2020, année du Covid et de la répression au travail!

L’année 2020, tristement célèbre en raison de la crise sanitaire, aura aussi été celle d’une généralisation sans précédent de la répression au travail. Aucun secteur de la vie professionnelle n’aura été épargné. Que ce soit dans le public ou dans le privé, les licenciements, les poursuites judiciaires ou disciplinaires se sont multipliés.

L’année 2019 s’était achevée sur la constitution d’un mouvement social historique contre la réforme des retraites. Du 5 décembre 2019 au 20 février 2020, il ne fut pas un jour sans grèves, manifestations ou blocages. Au même moment, les journées de grève et de mobilisation se multipliaient dans l’Éducation nationale en opposition à la réforme du lycée.

En résumé, la défiance était totale et la grève, générale…

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La riposte gouvernementale et patronale le fut tout autant. Les travailleuses et les travailleurs des secteurs les plus mobilisés contre la réforme des retraites, tels que la SNCF, la RATP ou bien encore La Poste assistent aux suspensions, voire aux procédures de révocation de représentant·es syndicaux·ales auxquels les directions attribuent le rôle de « meneurs ». Ce fut notamment le cas d’Alexandre El Gamal et Ahmed Berrahal à la RATP ou bien encore de Vincent Fournier à La Poste.

Même chose dans l’Éducation nationale : un peu partout en France, des enseignant·es sont menacés de procédures disciplinaires pour s’être mobilisés contre la réforme du lycée. D’autres se voient même suspendus puis lourdement sanctionnés à l’instar des 4 enseignants de Melle dans les Deux-Sèvres. A l’Université, les mobilisations contre Parcoursup ont été lourdement réprimées et se sont payées très cher en cette année 2020 à l’image de Victor et Roga, étudiants à la faculté de Nanterre, qui ont été respectivement condamnés à 4 mois de prison avec sursis et 6 mois de prison ferme en première instance pour avoir participé à une assemblée générale, violemment dissoute par les forces de l’ordre.

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Le gouvernement sera allé jusqu’au bout de son bras de fer avec les mouvements sociaux : le recours à l’article 49-3 concernant la réforme des retraites fut d’ailleurs le symbole de son impuissance à renverser la défiance populaire. Malgré les tentatives de passage en force, le gouvernement a bien été contraint de prendre acte de l’impopularité de ses réformes, bien qu’il ne l’ait fait qu’à demi-mot, sous couvert de crise sanitaire. Le bilan est pourtant sans appel : la réforme des retraites est ajournée ; les Épreuves de Contrôle Continu (dites E3C), symboles de la nouvelle réforme du lycée, annulées pour l’année 2020-2021.

Mais ces concessions temporaires ont un prix : il fallait que quelques-uns payent pour l’indignation de tous. De plus, la généralisation de la répression au travail permet de préparer le retour en force de ces réformes. Avant de les remettre au goût du jour, il faut commencer par « mater » la contestation afin d’éviter une « deuxième » vague de mobilisations. Faire mine de reculer, pour mieux enjamber ou plutôt piétiner celles et ceux qui ont lutté contre ces réformes : telle est la stratégie d’un pouvoir adepte de la théorie de l’éternel retour (en force).

A la crise sociale et politique est venue s’ajouter, dès le mois de mars, une crise sanitaire sans précédent. A ses débuts, cette dernière semblait avoir permis une redéfinition de notre conception du monde du travail à travers notamment la revalorisation sociale de certaines catégories professionnelles. Nous nous sommes rendu compte que nous avions cruellement besoin d’infirmier·ères, d’aides soignant·es, de livreur·ses, de caissier·ères et de bien d’autres professions, depuis trop longtemps malmenées ou méprisées. Pourtant, celles et ceux que nous avons célébrés comme des héros n’ont, pas plus que les autres, échappé aux mesures répressives, dès lors qu’ils ou elles ont osé dévoiler au grand jour des dysfonctionnements, ou bien encore tenté d’exprimer des revendications quant à leurs conditions de travail, une fois le premier confinement levé.

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En effet, des soignant·es ont été l’objet de procédures disciplinaires pour n’avoir fait qu’alerter sur le manque de protections attribuées au personnel en pleine crise sanitaire : c’est le cas notamment d’Anissa Amini, aide-soignante dans un EHPAD ou bien encore des infirmiers du Rouvray.

Les employé·es de la grande distribution aussi ont très vite payé la rançon des éloges qui leur avaient été faites : 18 employé·es de Monoprix ont été trainés en justice pour avoir pris part à une manifestation contestant les modalités d’attribution d’une prime Covid qui leur était normalement due. De même, des salarié·es de Biocoop ont été licenciés pour s’être mobilisés contre un projet d’ouverture le dimanche et pour la reconnaissance de leur travail pendant la période de confinement.

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 « Sois un héros, et tais-toi ! »

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Quel que soit notre statut, nous sommes toutes et tous exposés à ces mesures répressives. Comme Boris Mollet, éducateur spécialisé dans le 93, nous pourrions apprendre du jour au lendemain notre licenciement pour avoir, comme lui, questionné l’organisation du travail lors d’une réunion en présence de la hiérarchie. Le fait que Boris ait été non syndiqué et non élu ne change rien à l’affaire puisque aujourd’hui même les salarié·es dits « protégés » - en raison des fonctions représentatives qu’ils ou elles exercent - sont tout aussi exposés que les autres : c’est ce que mettent notamment en évidence les cas d’Éric Bezou à la SNCF et de Gaël Quirante à La Poste, révoqués ou licenciés contre l’avis même de l’Inspection du Travail et des autres instances consultées.

Les protections tombent et, avec elles, les garde-fous qui étaient censés les faire valoir.

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Les cas de Yann Gaudin, conseiller Pôle emploi et d’Anthony Smith, inspecteur du travail en sont le symbole. Tous deux ont été sanctionnés pour avoir fait leur travail, mais un travail qui ne rendait que trop manifeste le désengagement de l’Etat ou du patronat dans la protection des chômeurs·euses ou des salarié·es. Yann Gaudin a été licencié pour avoir révélé des fraudes généralisées aux prestations sociales pratiquées par Pôle emploi et pour avoir alors contribué à rétablir de nombreux chômeurs·euses dans leurs droits. Anthony Smith lui, a été suspendu puis sanctionné par un déplacement d’office pour avoir exigé d’une entreprise d’aide à domicile qu’elle fournisse en situation de crise sanitaire les protections adaptées à ses salarié·es, en particulier des masques. S’attaquer à l’Inspection du travail, c’est s’attaquer à celles et ceux qui ont pour rôle de protéger les salarié·es en veillant au respect de leurs droits.

Le collectif interprofessionnel contre la répression au travail souhaite bon vent à cette année 2020, année de tous les périls, qui achève sa frénésie répressive sur un fiasco : celui de la loi « Sécurité Globale ».

2021 sera l’année d’une prise de conscience massive qui fera obstacle à ces attaques répétées envers les droits syndicaux et les libertés démocratiques. Nous lutterons aux côtés de toutes celles et ceux qui seront victimes de répression syndicale ou politique sur leur lieu de travail.

Nous serons présent·es partout où la répression menacera l’expression et l’épanouissement des luttes sociales et professionnelles, pour qu’en 2021 le monde du travail redevienne le théâtre du progrès social !

Le collectif interprofessionnel contre la répression au travail

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