaler entre les colères. Pour saisir la situation, il faut d’abord que je fasse un aveu: Cnémon est une dame d’un certain âge qui connaît rarement les affres des contrôles d’identité.

Il y longtemps que je n’étais pas venu. A cause du titre de mon blog peut-être, je n’arrive pas à trouver des bonheurs à intercaler entre les colères. Pour saisir la situation, il faut d’abord que je fasse un aveu: Cnémon est une dame d’un certain âge qui connaît rarement les affres des contrôles d’identité.

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Je suis une habituée du Métrolor, train que je prend depuis des années et où le voyage était d’un calme olympien jusqu’à ce que l’on se mêle d’assurer notre sécurité.

Ce soir, donc comme souvent, je téléphonais à la maison quand, à ma grande surprise le contrôleur est venu me dire qu’on ne pouvait que téléphoner des plateformes et pas depuis son siège. Il est vrai que, comme dans les trains grandes lignes, il y a un pictogramme qui recommande d’éviter, mais un accord tacite s’est instauré depuis longtemps entre les voyageurs dont aucun ne respecte cette règle dans les TER. Et d'habitude les contrôleurs ne disent rien non plus. Après son petit sermon le contrôleur s’est éloigné de moi et s’en est pris à un délinquant de beaucoup plus haut vol : un jeune homme qui avait acheté son billet mais avait oublié de le composter. Ce jeune homme a eu l’audace impardonnable de demander si on ne pouvait pas lui épargner l’amende. Il l’a fait de façon calme et courtoise et pourtant le contrôleur a dit: «bon et bien la police!». Entre temps nous arrivions et c’est sur le quai de la gare de Metz que cinq hommes dont quatre en uniforme avec matraque et revolver se sont emparés du criminel. Ils ont commencé à le palper à corps.

Moi je suis restée là, je pensais ne rien dire, juste une présence silencieuse pour être témoin. Mais ma présence les a gênés et ils ont commencé à me demander pourquoi je restais. Je leur ai dit que j’avais bien le droit d’être sur le quai de la gare. Et puis c’est vrai que la moutarde m’est juste un peu montée au nez et j’ai demandé au contrôleur qui était encore là s’il n’avait pas envisagé aussi d’appeler quatre policiers pour que je réponde du délit d’usage de téléphone mobile sur le siège d’un TER. Et là le policier m’a dit: «mais en effet, je vais verbaliser, donnez-moi votre carte d’identité». J’ai sorti la photocopie que je conserve pour ne pas perdre l’original et il a beaucoup glosé sur ma bêtise profonde. Je lui ai tout de même fait remarquer que le pictogramme du téléphone en sommeil, n’est qu’une recommandation et n’est accompagné d’aucune référence de loi d’interdiction ou de peine qu’encourrait un contrevenant et c’est là qu’il m’a superbement répondu mais «la loi c’est moi». Louis XIV en uniforme! Je lui ai fait remarquer que je croyais que nous étions encore en démocratie, même si je commençais à avoir des doutes.

D’un coup il a dû saisir que son procès-verbal j’allais l’arborer comme un trophée: «Usage du téléphone portable sur le siège d’un TER, suspicion de complicité avec un dangereux maniaque de l’oubli du composteur». Finalement le sketch s’est arrêté là.

Comparons les chiffres: d’un côté un instituteur pour 35 élèves en maternelle, de l’autre, outre un contrôleur bilieux, 5 flics dont quatre armés pour un billet pas composté.

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