Amazon, à contre-histoire

Ce lundi 5 août, l'entrepôt Amazon construit à Brétigny sur Orge entre en activité. Un collectif de citoyens unissant des gilets jaunes et des écolos (et des écolos gilets jaunes, et des gilets jaunes écolos) s'est mobilisé pour "inaugurer" le site en déployant une bannière. Nous revenons dans ce texte sur les raisons qui motivent notre engagement.

Nous, citoyen.ne.s du 91, gilets jaunes, écolos, avons assisté impuissants et sidérés à la sortie de terre de ce gigantesque entrepôt Amazon, qui s’ouvre aujourd’hui même à Brétigny sur Orge. Le gigantesque bloc gris est là, la campagne de recrutement est faite, les CV envoyés, les entretiens passés, le parking rempli et l’activité lancée…Les camions seront bientôt sur nos routes, par milliers.

L’opacité de la procédure qui a accompagné l’arrivée d’Amazon sur notre territoire a rendu impossible toute prise sur le dossier, même pour des élu.e.s de l’Agglomération Cœur d’Essonne pourtant théoriquement situés au cœur du processus décisionnel 1 .Nous sommes de plein pied dans un monde où les forces structurant nos vies, nos villes, nos paysages font fi de la démocratie et s’imposent partout où cela leur paraît stratégique, partout où le marché est bon à prendre, jouant du chantage à l’emploi face à des élu.e.s qui peuvent être tentés de se dire que, finalement, que ce soit ici ou ailleurs, cela revient au même -donc autant que ce soit ici.

Nous disons qu’Amazon, nous n’en voulons ni ici ni ailleurs : à l’heure où l’urgence est de réparer le monde, de retisser partout du lien, de refaire Terre commune, Amazon nous détourne, des autres, du monde, et de nous-mêmes, participant à la création de cette bulle illusoire de facilité planante, bulle où nous pourrions cliquer, payer, recevoir, consommer, jeter, le tout dans un même mouvement fluide, sans accroc, sans gêne, sans croiser un regard ni voir un visage.

Songez néanmoins que cette fluidité se paye des sueurs et des courbures des milliers de salariés qui s’échinent quotidiennement sur la chaîne infinie de boîtes aux sourires de carton ; mal payés, mal assurés, précarisés, surveillés. De la même manière que les produits Amazon, qu’on sort de la boîte, qu’on utilise et qu’on jette rapidement, les salariés d’Amazon sont jetables, substituables, réductibles à un chiffre indiquant une certaine productivité. Simples rouages d’une machine dont il faut à tout prix garantir le mouvement perpétuel et accéléré.

Songez que le discount se paie d’un jeu de massacre où l’on se tire dans les pattes pour tirer vers le bas les prix ; partout la course entre petits producteurs dépendant désormais d’Amazon pour survivre bat son plein. Cette course est mondiale, elle met en lice les travailleurs, les territoires, elle pèse sur les politiques fiscales et sociales, elle nous déprend de notre pouvoir d’agir et de décider pour nous-mêmes de quelle société nous voulons.

Songez que la rapidité de livraison de plus en plus « tombera du ciel » : dépendant aujourd’hui de milliers de camions, elle découlera demain de l’utilisation massive de l’aviation comprise dans la stratégie de développement d’Amazon. C’est aller à contre-histoire à l’heure où le dérèglement climatique nous impose de revoir radicalement nos usages des transports carbonés.

Songez que dans la mégamachine de l’hypercapitalisme globalisé nous sommes simultanément consommateurs et consommés : la même machine qui broie le travailleur pendant la journée, lui offre juste assez de plaisir et de confort pour qu’il consente à repartir au turbin le lendemain. Triste cycle alternant exploitation et consommation, qui grignote peu à peu tout ce qu’il y avait de liberté, d’espace, de créativité et d’autonomie en nous et autour de nous.

Songeant à tout cela, nous nous sommes rassemblés sous le soleil, avons sorti nos pinceaux et nos peintures, et nous voilà ce lundi matin, jour d’ouverture de l’entrepôt Amazon – et rapidement flanqués d’une dizaine de policiers – auprès d’une bannière qui a pour vocation d’indiquer que nous ne désarmerons pas.

L’heure est au courage et à l’indignation constructive, l’heure est à l’action citoyenne tous azimuts, l’heure est à la résistance partout où se dessineront des projets accélérant la course vers l’abyme dans laquelle nous entraînent une fraction infime de décideurs surpuissants. Chaque décision qui ne contribue pas à répondre à l’urgence triple de notre siècle -urgence démocratique, sociale et écologique- doit être combattue avec vigueur en tant qu’elle constitue un crime contre l’avenir.

Affaire à suivre.

 Claire Lejeune, Gaëtan Ziga Mbarga, Baptiste Soubra, pour le collectif Ma Zone.

Avec des remerciements aux Jeunes Ecologistes IDF, au EELV Coeur d'Essonne, à Extinction Rebellion, aux Amis de la Terre, aux gilets jaunes du rond point de la Croix Blanche.

Signatures de soutien:

Danielle Deriaz

1. https://reporterre.net/Comment-Amazon-impose-la-loi-du-silence-a-des-elus-locaux

190805-amazon-bretigny-001

 

 

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