«Pour le respect de la liberté d’expression lycéenne»

Des élèves du lycée Hélène-Boucher ont été victimes de violences policières alors qu'ils se mobilisaient contre la réforme des retraites et du bac. Nous, collectif de parents, demandons un véritable dialogue de la part de l'administration et la fin de toute intervention policière.

Nous, parents d’élèves du lycée Hélène Boucher à Paris, sommes choqués par la tribune des chef-fe-s d’établissements parisiens parus dans Le Monde le 27 janvier. Ils y demandent que « cessent les blocages » au nom de « la liberté d’étudier ».

Au nombre des signataires figurent Armelle Nouis, proviseure de la cité scolaire Hélène-Boucher, ainsi que Franck Puech et Jérôme Herbrich , proviseurs adjoints, qui ont soutenu l’intervention des forces de l’ordre lors d’une mobilisation de lycéennes et lycéens le 17 janvier dernier.

Ce jour-là, plusieurs élèves - mineurs - ont été violentés et ont reçu des gaz lacrymogènes au point de devoir être soignés, le tout en présence de la direction et du personnel. Deux parents ont à ce jour déposé plainte auprès de l’IGPN suite aux violences dont ont été victimes leurs enfants. Plusieurs sont sur le point de le faire.

Manifestation de parents devant le lycée Hélène-Boucher contre les violences policières. © MJ Manifestation de parents devant le lycée Hélène-Boucher contre les violences policières. © MJ

Cette intervention policière, au cours de laquelle des élèves ont reçu des coups de matraques et des jets de gaz lacrymogène à quelques centimètres du visage, a été approuvée par la direction au nom, comme le décrit la tribune, de « la liberté d’étudier et de travailler ». Et ce, quitte à mettre les élèves participants au mouvement social, ou de simples observateurs présents non violents, en danger dans leur propre intégrité physique.

Ce n’était pas le premier cas d’intervention policière à l’encontre des lycéens d’Hélène-Boucher. Déjà le 18 décembre, les forces de l’ordre ont été appelées pour s’opposer à la mobilisation des élèves, causant également des violences inacceptables. Le 14 janvier, les élèves mobilisés ont eu à subir des gaz lacrymogènes.

Or, cette tribune, qui dénonce les tensions dues aux mobilisations et manifestations d’élèves engagées contre la réforme des retraites, contre celle du bac et la précarité de la jeunesse, attise plus les antagonismes qu’elle ne permet de les résoudre, faisant silence sur les violences policières.

Nous, parents d’élèves du lycée Hélène Boucher à Paris, tenons à indiquer que, tant du côté des élèves mobilisés, qui ne prennent de décisions que collectivement aux termes d’assemblées générales démocratiques, que du côté des parents, la volonté de continuer le dialogue avec l’administration a toujours été de mise.

Au terme d’une entrevue que nous avions sollicitée, nous nous sommes engagés auprès de la direction de la cité scolaire à participer à l’apaisement de la situation en cherchant des voies avec nos enfants pour qu’ils puissent continuer de manifester en entravant au minimum la vie de la cité scolaire.

Aujourd’hui, la direction d’Hélène Boucher et ses alter ego parisiens écrivent pourtant : « Devant des collèges de l’Est parisien, ce sont des enseignants et des parents qui empêchent les élèves d’étudier, les personnels de travailler. » Cette phrase n’est pas uniquement fausse, elle est aussi infamante pour une partie de la communauté éducative et des parents qui souhaitent accompagner les revendications sociales tout en veillant au respect des règles démocratiques qui l’encadrent.

La présence des parents lors de mobilisations d’élèves a pour objet de veiller à limiter les violences policières dont les mineurs pourraient être l’objet, puisque le personnel de l’éducation nationale considère le recours aux forces de l’ordre comme un moyen d’action à l’égard des lycéens, au prétexte de la continuité du service public de l’enseignement.

Les blocus dénoncés sont d’ailleurs ponctuels et limités à quelques heures. Selon nos informations, très peu d’élèves ont été jusqu’à présent empêchés d’aller en cours.

Force est de constater que nous sommes confrontés, non pas à une main tendue pour trouver des solutions afin que chacun puisse exprimer librement ses revendications, mais à une posture rigide sous couvert de principes républicains.

A notre tour, nous demandons solennellement aux proviseur-e-s des lycées parisiens, et en particulier à la direction de la cité scolaire Hélène Boucher, de préserver la cohésion sociale et le respect de la liberté d’expression lycéenne en entamant réellement un dialogue ouvert et constructif plutôt que d’appeler autoritairement à la fin de toute contestation.

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