Contre l'idéologie animaliste et son système

Nous sommes des paysannes et paysans, mais pas que. Nous habitons les campagnes, mais pas que. Certains d'entre nous ont fait le choix de vivre parmi les bêtes pour éprouver une autre manière de vivre que celle imposée par la modernité et l'hygiénisme ambiant....

Nous sommes des paysannes et paysans, mais pas que.
Nous habitons les campagnes, mais pas que.

Certains d'entre nous ont fait le choix de vivre parmi les bêtes pour éprouver une autre manière de vivre que celle imposée par la modernité et l'hygiénisme ambiant.

Depuis longtemps déjà, nous, nos voisins, nos amis, subissions les lubies et autres démences de l'administration agricole. L’étranglement par les normes et l'injonction à marcher au pas, nous asphyxient au point que, de temps à autres, certains autour de nous s'effondrent.

Jusque là, notre précieux rapport aux animaux, filet d'air vital dans cette ambiance étouffante, n'était pas encore pointé du doigt. Mais aujourd'hui, force est de constater que la vague animaliste a changé la donne. Le dernier fragment de liberté auquel nous étions accrochés est désormais menacé au nom de l'éthique et du « bien-être » animal.

Depuis quelques années, pas une semaine ne se passe sans la liquidation d'un éleveur sous prétexte de « maltraitance animale ».

Les concepts de maltraitance et de bien-être animal, portés par les «défenseurs» des animaux, par les administrations agricoles et désormais par les industriels, fabriquent un système pervers à l’opposé de la connaissance des animaux et du bon sens le plus élémentaire.

Ainsi, on a pu voir des vaches saisies et froidement abattues pour défaut d'identification, pour absence d'abreuvoir alors que les vaches buvaient à la rivière, pour des maigreurs liées à l'âge des bêtes malgré une nourriture abondante, etc...

Les saisies d'animaux, d'une violence inédite, sont généralement suivies de procès tout aussi accablants qui laissent les éleveurs ruinés, financièrement, socialement et moralement. Ces horreurs se banalisent au rythme de l'intérêt croissant que portent les médias sur la condition animale et de l'influence grandissante des associations défendant la Cause animale.

Selon les témoignages que nous récoltons aujourd'hui, toutes les saisies ont lieu dans des élevages où un lien au sol est maintenu, où les bêtes passent la plupart de leur vie dehors, à la vue de tous. Cette visibilité, signe minimal d’une qualité de vie pour les animaux, se retourne paradoxalement contre nous.

Nous voilà donc accusés de « maltraitance » quand nos bêtes se trouvent tachées de boue, paissent sous la pluie, perdent du poids pendant l’hiver. La maigreur, les maladies, sont désormais des signes de pratiques indignes indépendamment de la prise en compte de l’âge de l’animal et des soins qu’apportent les éleveurs pour y remédier. Le choc des images propage le mépris et la haine sur les réseaux sociaux à une vitesse inversement proportionnelle à la patience qu’il nous faut pour soigner nos bêtes.

Au fur et à mesure que la population intègre le mode de vie urbanisé, le lien à la terre et aux animaux se perd et la sensibilité se transforme. Quand le modèle du « bien-être » devient le chat de salon et la vache hors-sol élevée en stabulation chauffée, sur logette matelassée et avec air filtré, massée et traite par des robots, de quelle vie animale est-il donc question? Ce à quoi nous assistons aujourd'hui, c'est au développement d'une idéologie basée sur des affects, des sensibleries n’ayant pas de fondements rationnels et se manifestant par un transfert anthropomorphique de nos besoins d'humains vers ceux des animaux.

Nous ne cherchons pas à nier l’existence de bêtes négligées par leurs éleveurs. Une ferme désordonnée où traînent des objets dangereux pour le bétail, une stabulation non paillée, des soins qui ne sont pas apportés, tous ces faits existent et nous ne minimisons pas leur importance. Cependant nous refusons la notion de "maltraitance" en ce qu'elle porte de caractère intentionnel, d'un jugement moral de cruauté qu'auraient des éleveurs sans pitié envers leurs animaux. Cette notion occulte la complexité des situations qui peuvent amener des personnes à négliger leur troupeau et fabrique les nouveaux PARIAS de la société.

Nombre de raisons peuvent amener tout un chacun à perdre pied à un moment de sa vie, à ne plus trouver la motivation de se lever, et à ne plus accorder tout le soin nécessaire aux bêtes. Sans soutien et face à l'extrême solitude dont souffrent les paysans aujourd'hui, les animaux ne peuvent qu'en subir les conséquences. Plutôt que d'asséner un coup de grâce à ces personnes en leur retirant leur troupeau, nous cherchons à reconstruire un réseau de solidarité avec les éleveurs maltraités par la nouvelle idéologie animaliste en vogue.

Ainsi, la notion de maltraitance animale est une simplification grossière d'une réalité agricole complexe qui fabrique du prêt-à-penser et permet de s'acheter une conscience à bon compte. Les jugements moraux des défenseurs des animaux, transcrits par les administrations et les tribunaux en crimes et délits, sont à chaque fois une remise en cause de la légitimité de l’élevage pas encore industrialisé et des attaques contre notre dignité.

La déferlante médiatique et spectaculaire autour de la « cause animale » a cette particularité d’accroître chaque jour son audience alors même qu’elle n’apporte rien de neuf à la remise en cause des pratiques industrielles d’élevage, largement reconnue depuis au moins trente ans ; remise en cause que nous avons fait nôtre depuis des années en décidant de mener notre vie d’éleveur et d'éleveuse.

P.A.R.I.A.S.

paysan·nes anéanti·es et ruiné·es par l’idéologie animaliste et son système

 

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