Il y a un an, les parents et les enseignants du collège Félix Eboué de Petit-Bourg en Guadeloupe, réalisaient un état des lieux de leur collège. Cet état des lieux n’avait fait que confirmer leurs craintes : les bâtiments étaient insalubres. Venait s’ajouter à cette insalubrité, un problème de conformité des bâtiments face aux séismes. En effet à plusieurs reprises « ceux qui décident » laissaient entendre à mots couverts que les bâtiments n’étaient pas conformes, mais qu’il ne fallait pas trop s’en faire. On a montré à « ceux qui ne décident pas » de jolis plans, où seuls les bâtiments administratifs tenaient debout en cas de fortes secousses. On leur a dit que si ça bougeait trop il fallait vite courir se mettre à l’abri loin des bâtiments ou sous les tables en espérant que ça tienne… Bref, il fallait beaucoup de courage aux parents pour envoyer leur progéniture au collège, et beaucoup de courage aux personnels pour y venir faire cours.
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Il y a 6 mois, les parents excédés se sont mobilisés, soutenus par les enseignants. Il y a eu de belles et longues réunions. On leur a promis beaucoup de choses, mais les promesses n’engagent que ceux qui y croient. Comment ne pas croire des promesses faites au nom de l’enfance, au nom de la jeunesse d’un pays ?!
En même temps...Certains échanges auraient dû les alerter !
— Vous pouvez nous présenter le rapport sur la sismicité ?
— Oh non, vous savez ce n’est pas un vrai rapport, ce n’est que du visuel…
— Bah oui, mais on nous dit qu’il y a un vrai rapport avec des mesures, et tout et tout.
— Oui, oui mais non.
— Mais, quand même vous prenez ça avec légèreté, on parle de la sécurité des enfants !
— Mais monsieur, est-ce que chez vous c’est aux normes ?
— Bah c’est pas la question ! C’est pas public chez moi…
— Oui mais quand même, vous ne savez pas si vos enfants sont en sécurité chez vous !
Que dire face à autant de mauvaise foi ? pardon, face à autant d’adresse politique ? Pas grand-chose.
Mais sentant que les parents et les enseignants allaient grogner un peu plus fort si on ne leur donnait pas un os à ronger, « ceux qui décident » ont envoyé le Père Noel, sa grosse truelle, son chalumeau et son ciment pour réparer tout ce qui semblait un peu louche.
Il a rebouché des fissures sur les poutres qui soutiennent les escaliers et les couloirs. Il a mis des « grilles-paniers » (une toute nouvelle invention) pour récupérer les vitres qui menaçaient de tomber sur les élèves. Il a rallongé les garde-corps quand il a estimé que les 1m20 du quatrième étage n’empêchaient pas le corps d’un enfant de basculer. Mais dans sa hotte il avait encore oublié le rapport.
Il y a deux mois, les enseignants soutenus par les parents, menaient une grève d’une semaine. Dans leurs revendications ils ont « redemandé » à connaître les conclusions du rapport. Apparemment les cadeaux de Noël n’avaient pas fait illusion longtemps. Ils ont écrit une lettre à tous « ceux qui décident », ils l’ont aussi envoyé aux médias, bref ils ont fait parlé d’eux ! Alors face à toute cette agitation, on leur a encore promis des choses. On leur a dit qu’il ne fallait pas s’inquiéter plus que ça puisqu’on ferait un appel d’offre dès la fin de la grève pour faire une nouvelle étude, pour être bien sûr que la situation n’était pas si catastrophique.
Aujourd’hui, les cloches n’ont toujours pas amené le nom de l’entreprise chargée de la nouvelle étude, ni les conclusions du rapports…
Aujourd’hui les réparations du Père Noel se fissurent dans tous les sens et le bâtiment semble plus insalubre que jamais.
Aujourd’hui « ceux qui décident » n’ont pas honoré les promesses faites à « ceux qui ne décident pas ».
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