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Billet de blog 15 mars 2011

Cinq élus portent plainte contre X

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Jeudi 10 mars, cinq élus du Pays basque, Thérèse Perez Halsouet, conseillère municipale abertzale (patriote) à Urrugne, Eliane Etcheverria et Jean-François Béderède, conseillers municipaux abertzale à Saint-Pée-sur-Nivelle, Lucie Oillarburu Oxandaratz, conseillère municipale à Gamarthe et Marie-Alice Leiciagueçahar, conseillère régionale (Vert), ont porté plainte contre X devant le Parquet de Bayonne. Selon leur avocat, Me Filipe Arramendi, cette plainte repose sur deux fondements. « D’une part, des violences volontaires aggravées commises par des personnes dépositaires de l’autorité publique en l’occurrence des policiers, avec menaces d’une arme et, d’autre part, pour l’un des plaignants, la dégradation volontaire d’un bien privé. » L’enquête devrait être diligentée par « la police des polices ». Il appartiendra ensuite au Procureur de la République de Bayonne de décider si l’infraction est constituée ou pas.

Rappelons pour mémoire (conf. articles Mediapart) que ces élus avaient déclaré publiquement leur intention d’héberger huit jeunes membres de Segi, mouvement de la jeunesse interdit en Espagne, mais pas en France, pour ses liens présumés avec ETA. Huit jeunes qui avaient fui le Pays basque espagnol et avaient décidé de vivre au grand jour au Pays basque français en investissant une salle municipale à Ispoure durant la semaine du 21 au 25 février. Une semaine durant laquelle ils ont expliqué leur situation et donné des conférences. Ils disaient avoir échappé à deux rafles policières au Pays basque espagnol et s’être réfugiés au Pays basque français pour « échapper à leur incarcération en Espagne et aux tortures qu’ils ne manqueraientpas de subir. » Raison pour laquelle les élus avaient annoncé qu’ils offraient un toit à ces jeunes dénonçant «la politique répressive menée par l’Espagne (…) où ces jeunes risquaient la torture et l’emprisonnement pour avoir exprimé leurs opinions politiques ».

Confusion totale

C’était sans compter sur les mandats d’arrêts européens lancés à l’encontre des huit membres de Segi. La semaine dernière, sept d’entre eux ont été arrêtés par des policiers en civil, cagoulés et pistolets au poing. C’est dans ces circonstances que les élus qui les accompagnaient ont assisté à ces arrestations, et expliquent avoir été également molestés. «Nous avons été menacés, insultés, témoigne Jean-François Béderède. Ces arrestations ont été effectuées dans une confusion totale. Ils ont cassé la vitre arrière de l'une de nos voitures. L’une d’entre nous a été mise à terre et malmenée. Une autre a eu une blessure à la jambe. Alors que nous faisions état de notre statut d’élu. C’est pourquoi nous avons décidé de porter plainte. » A l’heure actuelle, seule Irati Tobar, une des huit membres de Segi, est encore en liberté. Elle se trouve à Hendaye où elle poursuit une grève de la faim. Elle est accompagnée dans sa démarche par deux élus abertzale, Iker Elissalde (Hendaye) et Xabi Irigoien (Bricous).

Motion

Hier soir, lors du conseil municipal de Saint-Pée-sur-Nivelle, une motion a été prise à l’unanimité avec deux abstentions. « Dans un contexte de résolution du conflit politique basque, des personnes risquent pour avoir affiché publiquement leurs opinions politiques, des années de prison ainsi que la torture, pratique courante des forces espagnoles, dénoncée à plusieurs reprises tant par Amnesty International, que par de nombreux témoignages de personnes ayant subi des tortures et par la Cour européenne des Droits de l’Homme de Strasbourg. C’est pour cela que des jeunes militants de Segi (organisation interdite dans l’état espagnol mais légale dans l’état français) de nationalité espagnole se sont réfugiés au Pays Basque nord. Dénonçant la répression qu'ils (elles) subissent, ils (elles) entendent ainsi continuer leur action politique, qu’ils (elles) ont toujours mené de façon publique. Ces huit jeunes risquent d’être sous le coup d’un mandat d’arrêt européen. Comme pour Aurore Martin, les libertés élémentaires que sont les droits d’expression, de réunion, d’opinion sont bafoués. Poursuivis pour leur appartenance à Segi, ils (elles) risquent d'être remis à un état où sévissent des juridictions d’exception et la torture. Dernièrement sept de ces jeunes ont été arrêtés. La violence de ces interpellations sous l’œil d’élus qui ont été, quant à eux, insultés, menacés avec des armes, et violentés par la police française, ne peut être toléré dans une démocratie. Nous condamnons la violence qu’ont subi ces conseillers municipaux et régionaux élus démocratiquement, nous refusons que ces jeunes soient livrés aux mains d’un état condamné pour avoir violé l’article 3 de la Convention Européenne des Droits de l’homme, qui interdit la pratique de la torture et demandons le retrait du mandat d’arrêteuropéen pour des faits politiques. »

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