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Billet de blog 20 oct. 2020

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À McDo, «venez comme vous êtes»... sauf pour les femmes

Vendredi 16 octobre, le collectif McDroits est allé remettre 114 témoignages de victimes de harcèlement et discrimination au siège de McDonald's France : l'entreprise a refusé de nous accorder un rendez-vous dans des conditions acceptables. Nous allons continuer à nous battre et révélerons tout au long de la semaine les témoignages envoyés par des dizaines de salarié-es de l'enseigne.

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Manifestation du collectif McDroits © Ana Gayon Photographies

La semaine dernière, Mediapart et Streetpress publiaient plusieurs enquêtes révélant un problème systémique de harcèlement sexuel et de discriminations sexistes, homophobes, racistes et transphobes chez McDonald's. Rassemblé-es au sein du collectif McDroits, nous, salarié-es et ex-salarié-es McDo, exigeons de la direction des mesures pour mettre fin à ces injustices. Vendredi dernier, nous sommes allé-es remettre les 114 témoignages de victimes de harcèlement et discrimination au siège de McDonald's France : l'entreprise a fait la sourde oreille et a refusé de nous accorder un rendez-vous de négociation dans les conditions que nous demandions. Nous allons donc continuer à nous battre et révélerons tout au long de la semaine les témoignages que nous ont envoyé des dizaines de salarié-es et ex-salarié-es de l'enseigne.

En partageant les témoignages suivants, nous voulons montrer la manière dont McDonald's traite ses employées femmes : trop souvent, elles sont confrontées à du harcèlement sexuel ou moral, voire à des agressions sexuelles, pour le simple fait d'être des femmes. Vous pouvez retrouver l'ensemble des témoignages anonymisés ici.

Témoignage n°1

"Bonjour, je souhaiterais également témoigner de remarques sexistes que j'ai eues en tant qu'équipière McDo. Ce n'est rien en comparaison de ce que d'autres ont vécu, mais bon...

Je fais un bonnet E. En discutant de la manière dont nous avons été recrutés avec des collègues, mon manager me dit qu'il ne faut pas que je me leurre, je n'ai été recrutée que pour la taille de ma poitrine qui va fidéliser les clients masculins. J'ai alors compris pourquoi mon directeur ne trouve jamais de chemise à ma taille (elles sont toujours trop serrées, si je ne fais pas attention on peut facilement voir mes sous-vêtements entre les boutons), et pourquoi on m'a tout de suite formée à l'accueil client et au service en salle alors que j'ai postulé pour la cuisine...

Je n'ai pas le droit de porter de T-shirts et je dois donc travailler en permanence avec des chemises trop petites, et ce après 5 ans dans ce restaurant. Souvent ils me proposent 2 chemises, soit une toute petite taille, soit une très grande qui m’arrive aux genoux. Ils m’imposent la chemise et pas le tee-shirt : je suis la seule dans ce cas, les autres ont le droit de porter un tee-shirt, soit disant car je suis « chargée d’accueil ». Ce poste de chargée d’accueil ne figure nulle part dans mon contrat, je ne suis même pas considérée comme hôtesse, cela fait des années que je me bats pour passer hôtesse mais on me le refuse. Dans notre restaurant, toutes les filles sont devant en caisse, tous les garçons derrière en cuisine, ils nous ont déjà dit que c’était pour vendre et attirer les clients.

Il y a également un manager qui m'a une fois prise à part et qui m'a susurré à l'oreille qu'il connaissait les filles comme moi, qu'il n'avait qu'à me coincer dans un coin il était sûr que je ne dirais rien. Et aussi un équipier, qui est, un jour, alors qu'il ne travaillait pas, resté à côté de moi en plonge (j'avais beaucoup de travail à faire, je ne pouvais pas partir) pendant presque deux heures à me faire des remarques sur ma chemise trop petite, sur ma manière phallique de tenir le tuyau de la plonge, sur ma voix érotique quand je prends une commande au drive... malgré mes plaintes, ma direction m'a dit qu'il ne gênait personne en restant dans les couloirs, et ses remarques, c'était pour rire, et il faut dire que "c'est vrai que j'ai une voix de téléphone rose quand je prends les commandes drive".

