Co Zannier
Abonné·e de Mediapart

6 Billets

0 Édition

Billet de blog 21 juil. 2014

Entre gazages policiers et enfumage médiatique

Co Zannier
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Je n'ai pas participé à la première manifestation de soutien à la Palestine le 13 juillet dernier, je n'ai donc rien vu de ce qui s'y est passé à l'arrivée à Bastille.

Mais devant l'aggravation de la situation vécue par les Gazaouis, je suis allée à la manifestation suivante organisée le 16 Juillet aux Invalides, et j'ai d'ailleurs regretté que nous soyons si peu nombreux (environ 400 personnes selon Le Monde) à nous intéresser au sort des habitants-martyrs de Gaza.  

Pour rappel, 2014 a été déclarée "Année de Solidarité avec le Peuple Palestinien" par l'ONU. Quelle ironie alors que ledit peuple, pris au piège à Gaza, est actuellement massacré : hommes, femmes, enfants, vieillards, sans distinction ...

Aujourd'hui, 21 juillet 2014, nous décomptons 508 morts côté palestinien, majoritairement des civils, contre 20 morts côté israélien, presque uniquement des militaires. Boucherie. Les rares images qui circulent et les quelques témoignages des médecins de Gaza qui nous parviennent sont sans appel.

Aussi il m'est apparu évident de me rendre à la manifestation prévue le samedi 19 juillet à Barbès à l'appel de nombreuses organisations de soutien à la Palestine, de mouvements politiques de gauche et d'associations de défense des droits de l'homme. La décision gouvernementale de son interdiction tombée vendredi soir m'a stupéfaite. Incohérence et indécence des propos qui se sont succédé pour motiver ce choix funeste.

Comme sans doute de nombreuses personnes je me suis longuement posé la question avant de finalement décider de braver l'interdit. Prise entre un sentiment d'impuissance, le coté dérisoire de ces actions pacifiques alors que le massacre se poursuit sans relâche, cette interdiction incompréhensible de manifester m'est apparue comme une insulte supplémentaire au drame palestinien. Nous pays des droits de l'homme pouvions nous rester indifférents alors que dans le monde entier des manifestations similaires s'organisaient ?

 Aujourd'hui je ne regrette pas d'avoir tenté de me rendre au rassemblement de Barbès quand je lis les articles de presse rédigés à sa suite et quand je vois les images très ciblées qui en sont publiées.

Alors je vais vous donner ma version. Celle que j'ai vécu.

D'abord, une certaine confusion a suivi l'annonce de l'interdiction de la manifestation. Toutes les associations organisatrices ont déploré cette décision ; certaines se sont résignées officiellement à la respecter, d'autres n'ont pas pris position, et enfin quelques courageux ont décidé de braver l'interdit ; notamment le NPA et Ensemble!, pour les mouvements politiques. Le lieu de rassemblement à Barbès a été maintenu, mais d'un cortège mobile nous sommes passés à un rassemblement statique. L'heure de début de rassemblement a également fluctué : certains organisateurs indiquant 14 heures, d'autres 15 heures (l'heure initialement communiquée).

Je suis arrivée un peu avant 15H à Gare du Nord, escomptant rejoindre à pieds le Boulevard Barbès. A ce moment des manifestants étaient déjà présents, encerclés sur la place devant la sortie de la gare par d'importants cordons de CRS. Il m'a été expliqué que nous ne pouvions pas quitter la place. Nous étions bloqués. Ambiance un peu tendue. Autour de nous des touristes aux terrasses des cafés, d'autres sortant continuellement de la gare. Quelqu'un au bord du cortège (un photographe) m'a dit qu'il craignait que l'on soit chargés par les forces de l'ordre ; je ne savais alors pas encore que les échauffourées avaient commencé à Barbès ... Il m'a conseillé de passer le mot de nous assoir tous pacifiquement sur la place si jamais la situation dégénérait, pour retarder l'action des CRS. Ce que j'ai fait en traversant de part en part notre assemblée qui continuait à grossir ; puis le message a été transmis ainsi de bouche à oreille, je pense que nous étions nombreux à le relayer.

Le profil des manifestants ? Beaucoup de jeunes, et notamment des jeunes femmes ; des manifestants venus en famille avec leurs enfants, des poussettes. Une foule bigarrée et bonne enfant.

