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Billet de blog 4 avr. 2017

Les mythes sur la Grèce ont la vie dure et la crise grecque est loin d’être finie …

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Dans les campagnes électorales en Europe (Hollande, France, Allemagne) on continue à asséner des contre-vérités avec aplomb. La dernière sortie du président (socialiste !) de l’Eurogroup sur « les gens du Sud qui ont dépensé leur argent pour se payer des femmes et de l’alcool et demandent au gens du Nord de payer les dettes qu’ils ont contracté pour cela » est le cas le plus scandaleux. (la tribune 21/03/2017)

En France des candidats, moins violents, affirment qu’il faut tailler, en France, sur les dépenses sociales, les retraites, les salaires et les services publics pour ne pas se retrouver dans la situation de la Grèce, où les Grecs ont dilapidé leur pays. Je ne suis pas contre des finances publiques équilibrées mais la narration sur la Grèce est fausse et le remède, comme le révèle le cas grec, contre-indiqué.

Comme membre de la Commission pour la Vérité sur la Dette et coordinateur du chapitre sur les origines de la dette j’affirme que le surendettement de la Grèce a une cause unique que tout le monde tait : des dépenses militaires excessives justifiées par les menaces d’un voisin menaçant, la Turquie, et le refus (malgré des demandes répétées de tous les gouvernements grecs depuis 1981) des pays européens de garantir les frontières de la Grèce. Si la Grèce avait dépensé autant que les autres pays européens pour sa défense ses dépenses publiques totales auraient été inférieures à la moyenne de tous les pays de la zone Euro, comme l’indique le graphique ci-dessous à gauche, qui figure dans le rapport de la Commission et n’aurait pas eu à se sur-endetter :

Le graphique ci-dessus, montre le montant cumulé de ces sur-dépenses militaires : il est de 85 milliards d’euros. Sans elles la dette grecque aurait été de 215 milliards en 2012 au lieu de 300 et se serait située à 72% du PIB, soit moins que celle de l’Allemagne à la même date (83% du PIB) !

Qui en-ont bénéficié ? Les marchands d’armes, principalement allemands, français et hollandais et les banques françaises et allemandes qui ont financé ces achats grecs. Et c’est pour subventionner tout cela que la Grèce a été soumise à un remède qui a eu pour résultat de diminuer de 27% son PIB et d’augmenter son chômage jusqu’à 27%.

Et malheureusement pour les Grecs la cure continue. De nouvelles diminutions des retraites, la soumission à l’impôt des revenus de moins de 800 euros/mois, la vente au rabais à une société publique allemande de leurs aéroports et la privatisation de l’EDF grecque sont parmi les dernières mesures qu’ils ont dû accepter. Et tout cela au nom d’une dette dont le montant – 300 milliards - n’a pas augmenté depuis 2012 mais du fait de l’appauvrissement infligé au pays atteint 180% du PIB : un niveau jugé par tous, sauf Mr Schaüble, comme insoutenable. Tant que cette dette pèsera sur ses épaules aucune perspective de rétablissement réel n’est possible pour la Grèce et le cercle vicieux de l’austérité lui sera appliqué, jusqu’au jour où la Grèce se révoltera, ou jusqu’au jour où l’Europe changera. Quand ? Le 15 juillet prochain (si la Grèce fait défaut) ? En Septembre (si l’Allemagne change de gouvernement) ? Nul ne sait.

La France a renoncé depuis des années à changer l’Europe. Au vu des programmes des candidats présidentiables les plus en vue elle ne devrait pas changer sur ce point. La Grèce désespère donc de voir un salut venu de France.

En attendant la seule chose à espérer, pour les Français, est qu’ils prennent bien garde aux propositions « d’assainissement » drastique des finances publiques qui leur sont faites par certains candidats. Ce qui est sûr et vérifié par le cas grec c’est qu’un tel « assainissement » apportera plus de pauvreté pour la plus grande partie de la population, sans contrepartie et que les solutions doivent être recherchées, pour la France et pour l’Europe dans d’autres voies.

Thanos Contagyris

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