Colette Lallement-Duchoze

Abonné·e de Mediapart

612 Billets

2 Éditions

Billet de blog 26 janvier 2026

Colette Lallement-Duchoze

Abonné·e de Mediapart

Chris and his brother de  Brendan Canty (Irlande 2025)

Colette Lallement-Duchoze

Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

 Avec Danny Power, Diarmuid Noyes, Emma Willis…

 Berlin 2025 Grand prix génération

Expulsé de sa famille d'accueil, Christy, 17 ans, débarque chez son demi-frère, jeune papa, qu'il connaît peu. Ce dernier vit mal cet arrangement qu’il espère temporaire ; mais Christy se sent vite chez lui, dans ce quartier populaire de Cork, se faisant des amis et renouant avec la famille de sa mère. Les deux frères vont devoir se confronter à leur passé tumultueux pour envisager un avenir commun.

Une fois n’est pas coutume, le synopsis rend assez bien compte de l’enjeu de ce film. Si Chris and his brother  débute avec le « portrait » d’un milieu ouvrier (réalisme social à la Ken Loach ?) il glisse progressivement - enjeux dramatiques à l’appui- vers une sorte d’utopie communautaire (dont le sourire sur le visage de Chris souvent fermé voire hermétique et le gros plan qui réunit les visages des deux frères dans le salon de coiffure, illustrent le scellement)

Le cinéaste a tourné avec de jeunes locaux de  Knocknaheeny banlieue ouvrière de Cork Irlande sud. Certains membres de cette communauté artistique sont doués pour le rap (surtout ne pas quitter la salle car au moment où défile le générique de fin vous les verrez se produire chacun individuellement avec talent). Cette communauté avec ses jeux, ses feux de joie, ses rituels, sa spontanéité a la force d’une thérapie plus efficace que les placements "forcés" en famille d’accueil pour ces jeunes mineurs orphelins dont Chris ! Face à elle une "bande" de mecs plus âgés, plus conventionnelle dans son virilisme son machisme, censée rappeler à Chris un pan de son passé maternel et  l'incapacité à s’y soustraire. Chris l’adolescent taciturne bagarreur navigue entre les deux…De cet affrontement, en écho d’ailleurs à celui qui oppose les deux frères (cf le titre du film, la polysémie de la conjonction "and") naît l’enjeu dramatique, sous forme de dilemme. Un dilemme qui d’ailleurs taraude Shane,  bien décidé qu'il était dans un premier temps à se "débarrasser" d’un frère encombrant … Et le jeu de l’interprète Diarmuid Noyes -assez expressif volontiers théâtral - s’oppose à celui de Danny Power tout en suggestion pour habiter comme de l’intérieur le personnage de Chris.

Le pendentif au crucifix que Chris se plaît à contempler (lui rappelant l’origine de son prénom), les images du passé sous forme de flash souvenirs (Chris enfant mère aimante), ou la cruelle évocation de l’emplacement où la mère toxico a été retrouvée morte, la bagarre, les doigts endoloris, le jeu d’accumulations ou de récurrences -doigts d’honneur, bières sifflées, junkie,- n’auront pas raison même dans leur traitement cliché, de cette émotion d’enfance qui les submerge tous….

Alors oui ce premier long métrage souffre de …et de… mais les pièges attendus (à l’instar de ceux qui balisent le cheminement de Chris) seront déjoués…

Et voici que les ciels tourmentés des paysages irlandais s’embrasent du flamboiement des feux de joie

Un film qui mérite plus qu’un détour !!

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.