J'espère que cela pourra vous être utile même si ce n'est pas grand chose. Merci pour vos combats. Si seulement plus d'équipiers pouvaient être sensibles à ce que vous faites."

Témoignage n°2

"En tant que salariée à McDo, j’ai subi des insinuations répétées sur des relations sexuelle que j'aurais eu avec des collègues. On me faisait des sous-entendus concernant mon évolution et les raisons derrières celle-ci. Il y avait constamment des commentaires sur mon physique, particulièrement mes fessses."

Témoignage n°3

"Dans mon restaurant je subissais des remarques sur le fait de ne pas me maquiller, sur la façon de me coiffer… Le Directeur adjoint s'adressait à moi avec des noms comme “ma puce”... Je recevais régulièrement des remarques sur mon physique."

Témoignage n°4

"À mon arrivée, j'étais formée pour le comptoir, je voulais essayer la cuisine, le sous-directeur de l'époque m'a dit “non pas pour le moment, car les jolies filles, ils (McDo France) préfèrent les montrer plutôt que les mettre en cuisine”. Il m'a dit “regarde au comptoir il n'y a que des personnes esthétiquement présentables ; on ne peut pas mettre un moche devant”.

Je me rappelle une fois qu’un monsieur passe sa commande auprès de moi et me dit qu'il veut un menu maxi. N’ayant pas compris, je lui ai fait répéter au moins 5 fois, et après il me dit de manière claire "je veux un menu maxi et ton cul avec”.

Un autre jour un client m'appelle le soir, j'étais seule devant car en close, je vais vers lui et ses potes, et il me dit "Hey madame, t'aimes te faire enculer". J'ai dit aux clients que je refusais de les servir et que j'allais demander si mon collègue en cuisine acceptait de prendre leur commande.

Les deux fois, cela a fait sourire mon manager et l’autre qui travaillait avec moi. Mais bon, comme ils étaient en plonge (dans mon resto on est 2 closeurs et un manager) et moi seule devant, ils n'ont rien pu faire."

Témoignage n°5

"Je travaille au McDonald’s, j’y suis maintenant depuis bientôt neuf mois et je subis presque à chaque fois que je vois l’un de mes managers de remarques déplacées telles que « tu as grossi mais c’est dommage que tu n’es pas pris de poitrine », « A. a vraiment un joli petit cul dans son pantalon », « ne te penche pas tu vas craquer ton jean » ou encore « mets une ceinture ou alors porte des strings » et ça depuis le début, il me regarde constamment et l’autre jour, il était beaucoup trop proche derrière moi quand je me suis retourné, son visage n’était qu’une quelques centimètres. Il a déjà aussi failli envoyer à une de mes collègues que si elle allait du vestiaire des hommes, l’un de mes collègues l’y attendrait et « ferait mouiller sa petite culotte », il a aussi déjà plusieurs fois « tripoté » la taille d’une de mes collègues en passant à côté d’elle. J’en ai parlé à un de mes managers et elle est allée lui en parler, il s’en doutait et a dit qu’il verrait ça en revenant de vacances, elle n’a cité aucun nom mais je sais déjà qu’il se doute que je suis celle qui a parlé. Je suis contente de pouvoir vous raconter cela en sachant qu’il y aura un impact."

Pour que ces situations cessent, nous, rassemblé.e.s dans le collectif McDroits, demandons :

  • Une cellule d’écoute et de lutte contre les violences sexistes et une assistance psychologique.
  • La formation du personnel encadrant et dirigeant aux questions de sexisme, homophobie, racisme et discriminations.
  • Une personne référente compétente, formée et avec des moyens, sur les problèmes de harcèlement et de discrimination dans chaque restaurant.
  • Un système de sanctions transparent.
  • Un système d’évolution juste et transparent, calqué sur l’ancienneté et non sur l’apparence physique. 
  • La fin de la discrimination à l’embauche des femmes voilées.
  • Le droit pour les personnes trans d’utiliser leur prénom d’usage.
  • Une tenue similaire pour tou.te.s / pas d’obligation du port de la jupe pour les hôtesses d’accueil.

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