Lettre des demandeurs d'asile du Prahda du Subdray à la préfète

Ils ont fui des violences et en subissent de nouvelles dans l'indifférence et l'isolement alors qu'ils cherchaient un refuge et la solidarité. Le 27 novembre, des demandeurs d'asile vivant dans des conditions déplorables près de Bourges, ont marché jusqu'à la Préfecture du Cher de leur propre initiative afin de remettre une lettre écrite collectivement à Catherine Ferrier, préfète du département.

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Mme la Préfète,

Les migrations sont un phénomène que toutes les sociétés humaines ont expérimenté à un moment de leur histoire. Nous sommes poussés à émigrer à causes d’injustices, de conflits armés, d’arrestations arbitraires et de meurtres commis par des dictateurs dans nos pays d’origine.

Vous avez également pu vous rendre compte des séquestrations, de la torture et de l’esclavage subis par les réfugiés en Libye. Nous avons tous vu et vécu ces violences qui nous marquent encore.

Ce sont ces violences qui nous ont poussés à embarquer dans les « bateaux de la mort » dans l’espoir d’atteindre l’Europe par l’Italie. Arrivés là-bas, on nous a forcés à donner nos empreintes, sans jamais nous expliquer les conséquences liées à la procédure Dublin.

Ce fut un soulagement d’arriver en France, car c’est le pays des droits de l’homme, ainsi qu’une terre d’accueil.

Mais nous sommes choqués de constater le traitement qui nous est réservé, particulièrement au Prahda du Subdray. Nous avons le sentiment que nous ne sommes toujours pas reconnus comme réfugiés. On nous isole du reste de la société, comme des criminels qu’on voudrait punir.

Il semble que la région Centre soit un lieu de passage pour beaucoup de réfugiés, mais aussi l’un des endroits où le plus de demandeurs d’asile sont expulsés.

A cause de la situation au Prahda, nous souffrons de troubles psychologiques. Nous ne sommes pas non plus en mesure de nous faire soigner convenablement, alors que beaucoup portent les séquelles des tortures en Libye et ailleurs. Nous avons de grandes difficultés à nous nourrir. Nous sommes également privés d’informations primordiales, et nous ne bénéficions d’aucun accompagnement juridique, pourtant nécessaire pour nous défendre. Enfin, nous sommes privés de la possibilité d’apprendre le français, même pour ceux d’entre nous en procédure normale.

Jour après jour, des camarades sont assignés à résidence. Ils doivent alors aller pointer au commissariat de Bourges chaque matin, parfois jusqu’à 90 jours. Puis un jour, ils sont menottés et mis dans un avion contre leur gré. Ces avions les conduisent, pour la plupart, en Italie. Mais ce pays n’a rien à offrir aux réfugiés.

Les demandeurs d’asile y sont en effet abandonnés, se retrouvent sans logement ni moyen de se nourrir. Des articles de presse relatent comment des migrants africains y sont exploités dans les champs par des réseaux mafieux.

C’est également l’Italie qui verse de l’argent aux forces libyennes, selon les accords italo-libyens. Cet argent sert à empêcher les migrants de tenter de rejoindre l’Europe. Mais les camps de rétention libyens où se pratiquent l’esclavage, la torture et le meurtre ne sont pas sans rapport avec cette politique européenne.

La procédure Dublin est une loi injuste. Elle nous déshumanise et provoque de graves violences dans nos vies, à un moment où nous espérions trouver la paix. En tant que préfète, la possibilité vous est offerte de ne pas l’appliquer. Nous désirons tous pouvoir exercer notre demande d’asile en France selon la procédure « normale ». Nous souhaitons également que cessent dès à présent les assignations à résidence.

Nos vies sont entre vos mains.
Nous vous prions de croire, Madame la Préfète, en l'assurance de nos respectueuses salutations.

Les migrants dublinés du PRAHDA du Subdray et de Bourges

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