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Billet de blog 21 oct. 2020

À McDo, «venez comme vous êtes»... sauf pour les gays et lesbiennes

Vendredi 16 octobre, le collectif McDroits est allé remettre 114 témoignages de victimes de harcèlement et discrimination au siège de McDonald's France : l'entreprise a refusé de nous accorder un rendez-vous dans des conditions acceptables. Nous allons continuer à nous battre et révélerons tout au long de la semaine les témoignages envoyés par des dizaines de salarié·es de l'enseigne.

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Manifestation du collectif McDroits devant le siège de McDonald's France © Ana Gayon Photographies

La semaine dernière, Mediapart et Streetpress publiaient plusieurs enquêtes révélant un problème systémique de harcèlement sexuel et de discriminations sexistes, homophobes, racistes et transphobes chez McDonald's. Rassemblé-es au sein du collectif McDroits, nous, salarié-es et ex-salarié-es McDo, exigeons de la direction des mesures pour mettre fin à ces injustices. Vendredi dernier, nous sommes allé-es remettre les 114 témoignages de victimes de harcèlement et discrimination au siège de McDonald's France : l'entreprise a fait la sourde oreille et a refusé de nous accorder un rendez-vous de négociation dans les conditions que nous demandions. Nous allons donc continuer à nous battre et révélerons tout au long de la semaine les témoignages que nous ont envoyé des dizaines de salarié-es et ex-salarié-es de l'enseigne.

En partageant les témoignages suivants, nous voulons montrer la manière dont McDonald's traite ses employées lorsqu'ils et elles sont gays ou lesbiennes : trop souvent, ils et elles sont confrontées à du harcèlement sexuel ou moral, voire à des agressions sexuelles, pour le simple fait d'être homosexuel.les. Vous pouvez retrouver l'ensemble des témoignages anonymisés ici.

Témoignage n°1

"Je suis employée depuis plusieurs années dans un restaurant d’Ile de France, au sein de McDonald’s Ouest Parisien. J’ai subi des faits de harcèlement moral et sexuel commis par un collègue qui a également harcelé au moins 3 autres salariées.

Nous avons été successivement victimes de différents types de harcèlement de la part d’un même collègue sur notre lieu de travail. Parmi les comportements du harceleur, on peut constater du harcèlement moral, du harcèlement sexuel, des propos homophobes, des menaces ainsi que des insultes et des agressions physiques. ​« Mon but est de faire pleurer les filles du McDo.» ​a-t-il déclaré fièrement, et ce, à de nombreuses reprises.

Pour ce qui est des deux premières victimes, des critiques et des moqueries ont été entendues à plusieurs reprises, telles que ​« Ah elle est là, la grosse, on va pouvoir s’amuser. » ​ou « On a l’autre victime pour ce soir. »​. Qui plus est, des propos homophobes ont été tenus devant plusieurs témoins : « Tu lèches bien les chattes. » ​ou ​« Fais gaffe, elle va te sauter dessus. » lorsque cette dernière discutait avec une femme. Ce dernier nous attaquait par des commentaires vulgaires et nous dénigrait sans cesse, il jouait vicieusement avec ses victimes jusqu’à les mettre à bout et arriver à ses fins : ​« Elle pleure, c’est bon, on a gagné. » ou ​« Ah voilà la pleurnicheuse. »​. Une fois sa victime choisie, elle devenait sa proie. L’une des victimes avait confié son mal-être et le comportement inapproprié de son collègue à la directrice. Indifférente, cette dernière avait pris ces événements à la légère et sur le ton de la rigolade, elle protégeait toute personne appartenant à son clan, elle minimisait le déroulement des faits jusqu’à cacher les informations au siège pour éviter le licenciement du harceleur. Toujours impuni de ses actes, se sentant intouchable, et n’ayant aucune réaction des supérieurs et principalement de la direction. La banalisation de ses actes lui avait permis de profiter de cet état de fait pour continuer à sévir : ​« De toute façon, je ne risque rien, car la directrice ne fera rien. »​. Et ses actions devenaient de plus en plus violentes et régulières."

Témoignage n°2

"En 2 ans j’ai vu plus de choses que ce que j’ai vu en 10 ans de travail, et notamment des managers et des directeurs qui se mêlent de la vie des gens avec des commentaires choquants.

Lors d’un entretien d’embauche un manager et un équipier ont lancé à propos d’une fille « elle est bonne, on va la choper, celle-là ». La fille a été embauchée, mais je n’ai pas trop de détails à propos d’elle.

