Qu'on en juge, la même année, nous affrontons :
- l'écriture et la soutenance d'un mémoire scientifique à visée professionnelle,
- une quantité considérable d'examens en tout genre dans de nombreuses disciplines sur table et sur dossiers,
- un concours qui décidera de notre sort et que nous préparons parallèlement,
- une responsabilité, en stage filé à raison d'une journée par semaine auquel s'ajoutent des stages massés.
Trop, c'est trop ! Ici à l'INSPE de Lille par exemple, concernant les examens du Master au semestre 3, nous nous sommes sentis dépassés par pas moins de cinq épreuves écrites et trois dossiers. La charge de travail nous contraint à faire des choix qui conduisent davantage à "produire a minima dans une logique de quantité", plutôt qu’à "nous engager dans le souci de l’exigence et de la qualité". Est-ce vraiment un projet en cohérence avec la réforme des INSPE ? Est-ce ainsi que vous concevez la cohérence entre une formation professionnelle et le métier que nous allons exercer (et exerçons déjà pour une part d’entre nous) ? Il y a de notre point de vue des paradoxes particulièrement saisissants. Au-delà de la quantité qui nous accable, nous souhaitons également attirer l'attention sur le rythme qui nous est imposé. Le sentiment de surcharge s'articule en effet avec un calendrier universitaire qui semble peu (mal ?) concerté avec le calendrier académique. La distribution des différentes échéances d'examens, concours et responsabilités, est intenable. A nouveau par exemple à l’INSPE de Lille, les épreuves se sont déroulées une semaine après notre stage massé en responsabilité, durant lequel nous nous sommes pleinement investis. Si choisir c'est renoncer, à quoi devions-nous renoncer ? Nous avons choisi pour la plupart d'entre nous d'être à la hauteur de la mission qui nous a été confiée auprès des enfants. Nous sommes donc arrivés aux épreuves à bout de souffle, trop peu préparés, sans connaître explicitement les attendus de certaines épreuves.
Quelles conséquences ? En ce mois de février, il semblerait qu’une écrasante majorité d’étudiants n'ait pas satisfait aux attendus, au regard de l'échelle de mesure que vous avez initiée cette année. Or, cette session 2 se déroulera un mois avant le concours ! Nous apprenons également que cette situation est inégale selon les académies, car Lille n'a pas fait le choix d'autres académies avec lesquelles nous établissons actuellement des contacts. Cette situation ne fait que conforter nos inquiétudes, pour ne pas dire notre colère grandissante, à l’égard de l’organisation de ce master. La non-compensation des BCC pour valider un semestre et des semestres entre eux pour valider l’année universitaire tend à amplifier les tensions que nous ressentons et partageons quotidiennement entre nous. Certains étudiants se préparent d’ores et déjà à redoubler leur année, augmentant la précarité dans laquelle ils se trouvent, si ces conditions particulièrement exigeantes s’appliquent sans discernement. Il faut l'écrire et le faire savoir, même si personne ne l'ignore, nombre d’entre-nous se retrouvent confrontés à des situations psychologiques très préoccupantes (crises d’angoisse, volonté d’abandonner la formation, ...etc.).
Nous espérons que vous pourrez apprécier encore mieux, à l’appui de ce témoignage largement partagé chez les étudiants, cette situation très préoccupante, qui mérite de lourds réajustements de la part des décideurs. Nous pensons également à ceux qui nous suivrons, en s'engageant dans un Master MEEF PE. Qu'ils se préparent à subir une pression évaluative destructrice mentalement, si aucune transformation importante n'est envisagée. En tant que futurs professeurs des écoles (et pour beaucoup déjà en responsabilité), nous apprenons à transmettre et évaluer positivement dès la maternelle, avec bienveillance et mesure. "Évaluer, c'est donner de la valeur", avons-nous appris. Là, nous avons le sentiment chaque jour d'en perdre. Comment engager avec des élèves demain ce que nous vivons tout autrement aujourd'hui ?
Collectif d'étudiant.es en Master MEEF 1er degré - Inspé de Lille