Adama Traoré, demandeur d'asile : expulsion imminente malgré son handicap

Mercredi 20 décembre, à 10 h 30, Adama Traoré a été arrêté au commissariat de Bourges pour être transféré dans un Centre de Rétention Administrative (malgré que cette pratique soit déclarée illégale) et sera expulsé jeudi matin vers l'Italie.

 

Nous sommes des habitant.e.s de Bourges et des alentours. Nous voulons alerter d'urgence l'opinion publique sur la situation dramatique que vit Adama Traoré, jeune Guinéen de 24 ans.

Arrivé à Bourges il y a peu, il vit au Prahda du Subdray (ancien hôtel reconverti en centre d'hébergement pour les demandeurs d'asile). Assigné à résidence, il signait tous les matins au commissariat de Bourges et a été arrêté ce mercredi pour être expulsé à partir de demain en Italie.

En effet, il est arrivé en Europe par ce pays, où il a été contraint de laisser ses empreintes, il est donc en procédure dite « Dublin » : on va le contraindre à retourner dans un pays – l'Italie – dans lequel il NE PEUT PAS vivre.

Pourquoi ? Parce qu'aux tragédies d’avoir dû fuir son pays dans des conditions épouvantables, s'ajoute pour lui un autre drame : il souffre depuis toujours d’un très sévère bégaiement neurologique de nature génétique évalué entre 8 et 9 sur une échelle de 1 à 10, concernant les répercutions de ce handicap.

Il est incapable de formuler des phrases et tente de se faire comprendre en griffonnant quelques mots. Il ne peut pas s'en sortir dans un pays non-francophone.

Sur prescription médicale, il bénéficiait depuis un mois de l’intervention d’une orthophoniste, déléguée départementale de l’association « Parole Bégaiement » et un dossier de reconnaissance de son handicap auprès de la MDPH (Maison Départementale des Personnes Handicapées) est en cours de constitution.

Il commençait tout juste à reprendre espoir en la vie.

Les bégaiements sévères, s’ils prêtent encore à sourire, ne sont pas que cause d’isolement social : dans son état actuel, il lui sera impossible d’apprendre ne serait-ce qu’un peu d’Italien, de faire valoir ses droits à la demande d’asile ou même de se débrouiller au quotidien pour survivre en Italie. Et il n’aura aucun espoir d’améliorer sa situation, la rééducation orthophonique étant tout à fait impossible dans une langue inconnue.

Nous attirons l’attention sur la nature spécifique de ce handicap, qui ne peut être traité qu’en terrain francophone, et qui va condamner Adama Traoré, une fois en Italie, à une vie misérable et clandestine.

La Préfecture du Cher a fait arrêter Adama mercredi 20 décembre 2017 à 10 h 30, malgré une procédure en cours. Adama avait en effet introduit, par lettre recommandée, un recours gracieux il y a une semaine, où il demandait à Madame la Préfète de lui délivrer, comme elle en a le pouvoir, en vertu du principe de souveraineté et pour raison humanitaire, un titre de demandeur d'asile en procédure normale, aux vues de son état de santé. Recours auquel elle n'avait pas encore répondu.

Nous demandons à la Préfecture du Cher de stopper en urgence le transfert en cours et de placer Adama Traoré en procédure normale, comme elle en a le pouvoir, afin de lui permettre de poursuivre ses démarches.

Nous continuons la diffusion de la pétition lancée samedi en sa faveur et adressons à ce jour une lettre à la Préfecture ainsi qu'aux médias locaux, afin que le plus grand nombre soutienne ce jeune Guinéen.

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