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Billet de blog 22 nov. 2021

Un botaniste donne son point de vue

Printemps 2021: Lors de 7 balades consécutives, Joseph Michel, botaniste de terrain a ainsi fait parcourir le lac à niveau constant au public et partagé ses connaissances sur la flore et sur les subtilités du vivant. La plus part des participants à ces balades botaniques ont déclaré comprendre davantage l' importance de préserver ces espaces d'aménagements touristiques.

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Que se passe-t-il à Montbel, autour du lac de La Fajane ?

Lac de 79ha pour 5,5Mm³, séparé par 2 digues d'un lac de 472 ha variable de 55Mm³. Mis en eau en 1985. Son niveau est resté constant depuis la création. C'est une zone de forte interactions des milieux naturels, aquatiques, forestiers, agricoles et artificiel, rare en plaine.

Un projet touristique sélect, discriminant pour la clientèle peu fortunée, est sorti du carton des élus sans crier gare, après une préparation tenue secrète à la population du lieu.                                                                                                                                                                                     Cabanes Nature et Spa, Coucoo Cabanes, 5 sites en France, 30 cabanes prévues dans les arbres et au bord de l'eau. "Il y a 22 espèces de chauves-souris", "bon, on descend au bord de l'eau"

L'enquêteur public qui est un spécialiste des ??? réduira le nombre à 25 cabanes et donnera un avis favorable, confiant qu'il est dans la parole des concepteurs qui ne sauraient abîmer leur outil d'exploitation !

- Présentation d'un lieu exceptionnel par les élus à une entreprise au savoir-faire avéré.                                                                                                 - Mise en route des démarches administratives réglementaires.                                                                                                                                        - Carotte-chantage à l'emploi (4 ETP+partiels saisonniers)                                                                                                                                               - Simple étude environnementale suite à dispense d'étude d'impact.                                                                                                                                - Relecture par des écologues pour éco-blabla de mise en conformité.                                                                                                                            - Commande d'une révision allégée d'un PLU sur mesure pour ce projet.                                                                                                                        - Signature des collectivités et de l’État favorables à la réalisation.                                                                                                                                  - Dépôt d'un permis d'aménager qui est accordé en juin                                                                                                                                                  - Puis d'un permis de construire, accordé lui aussi, en août, sous conditions habituelles en terre argileuse.

En France une surface équivalente à un département est artificialisée tous les 7 ans, à Montbel on mute en constructible plus de 3ha de terres agricoles cultivées en bio, l’hémorragie se poursuit, la nature saigne.                                                                                                                          Début d'année 2021, un collectif "A pas de loutre" se crée, loutrées que sont les personnes de ce groupe par la pression mise sur ce milieu naturel laissé libre de naturalité depuis 36 ans. L'inutilité du projet et les risques auxquels il expose la zone sont rassembleurs.                                         Jusqu'en 2050, sous l'effet du réchauffement climatique, des invasions biologiques et de la destruction des espaces naturels 2/3 des espèces pourraient s’éteindre.                                                                                                                                                                                                   Sur le site convoité par Coucoo, 129 espèces sont protégées, dont 5 menacées ! Le second "herbier" national de l'algue Nitelle et un important herbier de potamot luisant sont présents. Plus de 15 plantes déterminantes ZNIEFF également. La dimension globale de la crise de la biodiversité n'ouvre manifestement pas de champs politiques nouveaux pour les élus locaux !                                                                                                       La SAS Cabanes Nature et Spa n’est pas une entreprise d'écobienfaisance. Elle loue en € des cabanes et des Spa, et la Nature, coincée entre les deux ? Et bien c'est pareil, elle en fait une marchandise, un appât à profits.

L'Homo écologicus qui verdit toute entreprise croissante, qui choisit ses éléments de langage dans le référentiel des éco blabla, qui parle de ses valeurs, compte donc mettre les pieds à Montbel. Il raisonne à l'ancienne, tel un possédant depuis les temps anciens, il n'écoute pas, ne veut pas être responsable, c'est un dominant en crise d'anthropocentrisme aigu ! Cette nature, elle va voir, je vais en faire quelque chose que mes opposants ne peuvent imaginer, du beau, du bon, du bien même à ce bas pays ! Et les élus, majoritairement approuvent, félicitent, déroulent le tapis rouge et garnissent les tables de produits locaux.