Des drapeaux palestiniens flottant au vent ou portés sur le dos, mais aussi quelques drapeaux français, des keffiehs, quelques banderoles, autocollants et pancartes demandant la paix et la vérité ... Visiblement beaucoup de gens qui ne sont pas des habitués des manifestations, un peu déstabilisés par cette assignation à rester sur la place et le flou sur la suite de la manifestation. Bref, pas des profils de casseurs. Nous étions isolés du cortège principal bloqué lui aussi à Barbès, dont nous recevions sporadiquement des informations dont certaines faisaient déjà état de gazages, de manifestants pris au piège et malmenés par des CRS très remontés, à partir de 16H.

Beaucoup d'échanges et de gestes de solidarités entre nous ; nous étions là pour défendre les mêmes valeurs humanistes, pour dénoncer le carnage d'innocents coincés à Gaza, pour demander une fois de plus la reconnaissance de l'Etat Palestinien. Rien de plus.

Nous avons scandé les mêmes slogans qu'à Barbès. "Nous sommes tous des Palestiniens", "Israël assassin", ... Nous n'avons commis aucune provocation ni à l'encontre des forces de l'ordre ni à l'encontre de la communauté juive, d'ailleurs représentée par des membres de l'UJFP. Nous tenions à rester avant tout pacifistes et modérés.

A plusieurs reprises la situation s'est tendue et nous avons craint d'être chargés par les CRS. Immédiatement nous nous sommes alors massivement assis ou couché sur la place.

Puis à un moment des organisateurs, qui continuaient à parlementer pour que nous puissions avancer et rejoindre Barbès, nous ont dit que nous avions l'autorisation d'avancer. Nous avons parlé entre nous ; avec certaines autres manifestantes j'avais un pressentiment négatif car nous avions la sensation d'être pris dans une souricière dans le sens où nous ne pouvions ni avancer, ni quitter le rassemblement, alors que le nombre de CRS augmentait et que leurs véhicules nous cernaient. Des manifestant qui avaient tenté de contourner la gare sont revenus gazés ... Mais les CRS ne chargeaient pas, certainement parce que la place était toujours traversée par des passants sortant de la gare.

Alors finalement, comprenant que notre sécurité était assurée tant que nous étions sur cette place, nous avons commencé à demander aux premiers manifestants qui avançaient de revenir se grouper sur celle-ci, tout en expliquant pourquoi ; il y a donc eu un début de reflux vers le centre de la place. A ce moment les forces de l'ordre ont commencé à nous traverser pour nous diviser en petits groupes sans contact les uns avec les autres. Quand nous avons compris le stratagème nous avons profité d'un moment de confusion pour tous revenir se grouper ensemble. Nous sommes restés ainsi jusque vers 17h30.

Des prises de parole se sont succédées. Des moments de recueillement aussi.

Je salue la maturité et le sérieux des garçons qui ont réalisé notre SO. Tout s'est déroulé dans le calme et la dignité requis par le motif de notre présence. Dans ce moment où l'émotion à nouveau m'étreint, me reviennent ces paroles de Marwan Bargouthi :"notre détermination demeure intacte, et votre solidarité la nourrit quotidiennement. Le peuple palestinien, par sa lutte et votre solidarité, est entré dans la légende. Il prendra un jour, je n'en doute pas, sa place légitime dans l'histoire et la géographie".

Puis celui qui devait être le chef des CRS a discuté avec le responsable de notre rassemblement pour organiser la dissolution de la manifestation. Il nous a assuré que si nous ne commettions aucun acte de provocation vis à vis des forces de l'ordre, tout se passerait bien, sans contrôle d'identité. Il nous a demandé de partir par petits groupes dans la gare du Nord. j'ai eu la sensation que même au sein des forces de l'ordre, la nécessité de nous bloquer, d'interdire cette manifestation qui ici s'est déroulée pacifiquement et sans aucun heur, n'était pas forcément partagée par tous.

Personnellement je suis partie à pieds en direction de gare de l'Est. En me dirigeant ensuite vers République, j'ai croisé un cortège impromptu et joyeux qui s'est reformé Boulevard de Sébastopole. Comme de nombreux autres manifestants qui s'apprêtaient à partir, je suis rentrée dans ce cortège et je l'ai suivi jusqu'à Chatelet. Moment assez unique, magique et malicieux où nous avancions tous sur la chaussée au milieu des voitures, sur les trottoirs, avec nos drapeaux, nos keffiehs, nos slogans ... et plus trace de présence policière, quel pied de nez ! Nous entendions bien les sirènes des véhicules de police autour de nous, mais ce n'est qu'après la rue Etienne Marcel qu'ils ont pu contenir l'avancée du cortège puis peu après le bloquer par l'arrière.

