Colette Lallement-Duchoze

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Billet de blog 15 novembre 2025

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Ecarlate de Christine Pawlowska (Ed du sous-sol)

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Initialement publié en 1974 au Mercure de France, Ecarlate fut salué par une critique enthousiaste. Oublié puis ressurgi en 2014 dans une petite maison d édition (l’éditeur singulier) à nouveau « disparu » avant de réapparaître en cette rentrée 2025 en même temps que « flamme volcan tempête » de Pierre Boisson. Ce spécialiste des énigmes non résolues découvre par hasard en 2022 le texte, il est séduit ; il va mener une « enquête » sur la vie et l’œuvre de cette écrivaine morte en 1996 à 41 ans en s’interrogeant essentiellement sur le « renoncement à l’écriture »

Écarlate, livre unique d’une jeune femme de 18 ans. Ecarlate un texte dédié à sa mère à son fils Nicolas et au père Jean Servel Ecarlate un récit qui « réveille la part ardente qui est en nous »

Jamais jamais je ne deviendrai adulte. C’est l’incipit. Un incipit qui forcément résonne chez tout lecteur qui a connu les affres de la solitude, la soif de l’absolu, l’incandescence de la liberté, convaincu que « la vie et l’absolu du désir de vivre ne peuvent se regarder en face ». Un serment d’emblée scellé « entre une jeune femme et sa part la plus vive. Sa part écarlate » (Blandine Rinkel, préface). Ecarlate Couleur rouge vif. Couleur des plaies…Et de fait les occurrences du « rouge » du « sang » très nombreuses, déclinent l’écarlate dans ses sens propre et figuré (le sang de l’accouchement « cette blessure originelle », le Christ et ses larmes de sang, la musique qui ensanglante le cœur,  encadrer de rouge le discours de l’enfant aux 5000 roses dans le Petit Prince, le sang des menstrues, le goût de cendre de sang et de glu, la couleur rouge de l’écharpe, avec Manuel l’adolescente a dans la gorge des paroles sanglantes, au bar un chœur chante il est rouge, rouge de sang le cœur du poète imprudent.). Ecarlate Couleur de la rage qui va contaminer le style. Un style au rythme souvent saccadé ou haletant, aux images saisissantes, -qui font advenir des visions quasi épiphaniques célébrant Eros et Thanatos-, un style où la phrase crépite, se love, s’enroule, épouse les spasmes de la farouche sauvagerie et des serments enfiévrés mais où l’emploi de l’imparfait ou du passé simple dit la fébrilité du nevermore ? je regarde mon cœur, là où sont mes stigmates d’amour et je me dis : ceci est ma lumière et nul ne peut me la prendre.  …jamais jamais je ne deviendrai adulte Plaies béantes ouvertes aux fulgurances de l’écriture gorgées de sang et de désir !!

Composé de 25 fragments -dont le premier -et sa répétition anaphorique « j’ai aimé »- contient presque tous les autres, le texte dit avec ferveur ce que fut de 12 à 15 ans l’adolescence de Christine Pawlowska (regard rétrospectif de la jeune femme, âgée de 18 ans) Depuis le constat d’une solitude fondamentale, sa relation au frère, à la mère (détestée par trop d’amour ou de jalousie ?) jusqu’à la rencontre avec Manuel à 15 ans, leur …faux départ pour Madrid ; en passant par la rencontre décisive avec Melly,(aimée avec la terrible intensité dont mon amour était capable  à 12 ans), en passant aussi par des élans quasi mystiques et par cette tentative d’en finir avec la vie, de rompre avec l’écœurement perpétuel qui l’écrasait .lui collait à la peau…. Passagère de la nuit, de la pluie et du vent elle se plonge très jeune dans la lecture de Caligula, (mort d’avoir voulu la lune) apprivoise le Cantique des Cantiques. A un moment à l’instant où elle découvre la chair elle se sent comme souillée, se confesse, se noie dans l’étude mais très vite consciente que Ce papier est ta peau, cette encre est mon sang, j’appuie fort pour qu’il entre » elle sait que l’infini de l’amour est là dans l’éternité d’une seconde. Avec Manuel l’adolescente de 15 ans est toute « dans l’or fondu de sa tendresse » J’arracherai mon cœur afin que le dévorent les fleurs carnivores de l’amour

Le constat qui clôt le récit (après la tragédie et après la rupture définitive avec Melly) fait écho à l’incipit « moi j’aimais l’amour jusqu’à la plaie et la vie jusqu’à la mort.

Comment dès lors offrir la mer à boire à qui n’a de soif que pour un verre d’eau ?

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