Documentaire réalisé par Tamara Erde 2014 (Israël, France)
Réalisatrice franco-israélienne Tamara Erde explique dans le prologue la genèse de son projet "Je me fiais à l'histoire de mon pays racontée à l'école. J'étais patriote et voulais m'engager dans l'armée. J'ignorais tout de l'histoire palestinienne et de l'occupation. C'est pendant mon service militaire que j'ai commencé à me poser des questions et à douter. Devenue documentariste, j'ai posé ma caméra dans une école pour voir comment les jeunes appréhendent le pays et son histoire..."
Nous allons la suivre à Haïfa, Ramallah, Ibin (village arabe), Neve Shalom/Whahat al Salam (village arabe et juif), dans la colonie d'Itamar (Cisjordanie) et dans un camp de réfugiés à Naplouse. Presque toujours hors champ, elle filme une classe pendant un cours d'histoire (parfois avant et après), alternant plans d'ensemble plans moyens et rapprochés; et nous voici immergés dans ces univers (écoles publiques ou religieuses) à l'écoute de ces enseignant(e)s, à l'écoute de ces jeunes souvent matures mais qui reproduisent le discours "convenu" sur l'Autre, l'Altérité. La séquence peut se prolonger par des rencontres avec les enseignant(e)s. Une seule fois nous emboîtons le pas d'un élève isolé; l'environnement aux façades délabrées détonne avec celui de l'école orthodoxe juive par exemple...
Entre chaque séquence nous prenons la route; une route qui longe le mur de "séparation" avec ses barbelés ou qui traverse "d'arides paysages"; pas de bande-son pendant ces trajets, mais la musique troublante de Siegfried Canto. La route comme méandre vers? ou comme chemin tout tracé vers le NEANT? tant il est vrai que l'atmosphère sera de plus en plus "sombre" quand sera plus âpre mais ce faisant plus authentique le "discours" de certains intervenants...(dans l'école mixte, Raïda Aiashe peine à "expliquer" le sens de certains mots, à contextualiser, son "partenaire" juif la "corrige" sans cesse; à Ramallah Ziad Khadash abandonne la métaphore pour un discours plus réaliste sur la condition des Palestiniens ; la chercheuse en histoire de l'éducation affirme que commémorer chaque année la Shoah entretient le traumatisme au lieu de ...que la visite de camps en Pologne peut susciter la haine ou du moins conforter les juifs dans leur éthos ; et le discours de Benjamin Netanyahou que diffusent des haut-parleurs n'est qu'incitation à...sous couvert de... )
Que la manière d'enseigner l'histoire à des élèves soit déterminante dans l'interprétation du passé, dans la construction d'une idéologie, est presque un truisme. On peut "fabriquer" une pensée, la formater -surtout du côté israélien dans ce film - et ainsi dresser dans l'esprit de jeunes élèves, un MUR (incompréhension de l'autre)....à l'instar de celui qui sur presque 1000km cloisonne sépare et dont la construction a spolié les Palestiniens de leurs biens ("terre promise par Dieu"? Non, simplement "terre de nos ancêtres" corrige Raïda Aiashe, un des personnages les plus attachants du film)
Film pessimiste (sur l'avenir du Proche-Orient) diront certains; ne serait-ce pas plutôt la "cartographie" lucide d'un présent aux rares intermittences lumineuses? (cf cet enfant qui, sur un muret à l'école publique de Ramallah, lit des poèmes de Mahmoud Darwich avec son maître aux méthodes d'enseignement si originales!!!)
"les enfants aussi peuvent changer les choses" dit un enfant; "j'espère que tu réussiras là où nous avons échoué" lui répond, émue, Raïda Aiashe