Porc, volaille, bovin laitier : Le modèle agricole d’élevage breton est dans une impasse

 La Bretagne est malade de son modèle agricole d’élevage.

Les méthodes d’élevage hors-sol avec des animaux en claustration nourris avec des aliments importés ont progressivement dominé les  trois secteurs traditionnels d’élevage breton, la volaille, le porc et enfin l’élevage laitier. Ces techniques ont permis le développement d’élevages intensifs sur des surfaces très petites, et ont conduit à une trop forte concentration d’animaux par rapport aux possibilités d’absorption par les sols, d’où une intense et persistante pollution qui se traduit par une dégradation de la qualité des eaux et les proliférations d’algues vertes, sans parler des pollutions olfactives…

La structure d’exploitation familiale, sur laquelle s’est basé le développement de cet élevage intensif, devient chaque jour plus obsolète : produire sur un standard industriel avec des moyens artisanaux conduit nécessairement à un déséquilibre compétitif. La plupart des exploitations ne disposent pas des moyens financiers pour faire face aux différentes mises aux normes (pollution, bien-être animal, etc…), aggravé par le fait que les prix de vente de leurs productions ont tendance à baisser, soumis à une concurrence des élevages les plus compétitifs (les plus importants et les mieux équipés) et surtout à une concurrence internationale de plus en plus vive. La survie de ces exploitations ne peut passer que par une reconversion vers des productions à plus haute valeur ajoutée. Encore aurait il fallut y penser en temps utile et mettre en place des politiques agricoles adéquat…  2 à 3000 élevages bretons sur environ 5000, dans le seul secteur porcin, risquent fort de faire les frais de cette absence de prévision et de choix stratégiques aux moments importuns.

L’industrie lourde qui s’est installée aussi bien en amont (la production d’aliment et d’ « intrants » divers) qu’en aval (abattage et transformation) dépend directement de ces sources d’approvisionnement, les élevages, dont la disparition, ou plus certainement la forte diminution de la production affectera l’activité. Elle subit en outre une concurrence de plus en plus vive, surtout européenne, sur fond de dumping social, mais aussi du choix de favoriser systématiquement la compétitivité-coûts sur la compétitivité qualité (hors coûts). Cela se traduit par la perspective d’une casse économique et sociale quasi inéluctable, déjà fortement engagée avec Doux, Gad, etc….

Le Président de la République, sans doute très conscient du caractère explosif de la situation actuelle, pare au plus pressé avec la réorientation de la PAC vers les éleveurs et l’annonce de l’assouplissement des procédures d’installation ou d’agrandissement des élevages porcins.

La première mesure est  très modeste et aux effets très lents. La seconde ne servira strictement à rien, si ce n’est à calmer temporairement un milieu professionnel sinistré et à se mettre à dos le reste de la population, qui subit la pollution et finance par ses impôts les lourdes actions de retraitement, d’assainissement et de dépollution.

Ce court-termisme, s’il satisfait les conservateurs de tous poils, conduit tout droit et très vite à un désastre économique et social dans une région qui dispose pourtant de ressources humaines et entrepreneuriales exceptionnelles.

Qui prendra l’initiative d’un plan agro-alimentaire breton ?

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