La France déporte vers l'Italie qui travaille avec les bandes d'assassins libyens

Ces dernières semaines, les agents du commissariat de la police nationale à Bourges ont déporté des demandeurs d'asile vers des centres de rétention pour les renvoyer en Italie.

khartoum-killer

Publié le 13/07/2017

Ces dernières semaines, les agents du commissariat de la police nationale à Bourges ont déporté des demandeurs d'asile vers des centres de rétention pour les renvoyer en Italie. Ceci dans le contexte des directives Dublin mais aussi des accords italo-libyens voués à payer des bandes armées pour empêcher les migrants d'entrer en Europe en les emprisonnant dans des camps où ils subissent tortures, viols, rançons, meurtres.

Des déportations à Bourges

Ces migrants étaient jusque là protégés par des habitants de Bourges. Mais assignés à résidence, contraints d'aller quotidiennement pointer au commissariat, ils ont les uns après les autres disparu lors de l'un de ces pointages, après qu'on ai menti à leurs accompagnants, leur disant qu'ils allaient juste répondre à des questions. Ils se nommaient :

  • Arsène MUNKIE-MOBA-KAMBA, originaire de RDC
  • Happy Ik Godwin, originaire du Nigéria
  • Austin, originaire du Nigéria

 Ils demandaient l'asile en France car leur vie était en danger pour des raisons diverses et avérées. Parmi les gens que nous soutenons, beaucoup ont vu leur famille mourir, été prostitué.es, ont dû fuir car leur homosexualité les mettait en danger de mort, ont des cicatrices marquant l'impact de munitions, de coups d'armes de toutes sortes, ont vu leur amis être pendus en Libye.

Aujourd'hui sont menacées d'une déportation identique deux femmes isolées, vulnérables, ayant déjà subi des violences traumatisantes en Libye et ailleurs : Blessing Wisdom et Lili, âgées de moins de 20 ans, originaires du Nigéria.

La préfète du Cher, Nathalie Colin, a le pouvoir d'offrir à ces personnes la possibilité de survivre en demandant l'asile en France, mais a déjà probablement signé de sa main plusieurs arrêts de mort indirects et s'apprête à continuer.

Car les migrants concernés sont sujets à la procédure Dublin, suite à la prise forcée de leurs empreintes digitales en Italie. Par ce fait, la France s'autorise à mépriser les droits les plus élémentaires, en refusant de porter assistance à des personnes en danger. Elle s'autorise à déplacer des personnes contre leur gré, par la force et avec la collaboration d'agents de l'Etat, d'employés et de bénévoles d'associations mandatées par l'Etat et d'entreprises privées (compagnies aériennes notamment).

"Alors que des milliers de réfugiés et migrants tentent de traverser l’Italie sans se faire identifier afin de demander asile dans d’autres pays, Amnesty a reçu des témoignages concordants de méthodes coercitives employées par la police italienne dans le but d’obtenir des empreintes digitales, notamment des allégations de coups, de décharges électriques et d’humiliation sexuelle."
[...]
"L'application de la procédure Dublin n'est pas obligatoire, les Etats sont libres d'examiner les demandes d'asile de toute personne. C'est le choix inverse qui a été fait par la France : dans une lettre d'instruction de juillet 2016, le Ministre de l'Intérieur a explicitement ordonné aux préfectures d'appliquer systématiquement la procédure Dublin aux personnes signalées dans Eurodac et d'augmenter le nombre de renvois effectifs. L'ordre a été rigoureusement respecté par les préfets, puisque les renvois Dublin ont augmenté de 150 % entre 2015 et 2016."
source : stopdublin.fr

L'organisation choisie par l'Etat a vocation à isoler le plus possible les migrants pour empêcher la solidarité sur le territoire français. Isolés dans des hotels, les migrants et les gens qui les soutiennent observent de nombreux mensonges quant à leurs droits ou leur avenir, ne comprennent pas leur situation, sont épuisés et ne parviennent pas à résister à ces déportations. Tout est fait pour les empêcher de rester sur le territoire et tout est fait pour les envoyer mourir ailleurs. Les personnes travaillant dans les centres qui "accueillent" les migrants dans des conditions effroyables travaillent de plus en plus en parfaite entente avec la police.

"Les outils de contrôle des personnes « non-souhaitées » sur le territoire français se fondent sur une politique de dispersion et de non-transparence pour faciliter la mise en pratique des expulsions. Cette politique d’enfermement et d’isolement mise discrètement en place par l’État permet donc, à la fois, de limiter le contact et la communication entre personnes illégalisées et soutiens solidaires, de dissimuler sa sinistre politique de rejet et aussi de masquer les révoltes et protestations qui peuvent s’en suivre. Ce système coercitif destiné à maintenir dans l’ombre les personnes en attente de décision se matérialise physiquement partout sur le territoire dans ces divers lieux d’enfermement : centres de rétention, zones d’attentes aux frontières, aéroports et gares, prisons de droit commun pour les personnes refusant leur expulsion… Les nouveaux centres créés, tels les CAO ou les PRAHDA, remplissent également ces fonctions de concentration, contrôle et dissimulation. Leur gestion, déléguée à des associations concourantes sur des marchés publics, peut bien s’apparenter, pour ces dernières, à une collaboration, à un rôle de « tampon » entre les publics et l’État."
Appel de el Manba/SoutienMigrants13 à mobilisation contre les expulsions et l’isolement

Les accords italo-libyens

"Pour mettre fin à la route migratoire méditerranéenne, l’Italie a scellé un accord avec la Libye (sommet de Malte, le 3 février 2017), ensuite appuyé par l’UE. Problème : ce pays est divisé entre factions rivales et en proie aux pires violences."
Courrier International le 22/02/2017

L'accord inclut le versement de 400 millions d'euros à « la Lybie ».

