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Billet de blog 29 sept. 2015

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Mettre fin aux relations incestueuses unissant la haute finance publique et privée

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La proposition par Francois Hollande le 8 septembre du nom de Francois Villeroy de Galhau, numéro 3 de BNP Paribas jusqu'en avril dernier, au poste de gouverneur de la Banque de France suscite des remous.

Le 15 septembre dernier, 150 universitaires dont Thomas Picketty, Gael Giraud et Cécile Renouard signaient un texte publié par "Le Monde" protestant contre cette proposition qui rompt avec l'éthique. En effet, la pratique jusque-là respectée veut qu'un dirigeant d'une banque privée ne peut présider aux destinées d'une instance chargée de veiller à son bon fonctionnement.

Au moment où François Villeroy de Galhau s'apprête à être entendu par les commissions des Finances du Sénat et de l'Assemblée nationale afin qu'elles se prononcent sur sa nomination, Cécile Renouard, professeure à l'ESSEC et au Centre Sèvres, explicite dans une lettre ouverte à François Villeroy de Galhau, les raisons de son désaccord avec sa nomination au poste de gouverneur de la banque de France.

Lettre à mon frère François

Je peux imaginer que la situation qui est la vôtre soit pénible à vivre. Des universitaires, dont je suis, se sont élevés contre le projet de votre nomination au poste de Gouverneur de la Banque de France du fait de vos fonctions précédentes de dirigeant de BNP Paribas.

J'aimerais vous dire simplement que la question principale dans cette nomination n'est pas, pour moi, votre personne, mais le cadre dans lequel elle s'inscrit. Nous partageons certainement des convictions mais il me parait clair que nous divergeons sur les moyens à prendre pour travailler pour la justice et pour le bien commun. Sans être une spécialiste des questions financières, ces dernières années m'ont permis de travailler de près avec des membres d'institutions bancaires et avec des dirigeants financiers, comptables, fiscaux de grandes entreprises.

J'observe les désastres engendrés par le capitalisme financiarisé dans différents pays du monde, sur les personnes et les écosystèmes, et suis convaincue de la nécessité de promouvoir une autre croissance, qui passe par une transformation très profonde - une décroissance matérielle - de nos modes de vie (je parle des riches de tous les pays), de nos choix de consommation, de nos appareils productifs et par une réglementation financière à même d'assurer le financement de la transition écologique et énergétique, l'arrêt des pratiques socialement nuisibles (comme les robots de trading), le soutien au développement des pays du Sud, la réduction des inégalités abyssales, etc.

Ce que j'ai pu voir jusqu'à maintenant des positions de nos grandes banques - dont BNP Paribas, mais pas seulement -, que ce soit à travers des fraudes importantes et le recours aux paradis fiscaux, le lobbying pour éviter des réglementations perçues comme contraires aux intérêts financiers immédiats, qui a abouti à la loi insignifiante sur la séparation bancaire, par exemple, ne fait que renforcer ma perception des dommages liés à la collusion entre élites économiques et politiques, des rapports de force au bénéfice d'un petit nombre de personnes, et de l'importance d'une société civile vigoureuse pour dénoncer les abus et les dérives de nos démocraties.

Bref, je pense que les conflits d'intérêt dépassent vos déclarations et concernent l'incapacité des élites occidentales à mettre fin aux relations incestueuses qui unissent aujourd’hui la haute finance publique et la haute finance privée. C’est d’autant plus regrettable que cette collusion empêche ces mêmes élites de penser hors du cadre. Or la conversion écologique à laquelle nous sommes appelés passe par une dénonciation du mal radical - et malheureusement banal, qui nous aveugle - de nos modèles prédateurs.

Je mesure aussi les résistances frénétiques opposées par ceux qui ont à perdre à cette révolution mentale et pratique, mais crois, comme le souligne le Pape, que les justes milieux ne font que retarder l'effondrement. Nous avons besoin d'un changement de cap clair et pour l'instant il n'est guère venu des milieux financiers.

Mon jugement, une fois encore, n'est pas dirigé contre vous ad hominem et la meilleure façon de vous le témoigner m’a semblé d’exposer ouvertement les questions de fond qui m’ont conduite à prendre position avec d’autres contre votre nomination, espérant ainsi construire un débat démocratique et pourquoi pas fraternel, qui nous fera vraiment avancer dans le sens de la justice du Royaume et du bien commun. 

Cécile Renouard, Religieuse de l’Assomption, Centre Sèvres, ESSEC Business School

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