C'est pourtant pas si simple… Il y a des opposants tout aussi déterminés, postés comme alises et cormes sur leurs sentiers. 1,300ha de cheminements supplémentaires sont planifiés quand même ! 2,7 ha de mitage de cabanes en berge du lac avec de dangereuses baies vitrées pour les oiseaux. Le tourisme serait donc la vache à lait de l'économie locale, elle, elle est partie et ce n'est pas ce qui va la faire revenir ! Les visites et sorties sont nombreuses à la belle saison et l'accueil y est assuré.                                                                                                                                                 C'est pour développer et relever le niveau d'accueil de ce tourisme que les élus vont prendre ailleurs les idées qu'ils n'ont pas. Ils encouragent un peu l'initiative locale, mais avec ce projet, ils décident de faire dans l'import, du tourisme qui donne dans l'exemplarité.                                            Manque d'idées ? Plutôt défaut de réflexion. Ils n'associent pas les personnes du secteur qu'ils représentent, ne débattent pas entre eux de ce genre de projet. Celui qui a l'idée rallie tous les autres, et voilà ce que donne ces décisions, des incompréhensions, des oppositions citoyennes. S'il n'y a pas de déclaration de projet locale c'est peut-être parce que ce n'est pas utile, ou qu'on n'a pas les moyens. Et du monde, il en vient vraiment beaucoup dans la région. Que cherche-t-on à satisfaire, la course insatiable du monde actuel ou l'équilibre des sites ?

L'approche de Coucoo est économique. C'est une entreprise qui confisque pour son profit des lieux public ou privés. La biodiversité, animaux, plantes et paysages, est faite d'associations qui interagissent les unes avec les autres. Elle n'a pas pour fonction d'être utile, utilisable par les humains. Son utilité actuelle sur ce lac est essentiellement restauratrice. Création d'un lac qui chamboule tout il y a 36 ans, bosquets pâturés évoluant vers la forêt, forêt ancienne devenue une véritable niche écologique, plantes aquatiques qui amènent de la vie sur ce terrain mis à vif à la création du lac, zones humides en évolution… Les conséquences sur les milieux, la faune et la flore n'ont pas été étudiées dans une étude d'impact. Coucoo raisonne l'efficience économique de son projet.

Autre considération, la mise en place d'un tel projet épuise les valeurs du site qui ne sont pas mesurables, quantifiables. Encore une fois, c'est la maximisation financière qui est calculée. Ils travaillent avec des designers d'espace. Les lieux sont "exceptionnels, magnifiques, très naturels" mais ça ne suffit pas, il faut redessiner la nature.                                                                                                                                                                   Ils artificialisent les valeurs et émotions de celles et ceux qui viennent sur les lieux, c'est dangereux et une leçon à poursuivre l'envahissement de milieux précieux, la nature comme spectacle, du Paris-Dakar aux chutes d'Iguazú, tellement bien mise en images qu'une banalisation de ces visions s'imposent, et invite au toujours plus !                                                                                                                                                                          Au collectif nous défendons un choix plus moral des amateurs de nature "libre", au sens universel et intemporel, et de vision globale. L'écoéthique des porteurs du projet est individuelle, défendant des valeurs qui leur seront profitables dans un temps court. Celles du collectif embrassent le concept de naturalité, entrain de devenir, dans le contexte dégradant des actions humaines, une valeur commune. Nous en sommes héritiers et nous souhaitons la transmettre aux vies futures. Question de respect de la nature. Il est plus que jamais nécessaire de repenser, de remettre en débat la question des valeurs au sens très large. La nature à une valeur intrinsèque, elle a une fin en soi, indépendamment de l'utilité que nous pouvons en tirer. Il ne faut pas la disséquer en organes, c'est une communauté qui a sa propre valeur, et le lac est un écrin précieux de ce point de vue.

Dans ce dossier, nous avons été entraînés, dans une analyse technique parmi les valeurs instrumentales de protection. Les valeurs non marchandes devraient être prises en compte, elles sont inépuisables. Intuitivement nous avons mis le doigt sur cette question. Arrêter la marchandisation greenwashing des écosystèmes, l’extension disproportionnée de l’empreinte écologique, les élus ne semblent pas en avoir pris conscience.

Réduire, éviter, compenser, même si c'est réglementaire, démontre à l'évidence, qu'il y a bien des impacts puisqu'on doit démontrer comment les éviter et/ou les compenser.

Laisser ces milieux du lac de la Fajane vivre leur évolution propre est pour nous essentiel dans l'immédiat. Les préserver est nécessaire, les protéger, cela aurait déjà pu l'être, en faire un pôle pédagogique sur toutes ces questions de nature devrait intéresser les élus, donner aux jeunes l'information que nos édiles ne semblent pas avoir reçu.                                                                                                                                                             Joseph Michel Adhérent ANA-CEN Ariège depuis 30 ans. Intérêt : Botanique

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