Quatre adolescents et une adolescente de 14 à 19 ans ont traversé des déserts et des mers, sans leurs familles. Après leur arrivée à Marseille, ces jeunes portent en eux l’espoir d’une nouvelle vie. Elle et ils apprennent un métier, une langue, un pays, des habitudes et répètent « Tout va bien » à leurs familles. Mais le véritable voyage ne fait que commencer
Voici Aminata Sylva, Khalil Fellague, Junior Tano , et les frères Tidiane Bane et Abdoulaye Cissé. Ce sont des MNA (mineurs non accompagnés) qui viennent de Guinée d’Algérie ou de Côte d’Ivoire. Thomas Ellis journaliste et producteur les a rencontrés à Marseille à son retour d’Inde. Plutôt que "raconter" un parcours il propose une immersion dans le quotidien de ces 5 adolescents en mettant l’accent sur leur courage, leur "soif de vivre " . Et cela passe par la volonté d’oublier tout ce qui a précédé leur arrivée à Marseille. Et si lors de conversations avec des travailleurs sociaux, des éducateurs on peut deviner les souffrances endurées - "il faisait très froid, c’était très dur" tous les 5 refusent de se lamenter, tous les 5 sont animés par cette volonté d’aller de l’avant "Tout va bien" c’est ce qu’ils affirment régulièrement lors de conversations téléphoniques avec leurs parents. ( propos conjuratoires?)
Certes le film s’ouvre sur les remous verdâtres de profondeurs abyssales avec un corps comme silhouetté entre mort et vie; certes l’aspect cauchemardesque d’une "traversée" est mis en exergue... Désormais l'omniprésence de la mer, des vagues spécifiques de la cité phocéenne est traitée comme un personnage à part entière. Marseille, la cité de tous les possibles ne sera pas "tombeau", elle est filmée avec délicatesse en surplomb ou en contre plongée, en plan large ou plus serré
Raconter "autrement" la migration, donner un visage en lieu et place de chiffres (censés alarmer les partis qui prônent l’exclusion ou dicter les politiques des gouvernants) c'est le parti pris du documentariste ; il prend le temps d’écouter ces adolescents, de leur donner la parole dans un montage alterné, tout comme il salue avec une admiration non feinte la sollicitude des travailleurs qui les prennent en charge, encadrent leurs activités. Rendez-vous à la préfecture, démarches administratives, préparation au bac, entraînement au foot, stage en restauration, etc Toutes les activités illustrent 5 trajectoires certes différentes mais chaque parcours va marquer le passage à l’âge adulte.
Adolescence et immigration se répondent comme des métaphores l’une de l’autre. Devenir adulte et arriver dans un nouveau pays relèvent d’une même construction, avec hésitations et désirs La peur (situation irrégulière, maîtrise de la langue, suspicion,) est chevillée au corps et le voyage terrifiant qu'ils réalisent révèle un comportement ordalique. Ces adolescents mettent en jeu leur vie : si je passe cette épreuve, cette aventure, comme ils disent, ma vie vaut le coup d'être vécue. Et puis ils arrivent seuls, sans parents, ils n'ont pas d'autres options que celle de réussir."(propos du réalisateur)
La longue conversation d’Aminata avec sa mère (désormais "majeure" elle veut décider SEULE de son avenir), la lecture par Junior d’un extrait d'une lettre de St Paul (?) lors de la venue du pape François à Marseille en septembre 2023, moments intenses qui échappent à la fugacité de l’instant
Un documentaire sensible, à hauteur d'ados, drôle parfois, à ne pas bouder; utile il devrait être proposé dans les établissements scolaires mais aussi à ceux qui siègent dans l'hémicycle de l’Assemblée …