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Billet de blog 2 mars 2015

Réduire le temps de travail « est un passage incontournable si on veut créer des emplois »

Réduire le temps de travail « est un passage incontournable si on veut créer des emplois » : lettre ouverte à Mr. Martinez, Secrétaire Général de la CGT.

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Réduire le temps de travail « est un passage incontournable si on veut créer des emplois » : lettre ouverte à Mr. Martinez, Secrétaire Général de la CGT.

Monsieur Philippe Martinez,

Le Collectif Roosevelt s’est réjoui de vous avoir entendu déclarer jeudi 5 février sur France Inter que réduire le temps de travail « est un passage incontournable si on veut créer des emplois ».

En effet, nous sommes heureux qu’un grand syndicat relance la question du temps de travail car nous avons le sentiment que les syndicats sont plutôt sur la défensive dans le débat public alors que comme vous le dites ; c’est incontournable. Pour nous la question n’est pas de dire si l’on est pour ou contre, le vrai problème est de savoir si le marché va décider d’un partage déjà existant ou si les citoyens vont se réapproprier la question de la redistribution. C’est la même question partout en Europe, la quantité réelle de travail offerte est comparable dans tous les pays malgré des taux de chômage très différents, voir le taux d’occupation en équivalent temps plein (ETP) de la population active[1].

Nous aimerions comprendre comment vous souhaitez aborder la question. Nourris de nos nombreux débats sur le terrain, nous souhaitons attirer votre attention sur quatre points :

  • Comment poser le débat ? Notre expérience nous amène à penser que la réduction du temps de travail est aujourd’hui difficilement abordable dans des termes similaires à ceux de la loi Aubry des 35h. Nous constatons que le sujet est encore tabou sur le plan politique et nous nous souvenons de la frustration des salariés ayant vu leur salaires modérés ainsi que de l’application catastrophique dans la fonction publique hospitalière. De plus, « la réduction » ne « parle pas » à de nombreux citoyens ; de même que la société du temps libre et le « partage » du temps de travail. Nous pensons que cette question ne peut être posée sans la lier à la question des inégalités hommes-femmes, la famille, la redistribution des revenus, la transition écologique et à la question du climat. Nous aimerions y réfléchir avec vous.
  • Comment procéder ? La seule semaine de 4 jours pour tous, même modulable, semble difficile à mettre en œuvre dans le contexte actuel, c’est pourquoi cela appelle aussi à une réflexion plus large sur le temps de travail tout au long de la vie. Une approche diversifiée et individualisée peut répondre à un certain nombre de contraintes, mais c’est seulement une réduction collective du temps de travail qui est en mesure de créer massivement des emplois. Où en est la CGT sur cette question ?
  • Comment réunir les acteurs favorables ? Qu’ils soient français ou européens, nous pensons qu’il est urgent d’unifier les volontés qui souhaitent avancer dans ce sens, qu’elles émanent de citoyens, d’associations, de partis, de syndicats ou d’universitaires. Par exemple, nous avons de bons contacts avec Attac Allemagne et la Belgique. La CGT serait-elle partie prenante d’une telle coalition, notamment au niveau européen ?
  • La mise en place de l’activité partielle a été simplifiée en juillet 2013 par l’amendement de l’article L.5122-1 du Code du Travail et se rapproche maintenant du « kurzarbeit » qui, en Allemagne, a permis de maintenir des centaines de milliers d’emplois. Quel jugement portez-vous sur cette mesure et comment expliquez-vous qu’elle soit si peu utilisée par les entreprises ou proposée par les syndicats ?

De plus le rapport Romagnan[2], qui n’a malheureusement eu que peu d’impact médiatique, apporte énormément d’informations qui gagneraient à être valorisées. Il est temps de provoquer un réel et large débat démocratique sur la question du temps de travail et plus largement sur le travail.

Nous ne doutons pas de la détermination de la CGT à trouver des solutions pour lutter contre le chômage et la précarité. Nous serions très heureux de vous rencontrer pour évaluer nos points de convergences et envisager des actions communes pour que la question de la redistribution du travail et des revenus ne soit plus taboue en France.

Dans l’attente d’un retour de votre part, je vous adresse, Monsieur Philippe Martinez, mes plus cordiales salutations.

Bruno Lamour

[1] Rapport « Travailler plus ? Travailler moins ? » pour le groupe des Verts-ALE publié par la Green European Foundation (GEF), 2011

[2] Rapport Parlementaire, fait au nom de la commission d’enquête sur l’impact sociétal, social, économique et financier de la réduction progressive du temps de travail, 2014


 Télécharger la lettre ouverte : Lettre Ouverte à la CGT

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