Moi j’ai eu des remarques et des réflexions parce que je suis lesbienne. Des gens m’ont taquiné là-dessus. Je ne suis pas super féminine, une fois une manager était sortie avec une collègue à qui elle a dit « Noémie, c’est pas une femme, t’es sûre qu’elle n’a pas un petit truc entre les jambes quoi ? ». Je suis allée voir la direction et je leur ai dit s’ils ne faisaient rien j’allais parler directement avec la manageure pour lui faire la remarque et lui dire que c’était ma vie privée, que je lui dirai tout ce je pense et que cela ne la regarde pas, d’autant plus que c’est blessant… Après la direction s’en est chargée.

La manager en question est aussi lesbienne et on est beaucoup à être homo, et je pense que cela calme un peu les choses. Mais cela n’empêche pas qu’il y ait des débordements au sein de l’équipe."

Témoignage n°3

"J’ai travaillé à McDo par le passé et j’ai fini par me mettre en arrêt maladie à cause du harcèlement homophobe que je subissais. On me faisait sans cesse des remarques sur ma sexualité, je me rappelle en particulier du jour où, en arrivant, je demande à mon manager : « c’est quoi le programme pour moi aujourd’hui », il m’a répondu : « ben je sais pas, t’as amené la vaseline ? ». C’était trop pour moi."

Témoignage n°4

"Il y a un manager dans notre restaurant qui a des comportements vraiment problématique. Sous prétexte qu’il a un caractère colérique, il faudrait que nous on se contienne. Quand je ne suis pas là, il m’insulte, il utilise des termes comme “salope”. Mes autres collègues sont venus me voir pour m’informer qu’il m’insultait. Ca fait 3 ou 4 ans qu’il est là. Il utilise des insultes homophobes, sexistes et racistes tout le temps. Personne ne parle car tout le monde a peur de lui. Un équipier avait dénoncé l’homophobie de ce manager, mais la directrice n’a rien pris en compte. Il emploie souvent les termes "pd" ou encore "tarlouze".

Une amie collègue a moi, est en arrêt depuis un certain temps. Elle était complexé par sa poitrine, il l'appelait "planche à pain" ou encore a dit je cite "elle a un corps d'un enfant de 6 ans" elle a décidé de se refaire la poitrine (pas a cause de lui mais pour ses raisons a elle) et maintenant il l'insulte de "salope" il insinue qu'elle est pas censée avoir l'argent pour de telles interventions. Il cherche même à ce que d'autres équipiers insultent ma collègue avec elle.

Il insulte tout le monde mais c’est des insultes homophobes, il dit que “les femmes doivent être dans la cuisine”, “fais ça femme”. Sous couvert du 2nd degré, personne ne fait rien. Quand on se plaint il dit “t’aimes bien chouiner, ou créer des histoires”."

Témoignage n°5

"Un collègue quand je préparais les commandes “Arrête de mettre des smileys à côté des numéros de commande, le livreur va croire que je suis pédé”."

Témoignage n°6

"Je travaillais dans un McDo en tant qu'équipier. Je venais tout le temps avec des cheveux de couleur différentes et je suis gay alors mon manager me faisait trop chier par rapport à ça. Il me faisait sans cesse des remarques homophobes. Ça devenait insupportable. Personne ne lui disait rien. Il me harcelait devant la directrice et elle ne disait rien. J’en ai eu marre et j’ai dit que j’allais vraiment faire des embrouilles s’il ne se faisait pas licencier. Je connaissais la fille d’un franchisé de McDo et j’ai dit à la directrice que j’allais faire un scandale. Alors ils ont muté ce manageur. Quelques temps plus tard il s’est fait licenciée parce qu’il a agressé une équipière sexuellement. Ma directrice m’a raconté ça comme si elle était choquée. Mais bon un mec aussi violent dans ses propos est aussi violent dans ces actions."

Pour que ces situations cessent, nous, rassemblé.e.s dans le collectif McDroits, demandons :

  • Une cellule d’écoute et de lutte contre les violences sexistes et une assistance psychologique.
  • La formation du personnel encadrant et dirigeant aux questions de sexisme, homophobie, racisme et discriminations.
  • Une personne référente compétente, formée et avec des moyens, sur les problèmes de harcèlement et de discrimination dans chaque restaurant.
  • Un système de sanctions transparent.
  • Un système d’évolution juste et transparent, calqué sur l’ancienneté et non sur l’apparence physique. 
  • La fin de la discrimination à l’embauche des femmes voilées.
  • Le droit pour les personnes trans d’utiliser leur prénom d’usage.
  • Une tenue similaire pour tou.te.s / pas d’obligation du port de la jupe pour les hôtesses d’accueil.

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