Passée sous silence pendant des années, le Covid a fait ressortir la crise de l’hôpital dans le débat public. Mais un an après les élections présidentielles de 2022 et les promesses faites concernant le redressement de notre système de santé, rien d’essentiel n’a été entrepris. La course aux économies de court-terme engagée depuis plus d’une dizaine d’années, dans un esprit de Now Public Management (NPM) a abouti à une déstructuration du maillage territorial et à une emprise technico-administrative de plus en plus importante, éloignant de plus en plus les directeurs d’hôpitaux du terrain.
La gestion des infrastructures de soin sur le modèle entrepreneurial ne peut conduire qu’à des décisions malheureuses, incapables de répondre à la demande de soin exprimée par les patients. Un exemple donné par le médecin urgentiste Gérald Kierzek révèle l’absurdité d’une telle gestion : « Autre exemple frappant d'un chef de service de chirurgie à qui un des multiples sous-directeurs fraîchement moulu de l'EHESP après un parcours sûrement brillant à Sciences Po a demandé de choisir entre les petites, les moyennes et les grandes pinces pour ouvrir un thorax ! Des économies s'imposaient et une seule taille allait être choisie au marché public, sans tenir compte de la nécessité technique et anatomique d'avoir trois tailles ! » La suppression des lits de réanimation est de même nature : une volonté d’économies sur le court-terme qui ne prend pas en compte la réalité des besoins et des attentes. Une fois encore, on a voulu mettre la charrue avant les bœufs en discutant des économies à réaliser avant de parler des besoins à pourvoir et des missions à remplir.
La question de la gouvernance est donc à poser. Il est urgent de remédicaliser les décisions et de redonner le pouvoir aux soignants. Ils sont les seuls à même de réallouer les dépenses en fonction des besoins et de leur utilité pratique. Les seuls à pouvoir rendre à notre système de santé sa performance tout en faisant, peut-être, des économies par une meilleur allocation des ressources. Mais cela sera la conséquence d’une bonne gestion due à une connaissance du terrain, et non d’une logique comptable ayant pour seul objectif de couper dans le budget.
L’autre conséquence de ce modèle de New Public Management est la déstructuration territoriale de notre réseau de santé. Entre le premier échelon (la médecine ambulatoire) et le troisième échelon (les CHU), nous devons recréer le second maillon de notre système de soin : les hôpitaux de proximité, qui sont des infrastructures à taille humaine indispensables. La suppression de ces entités au profit d’une concentration de la prise en charge au sein des CHU pour des raisons budgétaires a eu des conséquences significatives sur la prise en charge des patients et la qualité des soins.
Comme souvent, c’est donc une vision budgétaire court-termiste qui a entraîné une dégradation de notre système de santé. La crise du Covid a au moins eu de positif d’avoir remis ce débat sur le devant de la scène, mais il faut maintenant que les actes se joignent à la parole et aux promesses. Les Français veulent être soignés correctement, mais nous ne pourrons accéder à cette demande qu’en sortant d’une logique comptable pour entrer dans une logique soignante.
Collectif Hippocrate