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Billet de blog 25 mai 2011

Aurore Martin contrainte à la clandestinité, Hessel, Jacquard et les autres indignés

Il s'agit d'une première en France. Si depuis la mise en vigueur du mandat d'arrêt européen de nombreux basques espagnols (1) ont été remis à la justice espagnole, jamais cela n'avait été le cas pour un ressortissant français. Jusqu'à l'affaire Aurore Martin.

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Il s'agit d'une première en France. Si depuis la mise en vigueur du mandat d'arrêt européen de nombreux basques espagnols (1) ont été remis à la justice espagnole, jamais cela n'avait été le cas pour un ressortissant français. Jusqu'à l'affaire Aurore Martin.

Cette ressortissante basque française, âgée de 31 ans, fait l'objet d'un mandat d'arrêt européen (MAE). Un mandat délivré par l'Audiencia nacional espagnole et avalisé par la Cour de cassation en France, le 16 décembre 2010. Rappelons pour mémoire que la justice espagnole reproche à la jeune femme (2) d'avoir publiquement, au Pays basque espagnol, pris la parole lors d'une conférence de presse au nom de Batasuna. Un parti interdit en Espagne - qui le soupçonne de liens présumés avec ETA-, mais légal en France. Cette application du MAE à l'encontre d'Aurore Martin pourrait se traduire par son transfert en Espagne où elle risque douze ans de prison. C'est pourquoi depuis la fin de l'année 2010, Aurore Martin a pris le "maquis".

Cinq longs mois se sont écoulés depuis. Cinq longs mois durant lesquels la jeune femme a accordé de loin en loin des interview (Journal du Pays Basque, Libération, Sud-Ouest ...), s'est présentée aux élections cantonales comme suppléante sur le canton de Tardets ( EH Bai, Pays basque Oui), sans que pour autant sa situation juridique trouve une issue. Et ce, malgré les nombreuses voix qui se sont indignées dès l'application du MAE à son encontre. A titre d'exemple, quelque 80 élus - dont le sénateur-maire Didier Borotra ou le vice-président du Conseil général des Pyrénées-Atlantiques Kotte Ecenarro - ont déclaré publiquement qu'ils cacheraient Aurore Martin si cette hypothèse s'avérait nécessaire. Diverses associations de défense des droits de l'homme ont également donné de la voix. En vain! Aujourd'hui, le Collectif contre le MAE a décidé de passer à la vitesse supérieure en rédigeant un manifeste "Pour l'abrogation des législations d'exception en Europe".

Stéphane Hessel, l'un des premiers signataires

Une centaine de personnalités diverses et de premier plan (3) ont signé ce manifeste. L'un des tout premiers à le faire a été Stéphane Hessel. L'écrivain a fait beaucoup d'émules et de nombreux noms s'ajoutent à la liste déjà conséquente de ce manifeste.

" Dans cette période de crise où se multiplient luttes et résistances, il est facile d'imaginer l'utilisation qui peut-être faite du MAE au niveau européen, explique Claude Larieu, représentant NPA, signataire et membre du collectif. De fait, le MAE est un outil liberticide (...) cette procédure visait à simplifier les procédures d'extradition utilisées jusque-là pour remettre à un Etat européen un ressortissant d'un autre Etat de l'Union. En réalité, elle fait disparaître les quelques contrôles que prévoyait cette procédure. Aujourd'hui, elle est expéditive et le tribunal se contente d'examiner la forme de la demande et en aucun cas le fond (...). De plus, elle permet de passer sous silence l'utilisation de la torture, notamment par les forces de police espagnoles, pourtant largement dénoncée par de nombreuses organisations internationales de défense des droits de l'Homme, parmi lesquels Amnesty International, le Comité contre la Torture de l'ONU, etc."

A la suite de ce manifeste, le collectif appelle à une mobilisation " pour l'abrogation du mandat d'arrêt européen tel qu'il existe, pour la liberté d'Aurore Martin et pour l'abrogation de toutes les législations d'exception en Europe" de tous les citoyens et de l'ensemble des organisations et associations démocratiques, le 18 juin, à Biarritz, Halle d'Iraty. Selon le collectif, "le cas Aurore Martin crée un précédent. Avec cette nouvelle étape, la France criminalise, sous le prétexte de "lutte contre le terrorisme", les expressions politiques." Anaiz Funosas, porte-parole, précise : " demain, le MAE pourra s'appliquer à n'importe quel militant politique ou syndical. "

Enfin, tous déplorent le fait que cette affaire survienne aujourd'hui : " à la veille de changements importants. La sortie du conflit politique, le dernier de cette ampleur en Europe, est envisageable et se met en place. C'est une opportunité historique à saisir. Nous avons toutes et tous un rôle à y jouer, partis politiques, syndicats, associations et citoyens."

(1) Médiapart "Chaîne humaine contre le mandat d'arrêt européen"

(2) Médiapart "Huit jeunes de Segi jouent leur va-tout"

(3) Cécile Duflot, Henri Leclerc, José Bové, Albert Jacquard, Olivier Besancenot ..ect.

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