"L’Union européenne avait déjà conclu en 2009 des accords avec le dictateur Kadhafi pour qu’il joue le rôle de gendarme des frontières, en contrepartie d’aides financières. À la chute du régime en 2011, on avait alors découvert que plus d’un million d’Africains sub-sahariens étaient retenus dans des camps, y connaissant des conditions de détention effroyables.

Aujourd’hui, ces camps représentent toujours un enfer pour les réfugiés qui s’y trouvent. Selon un rapport d’Amnesty, confirmé par l’ambassadeur allemand au Niger, les migrants y sont séquestrés pendant des mois, battus et soumis à des sévices sexuels. Leurs familles sont rançonnées ; si elles ne peuvent pas payer, ils sont exploités, privés de nourriture, voire bannis dans le désert, ce qui les conduit à une mort certaine.

Ces camps seront-ils moins inhumains si l’Union européenne alloue des fonds supplémentaires au gouvernement libyen pour retenir les migrants ? À n’en pas douter, rien ne changera. Et puis, avec qui l’UE pourrait-elle négocier ? Le gouvernement libyen d’union nationale de Fayez al-Sarraj n’a d’union que le nom, son autorité ne s’étend que sur une partie du territoire ; le sud, notamment, est contrôlé par les milices du maréchal Haftar et, entre les deux, de nombreuses milices cherchent à s’imposer.

Face au chaos qui règne en Libye, même s’ils ne le disent pas, les dirigeants européens regrettent certainement l’époque de Kadhafi, qui se montrait si efficace pour retenir les réfugiés en les parquant dans des camps de concentration."
Journal Lutte Ouvrière, le 8 février 2017

"L'Agence de l'ONU pour les réfugiés (HCR) s'est dite hostile au maintien de ces camps. Selon un rapport publié en décembre, ils sont le théâtre de toute sortes d'exactions, telles que la détention arbitraire, le travail forcé, les viols et la torture. "Conserver des camps en Libye, c'est maintenir les migrants dans des conditions inhumaines et les mettre encore plus en danger", a déploré Carlotta Sami, porte-parole du HCR, interrogée par Reuters. "L'Union européenne et ses États membres doivent se rendre à l'évidence : la Libye n'est pas un pays sûr. On ne peut en aucun cas considérer cela comme une approche humaine du phénomène migratoire", a renchéri Arjan Hehenkamp, de Médecins sans Frontières (MSF).

Dans un communiqué diffusé après le sommet, MSF, présente dans plusieurs camps en Libye, a estimé que la réunion de Malte démontrait que les dirigeants européens "se fourvoient" quant à la situation en Libye. "Aujourd'hui, il ne s'agissait pas de sauver des vies ; il est évident que l'UE est prête à sacrifier des milliers d'hommes, de femmes et d'enfants vulnérables afin de les empêcher d'atteindre les rivages européens", ajoute l'ONG."
France24 le 03 février 2017

"Un nombre croissant de migrants transitant par la Libye sont vendus sur des « marchés aux esclaves » avant d’être soumis au travail forcé ou à l’exploitation sexuelle, selon un rapport publié mardi 11 avril par l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). Des migrants originaires d’Afrique de l’Ouest interrogés par l’organisation disent avoir été achetés et revendus dans des garages et des parkings de la ville de Sabha, localité du sud de la Libye par laquelle passent de nombreux candidats à l’exil."
[...]
"L’OIM explique s’être entretenue avec un Sénégalais qui dit avoir été retenu dans un logement de Sabha avec 100 autres migrants. Régulièrement battus, ils ont dû contacter leurs familles pour obtenir les fonds exigés par leurs ravisseurs pour les relâcher. Incapables de réunir les rançons, certains migrants auraient été tués ou affamés. Lorsque des migrants mouraient ou étaient libérés, ils étaient immédiatement remplacés par d’autres."
[...]
" Ce que l’on sait, c’est que les migrants qui tombent entre les mains des passeurs sont exposés à la malnutrition, aux abus sexuels, voire au meurtre, affirme Mohammed Abdiker, directeur de l’OIM pour les opérations et situations d’urgence. On nous a parlé de charniers dans le désert."
Le Monde, le 12/04/2017

Cette situation rappelle bien évidemment les accords passés avec la Turquie, qui a donné lieu au versement de 6 milliards d'euros de la part de l'Union Européenne pour empêcher les migrants d'entrer en Europe, donnant lieu à des meurtres arbitraires par les gardes frontières.

L'hypocrisie est totale lorsqu'on lit les accords du Khartoum Process. La France et les autres Etats européens payent des milliards pour que des assassins torturent, tuent, prostituent, coulent les gens fuyant le monde entier du chaos perpétré en partie par l'Occident, qu'il soit climatique, politique, etc. Le nouveau gouvernement se refuse à toute action positive de peur de faire "appel d'air". Discours complètement stupide car ce n'est pas l'installation de sanitaires sur un camp de réfugiés qui décidera des migrants à partir, alors que leur choix s'est déjà fait entre une mort certaine et une mort probable.

Pendant ce temps, les forces fascistes organisent librement l'achat d'un navire pour attaquer les bateaux de migrants et empêcher leur secours.

C'est aux hommes et aux femmes soucieux de justice, de liberté, de fraternité, d'égalité qu'il incombe de se lever contre tous les collaborateurs de ce système meurtrier. L'histoire boucle sur elle-même. Nous appelons tous les journalistes, avocats, activistes, féministes, LGBT à se mobiliser d'urgence dans ce moment critique de l'histoire mondiale. Il faut dénoncer tous les responsables de cette collaboration, du bas en haut de l'échelle.

Agir est possible, cela l'a toujours été.

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