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Billet de blog 3 mars 2011

«On s'en fout, petit con»

A Hendaye, hier soir, lors du conseil municipal, l'on notait une présence inhabituelle sur les bancs du public. Celle d'Irati Tobar, 24 ans, la seule rescapée (conf. article Mediapart, 21 février "Huit jeunes indépendantistes basques jouent leur va-tout" ) des huit jeunes indépendantistes basques qui avaient décidé, la semaine dernière, de dénoncer leur situation, malgré la menace d'une arrestation.

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A Hendaye, hier soir, lors du conseil municipal, l'on notait une présence inhabituelle sur les bancs du public. Celle d'Irati Tobar, 24 ans, la seule rescapée (conf. article Mediapart, 21 février "Huit jeunes indépendantistes basques jouent leur va-tout" ) des huit jeunes indépendantistes basques qui avaient décidé, la semaine dernière, de dénoncer leur situation, malgré la menace d'une arrestation.

Rappelons que ces huit jeunes, ressortissants espagnols, vivaient depuis quelques mois au Pays basque français, sans se cacher. La cause? Ils font tous partie d'un mouvement de jeunes Segi, interdit en Espagne - mais pas en France - , et, de ce fait, ils sont soupçonnés par la justice espagnole d'entretenir des liens avec ETA. Tout au long de la semaine dernière, ces huit jeunes ont investi la salle omnisports d'Ispoure (Pays basque français), avec l'autorisation du maire, ils ont tenu des conférences de presse afin d'expliquer leur situation à tous ceux qui ont bien voulu venir à leur rencontre. "Nous avons fui notre pays à cause de deux coups de filets de la police en novembre dernier, où nombre de nos camarades appartenant à Segi ont été arrêtés. Pour avoir exprimé nos opinions politiques, nous risquons un mandat d'arrêt européen qui peut nous conduire à passer douze ans de détention dans les geôles espagnoles. Par cette action, nous voulons sensibiliser l'opinion publique sur le fait que le mandat d'arrêt européen est utilisé à des fins politiques. Deuxième dénonciation. La torture. Nous savons, - certains d'entre nous, en ont fait la dure expérience -, qu'elle nous attend si l'on venait à nous arrêter . "

La semaine dernière, aucun incident n'a été à déplorer à Ispoure. Samedi 26 février, à l'issue de la mobilisation, pour plus de protection, chacun de ces huit jeunes a été hébergé chez un élu du Pays Basque. Des élus arbertzale (patriote) ainsi qu'une conseillère régionale (Vert). C'était sans compter avec la pluie d'arrestations qui allait déferler. Les quatre premières arrestations ont eu lieu à Bayonne, lundi 28 février et mardi 1° mars. Alaia Zaldivar, 24 ans sous le coup d'un arrêt de mandat européen, Bergoi Madernaz Del Pozo, 23 ans, Beñat Lizeaga 22 ans et Aitziber Plazaola, 25 ans, à qui le parquet a notifié le même mandat, "dans l'attente que les originaux émanant de Madrid, a spécifié un magistrat à l'AFP, arrivent". Les quatre jeunes gens ont tous été placés en détention.

Arrestations musclées

Mercredi 3 mars, à Arcangues, le Collectif "Contre le mandat d'arrêt européen" avait organisé, une conférence de presse, où les élus qui offraient un toit à ces jeunes de Segi, devaient témoigner de leur action. Mais, c'est d'un tout autre témoignage qu'il s'est agi. Deux des élus, sous le choc de l'émotion, ont raconté l'arrestation qui venait de se dérouler sous leurs yeux. Celle des deux frères Xalbador et Jakint Ramirez Krutz, 20 et 23 ans. Les deux jeunes hommes avaient pris place dans la voiture des élus. A Saint-Pée-sur-Nivelle, des policiers armés, cagoulés, à bord de trois voitures, les ont interceptés. "J'ai avancé notre statut d'élu. On m'a répondu "on s'en fout, petit con", a précisé Jean-François Bederede, aux journalistes.

Le septième de ces huit jeunes, Endika Perez, 23 ans, présent lors de la conférence de presse, a tenté de regagner le domicile d'une élue à Urrugne. Nouvelle arrestation musclée. Selon Jean-François Bederede : "une vitre arrière de la voiture a été cassée et une élue frappée." Une plainte, de la part des élus, est à l'étude.

Restait hier soir la huitième membre du groupe. Dans l'après-midi, Irati Tobar a rencontré le maire d'Hendaye, des conseillers municipaux et le conseiller général du canton. Elle a fait des démarches auprès des services sociaux. Lors du conseil municipal qui avait lieu dans la soirée, l'élu abertzale a demandé de ne pas participer au vote en signe de protestation contre les arrestations, pour le moins, intempestives.

Les heures de liberté d'Irati Tobar sont comptées. " J'essaie de vivre normalement, avec la peur au ventre,"murmure-t-elle. Samedi 5 mars, une chaîne humaine est appelée à se former à Bayonne en protestation à ces pratiques.

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