Entre temps nous avons connu quelques moments de tensions entre des garçons du cortège et des passants ou commerçants visiblement pro-israeliens qui ont tenté des provocations, mais une fois encore ce sont les filles qui intervenaient pour désamorcer les départs de conflit en rappelant que le succès de notre action résidait dans notre pacifisme. Egalement un ou deux jets vers les CRS se sont produits quand ils nous ont entourés à proximité du quartier des Halles, mais dans la confusion du moment, tout le monde a pu fuir par les petites rues transversales en direction de Chatelet les Halles. Bref, rien à voir avec les seules scènes apocalyptiques qui tournent en boucle depuis samedi dans tous les médias mainstream !

Palestine vivra !

                                                                                                                 "J'appelle tous les partisans de la liberté, de la justice et de la paix à travers le monde à se saisir de cette Année de solidarité avec le  peuple palestinien décidée par l'ONU pour en faire un moment décisif pour le triomphe de la liberté et de la justice."    

Marwan Bargouthi, député palestien actuellement emprisonné en Israel

 Album photos : https://www.facebook.com/media/set/?set=a.10152590806192148&type=1&l=9e912ad8b5 ; Merci à Camel M. qui a ajouté à mon album ses superbes photos.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal
La nomination d’Éric Coquerel suscite une polémique parmi les féministes
Plusieurs militantes ont affirmé que le député insoumis, élu jeudi président de la commission des finances, a déjà eu un comportement inapproprié avec des femmes. Mais en l’absence de signalement, aucune enquête n’a abouti. L’intéressé dément, tout en admettant avoir « évolué » depuis #MeToo.
par Lénaïg Bredoux et Mathieu Dejean
Journal — Parlement
Face au RN, gauche et droite se divisent sur la pertinence du « cordon sanitaire »
Désir de « rediabolisation » à gauche, volonté de « respecter le vote des Français » à droite… La rentrée parlementaire inédite place les forces politiques face à la délicate question de l’attitude à adopter face à l’extrême droite.
par Pauline Graulle, Christophe Gueugneau et Ilyes Ramdani
Journal — France
Extrême droite : la semaine de toutes les compromissions
En quelques jours, le parti de Marine le Pen s’est imposé aux postes clés de l’Assemblée nationale, grâce aux votes et aux lâchetés politiques des droites. Une légitimation coupable qui n’augure rien de bon.
par Ellen Salvi
Journal — Culture-Idées
L’historienne Malika Rahal : « La France n’a jamais fait son tournant anticolonialiste »
La scène politique française actuelle est née d’un monde colonial, avec lequel elle n’en a pas terminé, rappelle l’autrice d’un ouvrage important sur 1962, année de l’indépendance de l’Algérie. Un livre qui tombe à pic, à l’heure des réécritures fallacieuses de l’histoire.
par Rachida El Azzouzi

La sélection du Club

Billet de blog
Oui, l’inflation s’explique bien par une boucle prix – profits !
Il est difficile d’exonérer le patronat de ces secteurs de l’inflation galopante. C’est pourquoi les mesures de blocage des prix sont nécessaires pour ralentir l’inflation et défendre le pouvoir d’achat des travailleurs. Par Sylvain Billot, statisticien économiste, diplômé de l’Ensae qui forme les administrateurs de l’Insee.
par Economistes Parlement Union Populaire
Billet de blog
Les services publics ne doivent pas être les victimes de l’inflation
L’inflation galopante rappelle que le monde compte de plus en plus de travailleurs pauvres dans la fonction publique. Les Etats ont pourtant les moyens de financer des services publics de qualité : il faut faire contribuer les plus riches et les multinationales.
par Irene Ovonji-Odida
Billet de blog
Pourquoi les fonctionnaires se font (encore) avoir
3,5 % d'augmentation du point d'indice, c'est bien moins que l'inflation de 5,5%. Mais il y a pire, il y a la communication du gouvernement.
par Camaradepopof
Billet de blog
L’inflation, un poison qui se diffuse lentement
« L’inflation est un masque : elle donne l’illusion de l’aisance, elle gomme les erreurs, elle n’enrichit que les spéculateurs, elle est prime à l’insouciance, potion à court terme et poison à long terme, victoire de la cigale sur la fourmi », J-Y Naudet, 2010.
par Anice Lajnef