Crise du logement à Marseille: lettre ouverte au ministre Julien Denormandie

Cette lettre ouverte a pour but d'interpeller l'Etat suite aux effondrements de la rue d'Aubagne le 5 novembre 2018, quant à la non application d'une charte de relogement élaborée par un collectif d'habitants et d'associations. Elle est écrite après la démission récente de l'adjointe municipale au logement. Une grande manifestation est annoncée le 25 janvier avant le procès d'un militant du C5N.

Lettre ouverte à l'adresse de Monsieur DENORMANDIE, Ministre du Logement

Marseille, le 16 janvier 2020

Monsieur le Ministre,

A Marseille, depuis le drame de la rue d’Aubagne de Novembre 2018, les évacuations d’immeubles et les arrêtés de péril ne s’arrêtent pas. Tous les arrondissements sont concernés : on compte en moyenne 15 arrêtés de péril chaque mois en 2019.

La situation des habitants délogés a été prise en compte dans une charte garantissant leurs droits. Cette charte, co-construite avec un collectif Inter-associations, la Ville et l’Etat, fait l’objet d’un Comité de Suivi régulier, dont l'objectif est de mesurer l’avancée de sa mise en œuvre. Cependant, et malgré nos alertes répétées, celle-ci n’est toujours pas appliquée. La démission de Madame Arlette Fructus de sa délégation au logement en atteste de manière indiscutable.

Il faut maintenant une réponse, cette crise ne peut plus attendre. Nous vous exposons quelques points parmi les plus urgents sur lesquels il faut agir, immédiatement :

  • l’insuffisance du parc de logements relais

  • le manque d'offre de logements définitifs adaptés aux ressources des personnes délogées (et notamment de logements très sociaux avec un rééquilibrage nécessaire de l'offre par arrondissement)

  • la mise en œuvre de mesures spécifiques concernant la pratique marseillaise de baux verbaux afin que tous les délogés soient pris en compte par le dispositif inscrit dans la charte

  • l'insuffisance de l’accompagnement des propriétaires occupants

  • l'absence de coordination des services d’hygiène et de salubrité et de gestion des risques (une réorganisation des services avait été envisagée mais n'a jamais réellement aboutie)

  • la difficulté de sécurisation (nombreux cambriolages...) et d’accès aux biens personnels dans les immeubles évacués

Pour répondre à cette crise, crise humanitaire qui ne fait que s'amplifier dans la deuxième ville de France, nous demandons au plus tôt :

  • la réquisition de logements vides pour constituer un parc relais à la mesure des besoins

  • la mise en œuvre d’une réelle action en matière de salubrité par la mise en place d’une coordination réelle et resserrée entre les services d’état (ARS et CAF) et les services municipaux d’hygiène et de gestion des risques

  • des dispositions juridiques afin que les locataires ayant conclu des baux verbaux puissent être pris en compte dans le dispositif de la charte de relogement

  • le soutien et l’accompagnement des propriétaires occupants

  • la mise en place d’une évaluation du dispositif de relogement, réalisée de manière externe, telle que prévue dans le chapitre V de la charte du relogement

  • l'intégration de nos organisations aux instances de pilotage des projets urbains, notamment PPA, SPLA et GOU.

Votre attention aux problématiques de logement à Marseille nous conduisent à solliciter votre intervention, en tant que garant de la charte de relogement, afin que tous les moyens nécessaires à son application soient mis en œuvre. Il y a urgence.

Dans l'attente de votre réponse, nous vous prions de recevoir nos respectueuses salutations.

 

Premiers signataires : Collectif du 5 novembre – Noailles en colère, Un Centre Ville Pour Tous, AMPIL, Compagnons Bâtisseurs, Ligue des Droits de l'Homme Marseille, Réseau Education Sans Frontières

 

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