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Billet de blog 29 nov. 2022

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Du bonneteau et du ramasse-miettes

Hier, lundi 28 novembre 2022, le Collectif Élèves Protégé·e·s Rennes était reçu pour la deuxième fois en quelques semaines à la Préfecture d'Ille-et-Vilaine. Au programme, un point d'étape sur les actions engagées par l’État pour la mise à l'abri des enfants sans toit, et quelques questions autour de l'application des récentes consignes envoyées par Olivier Klein et Gérald Darmanin aux préfets.

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Après une première rencontre, le 20 octobre dernier, le collectif Élèves Protégé·e·s Rennes a de nouveau été reçu à la Préfecture d’Ille-et-Vilaine ce lundi 28 novembre. Nous souhaitions notamment faire un point d’étape avec Matthieu BLET, secrétaire général adjoint, qui nous avait déjà reçu le mois dernier, sur l’avancement des actions de mise à l’abri par ses services des enfants privés d’hébergement à Rennes. Sabine GIRAULT, directrice adjointe de la DDETS (Direction départementale de l'emploi, du travail et des solidarités), était également présente à ce deuxième rendez-vous.

Avant de faire un compte-rendu de notre rencontre avec M. BLET et Mme GIRAULT, il nous apparaît indispensable de revenir sur le contexte politique de cette entrevue, contexte qui n’est pas sans conséquence sur les discussions que nous avons pu avoir avec nos interlocuteur·rice·s.

Le 19 octobre dernier, interpellé par Collectif des associations unies (CAU), l’UNICEF, la FCPE et Jamais sans Toit, le ministre de la Ville et du Logement, Olivier KLEIN, s’engageait publiquement à ce qu’il n’y ait « aucun enfant à la rue cet hiver ».

Le lendemain, le 20 octobre, Matthieu BLET, qui nous recevait alors pour la première fois, nous disait attendre les consignes précises du ministre KLEIN, suite à ses annonces, et les moyens nécessaires à leur mise en œuvre.

Le 10 novembre, dans un courrier adressé aux préfets, Olivier KLEIN annonçait faire de « l’identification rapide de solutions pour tous les enfants sans domicile dont la situation est portée à [leur] connaissance, et ce quel que soit leur statut administratif » une « priorité » .

Le 17 novembre, ces mêmes préfets recevaient de la part de Gérald DARMANIN, ministre de l’Intérieur et des Outre-mer, d’autres consignes relatives au traitement des personnes en situation irrégulière sur le territoire français. Le ministre, regrettant un trop faible taux d’exécution des Obligations de quitter le territoire français (OQTF), les enjoignait, dans un texte que nous jugeons d’une rare violence, de faire le maximum pour « améliorer encore ce résultat » et « d’appliquer à l’ensemble des étrangers sous OQTF la méthode employée pour le suivi des étrangers délinquants ». Nous rappelons que nous parlons ici d’enfants et de leurs familles, fragilisés par l’exil, et dont le seul tort est, a priori, d’être en France en situation irrégulière.

Voilà pour le bref rappel du contexte, qui éclairera sans doute les réponses de la Préfecture, et dont nous retiendrons quelques éléments notables.

D’abord, nous avons pu constater combien la Préfecture, volontairement, se voile la face sur le nombre d’enfants actuellement à la rue. La liste des personnes en demande d’hébergement sur laquelle se base la Préfecture, récupérée auprès du SIAO (qui gère les appels au 115, numéro unique d’urgence pour les personnes sans-abri), contient majoritairement les noms de personnes en demande d’asile (dont les dossiers sont encore en cours d’examen) ou de réfugiés, ce qui les protège par conséquent d’une expulsion à court terme du territoire français. Sont donc exclus de cette liste tous ceux qui, en situation irrégulière et craignant d’être renvoyés vers leur pays d’origine, souvent las d’une interminable attente quotidienne au standard d’un 115 qui ne parvient que trop peu souvent à leur trouver une solution d’hébergement d’urgence, n’appellent plus. Les associations, les bénévoles et salarié·e·s qui les composent, les services publics, toutes les personnes engagées sur le terrain savent combien ces personnes, ces enfants, sont nombreux : ne pas les voir, et c’est pratique, c’est ne pas avoir à leur chercher de solution d’hébergement.

Par ailleurs, malgré les annonces d’Olivier KLEIN, qui suggérait un effort exceptionnel, Matthieu BLET nous a confié qu’aucune enveloppe supplémentaire n’avait été affectée à la Préfecture pour remplir sa mission. Et pour cause : aucune place d’hébergement supplémentaire n’a vocation à être ouverte dans le cadre de cette mission de mise à l’abri des mineur·e·s. Nous reconnaissons l’habileté de la communication d’Olivier KLEIN, mais il sait comme nous que sans rallonge budgétaire, la Préfecture n’a comme outils à sa disposition que bonneteau et ramasse-miettes. Nous ne sommes pas dupes.

Enfin, et c’est peut-être l’information principale de notre entre entretien avec les services de la Préfecture, nous souhaitions savoir de quelle manière allaient être arbitrées et appliquées les directives d’Olivier KLEIN et de Gérald DARMANIN : l’accueil prétendument inconditionnel de tous les enfants, demandé par le ministre du Logement, concernait-il également les enfants en situation irrégulière sur le territoire et qui, de facto, selon le Ministre de l’Intérieur, doivent être traités comme des délinquants et expulsés au plus vite ? Après avoir longtemps tergiversé, Matthieu BLET nous a finalement accordé que si, en théorie, les enfants dont les parents sont en situation irrégulière devaient également être logés par l’État, l’expulsion du territoire demeurait possible avant la fin de l’hiver, et primait sur toute mise à l’abri. C’est évidemment un arbitrage honteux, qui va pousser ces familles et ces enfants à se cacher plus loin encore dans les limbes. Nous le remercions quand même d’avoir clarifié l’engagement de l’État et de ceux qui sont chargés d’en appliquer les consignes, à la Préfecture.

Nous sommes, pour l’instant et comme toutes les associations apportant leur aide quotidienne aux enfants à la rue, exclus des réunions hebdomadaires mises en place par la Préfecture à la demande d’Olivier KLEIN. Nous demandons à ce que la société civile soit désormais représentée dans ces rencontres, à travers un ou des représentants de notre collectif et/ou des associations.

Nous demandons également à Olivier KLEIN de bien vouloir recevoir instamment notre collectif ainsi que, s’ils le souhaitent, les autres collectifs de parents d’élèves engagés partout en France dans cette lutte pour la mise à l’abri des enfants sans toit, afin qu’il nous précise, en personne, ce qu’il compte concrètement mettre en place pour atteindre l’objectif qu’il s’est lui-même fixé, oubliant, opportunément sans doute, que l’hébergement d’urgence inconditionnel est une compétence exclusive de l’État.

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